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Antonio Gamito, Ambassadeur du Portugal en poste à Alger
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30 juil. 2014
09:49
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En poste à Alger depuis à peine quatorze mois, Son Excellence l’ambassadeur du Portugal, Antonio Gamito, est de ceux qui pensent qu’il y a une vie en dehors des frontières de l’Union Européenne. En diplomate averti, il évoque la crise que son pays a connue en termes d’expérience malheureuse pour le citoyen portugais mais, une opportunité, pour mieux faire dorénavant. Dans cette interview, parue dans les colonnes de L’Éco (n°92 / du 1er au 15 juillet 2014), il souligne l’importance de l’Algérie telle que perçue par Lisbonne, en tant que voisin et ami.

 

L’ECO : L’Algérie et le Portugal sont liés par un traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération, est-ce suffisant comme protocole pour approfondir les relations bilatérales et aller vers un partenariat gagnant-gagnant comme le souhaitent les deux pays ?

Antonio Gamito : Pour arriver à un traité d’amitié, il faut passer par plusieurs étapes, la signature de ce traité d’amitié veut dire que nos deux pays sont arrivés à un stade de coopération stratégique. Maintenant, c’est un schéma qui va conduire nos deux pays vers d’autres perspectives, c’est aussi un cadre qui nous permettra d’évoluer vers un niveau supérieur de coopération. Non, ce n’est pas suffisant parce qu’un traité, c’est une relation entre des personnes, il faudra que les décideurs des deux pays aient la volonté nécessaire pour faire faire appliquer ce qu’ils ont convenu de faire sinon ça ne donnera rien. Donc, il faut le nourrir, c’est le terme, parce que ce n’est pas seulement un simple traité d’amitié mais c’est aussi un traité de bon voisinage, le Portugal regarde l’Algérie, aujourd’hui, comme un phare. Notre vice premier ministre, qui a visité l’Algérie au mois de mars dernier, l’a confirmé, pour nous, l’Algérie est perçue comme un phare de stabilité dans la région.

Il faut dire aussi que, pour le Portugal, l’Algérie faisant partie de ses frontières sud est une partie très importante. C’est un pays stable, développé et il y a une croissance, donc des conditions qui vont nous permettre de faire des choses en famille et particulièrement dans le cadre du Cinq plus Cinq, c’est le cadre le plus proche. Après cela, nous pourrons envisager, dans un cadre plus large de la méditerranée renforcer la relation Europe- Afrique. Nous avons aussi le cadre multilatéral onusien dans lequel nos deux pays sont liés par des relations d’amitié et de solidarité. Le Portugal a appuyé toutes les candidatures algériennes aux organes des Nations Unies et l’Algérie a fait la même chose.

Ce sont des petites choses qui démontrent combien cette amitié est présente entre les deux pays et révèlent le sens stratégique de la relation, si l’Algérie a une demande spécifique, le Portugal est en mesure de la donner et vice versa. L’évolution de cette relation est très importante, elle démontre que nous sommes du même côté même si nous ne sommes pas de la même rive de la méditerranée, nous partageons les mêmes défis. Nous avons aussi les mêmes soucis économiques, énergétiques et de développement humain.

Le Portugal ne produit pas de l’énergie fossile, l’Algérie est un producteur de gaz et de pétrole, nous avons besoin, comme toute l’Europe, de cette énergie. A partir de cette complémentarité entre les deux pays, on peut comprendre l’importance de la relation entre l’Algérie et le Portugal et pourquoi elle est stratégique.

Permettez-moi de revenir un peu en arrière pour évoquer les différents programmes restés sans suite, à savoir le processus de Barcelone, l’Union pour la méditerranée et maintenant le programme de bon voisinage, est-ce qu’il ne manque pas quelque chose à cette intention quand il s’agit de travailler ensemble ?

Je ne peux pas parler au nom de l’Union Européenne ni me prononcer sur le processus de Barcelone, il faudra le demander à mon collègue de l’UE, ici à Alger, mais je parle au nom du Portugal, mon pays est engagé avec toutes ses forces et toutes ses ressources pour réussir le rapprochement entre nos deux pays. Le domaine dans lequel nous sommes plus près l’un de l’autre et plus mature pour faire avancer la relation, c’est le Cinq plus Cinq.

