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Femmes du RCD : Des quotas à la parité Abonnez-vous au flux RSS des articles

18 déc. 2016
10:12
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Les femmes semblent décider à prendre leur destin en main. Pour la représentation politique, elles ne se contentent plus des quotas que leur accorde la loi. Elles veulent passer rapidement à la parité. 

 

Elles ne veulent plus bousculer seulement les assemblées législatives et les exécutifs locaux, mais prétendre à la parité y compris dans les postes de ministres, de walis et de chefs de daïras. C’est du moins, le sentiment partagé durant la conférence des femmes démocrates du RCD, organisée, ce samedi au théâtre régional de la ville.

En effet, à l’initiative de la coordination régionale des femmes démocrates du RCD de Bejaia, trois conférences étaient au menu de cette activité publique dont l’une a porté, précisément sur la «politique des quotas aux élections.» Les deux autres avaient pour thématique : «Le code de la famille et le fonds des pensions alimentaires ; le harcèlement et la violence faits aux femmes.» Les conférences étaient r animées respectivement par Me Boukhris Hayet, avocate, Mme Ouali Nora, avocate et coordinatrice de l’organisation et enfin Me Bakouri Aomar.

Une force qui s’ignore

Au début de la conférence, l’assistance, composée majoritairement de femmes, a été invitée à observer une minute de silence à la mémoire des femmes victimes du terrorisme. Juste après, la coordinatrice régionale a donné un aperçu général sur son organisation à travers laquelle elle espère amener un maximum de femmes à se battre en vue d’arracher leurs droits et d’enchaîner avec une communication sur « le code de la famille et le fonds des pensions alimentaires. »

Elle n’a pas manqué de relever les paradoxes du code de la famille, voté en 1984 par le FLN, parti unique alors et amendé en 2005. Et d’affirmer que «le code de la famille contrevient à toutes les conventions internationales ratifiées par l’Algérie» et de regretter que «le législateur ait réduit la femme à un statut de mineur à vie en matière de divorce, de mariage, de la garde des enfants, de la pension alimentaire et de tutelle.» Elle dénoncera au passage les engagements politiques sans lendemain des autorités algériennes contrairement aux pays voisins, le Maroc et la Tunisie, où le tutorat a été aboli.

Mais manifestement, c’est l’intervention de Me Boukhris Hayet sur «la politique des quotas des femmes aux élections…pour quels résultats», qui a le plus suscité de débats. L’oratrice a estimé que la loi organique sur les quotas des femmes lors des élections nécessite un débat de fond. Elle a plaidé pour la parité si l’on veut être cohérent avec les textes. «La loi est en contradiction avec l’égalité des deux sexes car il faut l’élargir aussi aux autres postes clés dans le gouvernement, dans les corps des walis, des chefs de daïra, etc. », déclarera-t-elle avec insistance. Une déclaration suivie par une forte ovation. La petite salle du TRB s’est révélée exigüe pour contenir tout son monde.

Les femmes et les affaires publiques

L’oratrice a rappelé que l’actuelle loi sur les quotas est insuffisante pour garantir l’égalité des chances. Pour preuve, le compte n’y est pas : le nombre de députés femmes à l’APN est de 146 ; les députés sont plus de 400. Idem au niveau du gouvernement. Les femmes ministres sont une poignée. Et hormis l’Education, elles héritent de postes ministériels plutôt modestes, voire de secrétariats d’Etat. Mais pas de poste régalien.

Alors que le principe de l’égalité de droits des femmes et des hommes est consacré dans le préambule et dans les articles 1 et 55 de la Charte des Nations Unies du 26 juin 1945, approuvée par le législateur algérien. Le préambule et l’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 mentionnent eux aussi le principe de l’égalité des femmes et des hommes et l’interdiction de toute discrimination, notamment en raison du sexe. Signalons que son article 21 concerne le droit de participer à la prise de décision politique, garantissant que toute personne a «le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis et à accéder dans des conditions d’égalité aux fonctions publiques de son pays.»

Dernière intervention, celle de Me Bakouri Aomar sur « le harcèlement et la violence faits aux femmes. » L’avocat a rappelé la loi du 30 décembre 2015 criminalisant la violence faite aux femmes. Il a indiqué que «le législateur a ciblé les violences intrafamiliales. Ce n’est pas nouveau.» Il a tenu à souligner néanmoins que «c’est grâce à l’engagement des femmes que cet acquis a fini par être arraché alors qu’il est resté pendant 9 mois dans les tiroirs des deux chambres avant que la loi ne soit votée». Il n’a pas manqué de dénoncer «l’intrusion du législateur dans la vie du couple pour des raisons politiques.» 

Salim Aït Sadi

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