Il n’y a qu’à faire la comparaison entre ce que nous avons fait dans ce cadre-là et ce qui a été fait dans les autres cadres précités. Je détache le Cinq plus Cinq et la politique du bon voisinage des autres cadres qui sont plus vastes car, ils englobent d’autres pays et incluent aussi d’autres problèmes. Je pense qu’avec toute la force de l’Union Européenne, à travers le programme européen de bon voisinage et la volonté des pays du sud de la méditerranée, exprimée dans le cadre du Cinq plus Cinq, les choses vont mieux évoluer parce que c’est un processus dynamique et vivant.

Depuis ma venue en Algérie en 2013, j’ai assisté à 3 ou 4 rencontres du Cinq plus Cinq et puis il y a eu la réunion de Lisbonne du forum économique et la réunion des ministres des affaires étrangères, tout cela, c’est du concret pour mettre en marche la politique de bon voisinage. C’est très important pour l’Union Européenne et surtout pour le Portugal de s’ouvrir sur le sud de l’Europe. Il faut voir dans ce programme de bon voisinage, une politique dessinée pour l’Europe de l’Est et aussi pour l’Europe du sud et dans ce sud, il y a le Maghreb dont fait partie l’Algérie.  Mon pays est dans le groupe de pays qui soutient fortement le développement de cette politique de bon voisinage en direction du sud de la méditerranée.

La hausse a été de 23,7% en 2013, qu’est-ce que le Portugal achète de l’Algérie et comment appréciez-vous cette évolution de la relation commerciale ?

C’est une relation qui peut facilement arriver à un stade d’équilibre, le Portugal a acheté beaucoup de gaz à l’Algérie et a exporté vers l’Algérie des matériaux de construction et des produits pour le BTP. Depuis que je suis arrivé ici, je tente de diversifier ces échanges mais, avant cela, il a fallu d’abord approfondir les domaines de coopération avérée dans lesquels la coopération est établie et consolidée puis, il faudra l’élargir à d’autres domaines. Par exemple, nous n’avions pas auparavant d’activité dans l’agro-alimentaire ni le tourisme, maintenant nous avons même une ligne directe Alger- Lisbonne pour faciliter la vie des hommes d’affaires des deux pays, faciliter le tourisme et le cargo. Nous sommes aussi en train d’examiner les possibilités dans les travaux publics et aussi dans l’hydraulique, l’agriculture mais pas seulement, cette coopération pourraient s’étendre aux institutions. Nous avons invité dernièrement le ministre algérien de l’enseignement supérieur à visiter les laboratoires internationaux de nanotechnologie pour étudier la faisabilité d’un partenariat, comme nous sommes en train d’étudier une formule d’octroi de bourse d’étude pour les Algériens doctorants et même pour suivre des cursus universitaires dans les universités portugaises.

Ce qui nous intéresse dans cette relation, c’est d’aller plus loin en restant avec les Algériens. Pour illustrer, je dirai que votre vie, la mienne et celle du voisin ne suffisent pas pour terminer tout le travail que nous avons à faire ensemble. L’’Algérie est un pays qui a besoin de cent ans et plus pour terminer ce qu’il a commencé, tellement il y a des choses à faire. Au Portugal, nous allons célébrer 900 ans d’indépendance alors que, vous, vous n’avez qu’une cinquantaine d’années d’indépendance. Il y a une chose que je crois sincèrement, c’est que vous avez toutes les ressources humaines et économiques pour devenir une économie émergeante et que, dans dix ou vingt ans, l’Algérie pourrait faire partie d’un groupe élargi de pays du G20. S’il y avait aujourd’hui un G50, votre pays y serait déjà.

Donc, le Portugal, comme voisin et ami, a une place que je me dois d’élargir auprès de l’élite algérienne, c'est-à-dire les décideurs algériens. Alger et Lisbonne ont tout pour rester connectés de façon plus forte et durable. A chaque fois que je parle avec un responsable algérien, nous découvrons ensemble des opportunités nouvelles à saisir. Nous ne sommes pas là pour tromper nos amis algériens, nous sommes là pour travailler ensemble dans le cadre de la proximité géographique et à travers des actions communes, si vous avez besoin de nous, en Europe, vous pouvez compter sur nous. Actuellement, nous sommes en train d’étudier en commun la question de mobilité des personnes en Europe et d’ici la fin de l’année, il y aura des surprises.

Le Portugal évolue depuis quelques semaines sans « filet de sécurité », c'est-à- dire que le Portugal ne dépend plus du Mécanisme européen de Stabilité (MES) pour ses finances, est-ce que la crise est, enfin, un mauvais souvenir ?

C’est vrai que mon pays évolue, depuis mai, sans filet de sécurité, mais la crise n’est pas encore un mauvais souvenir, parce que les effets de la crise sont encore ressentis par les personnes. On peut parler chiffres et statistiques mais il suffit de regarder de près la société pour constater que la crise est là et je pense qu’elle va durer encore toute l’année prochaine. C’est un fait mais, je pense que la crise a eu sur nous un autre impact et cette fois, positif. La crise nous a donné la possibilité de nous éloigner des contre-performances qui nous coûtaient beaucoup d’argent. Je dirai donc que c’est une opportunité pour corriger et mieux faire et dans ce sens, le Portugal a gagné le défi.

La crise nous a fait voir les choses autrement, dorénavant, le gouvernement portugais ne va pas garder les deux pieds dans l’Union Européenne, nous avons d’autres voisins en dehors de cet espace. L’Europe, c’est important mais elle ne donne pas les garanties suffisantes pour qu’un pays membre puisse évoluer seulement dans l’Union. Il ne faut pas oublier qu’il y a un monde et cet autre monde, je suis sûr de l’avoir trouvé ici. Et j’espère aussi que l’Algérie trouve dans l’union européenne pas seulement la France, l’Italie, l’Allemagne, mais aussi d’autres pays.

Quels seront les mécanismes pour éviter le cercle de l’endettement surtout que le Portugal est un pays de l’Union lié par les conditions du traité de Maastricht qui fixe le déficit budgétaire à moins 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60 % ?

Nous devons beaucoup à l’union européenne sans laquelle le Portugal ne serait pas développé mais cette adhésion s’est effectuée dans l’ancienne Union Européenne. Cette UE, aujourd’hui, n’existe plus, elle a évolué vers un nouveau système que nous sommes en train de construire. Dernièrement, il y a eu des élections pour un nouveau parlement, un nouveau président du conseil européen et puis il y a des traités, sauf que le problème, c’est qu’un pays comme le Portugal, qui a suivi toutes les règles et parfois était incapable de le faire, en a payé le prix .

Personne ne nous a donné l’argent pour payer la dette, tout le monde nous a prêté de l’argent avec des intérêts qu’il faudra payer parce que c’est une dette. Oui, nous avons suivi les règles mais maintenant il faudra agir dans le cadre général du marché. Parfois, je dis bien peut-être, il y a dans l’union européenne un double traitement. Ce que nous avons vécu, c’est une situation à laquelle s’est mêlée non seulement la politique mais aussi la bureaucratie, c’est pourquoi, et une fois pour toutes, il faudra à l’avenir déterminer si c’est la politique qui fait le travail ou les techniciens. C’est un processus qui sera réglé, je pense, dans le cadre de l’évolution des institutions européennes dont on a besoin comme jamais.

Revenons en Algérie, il y a un intérêt des entreprises portugaises pour le marché national, 86 entreprises portugaises y sont déjà installés en partenariat avec les entreprises algériennes, quelle appréciation faites vous de ces partenariats ?

Non, il y a 65 entreprises présentes sur le marché algérien. Comme je le disais plus haut, mon travail consiste à étudier les opportunités d’affaires pour le compte des entreprises portugaises mais il y a des conditions à respecter : partenariat avec les Algériens et transfert de savoir-faire, on ne peut venir et repartir sans rien laisser. Nous devons aider les Algériens à développer leurs propres capacités parce que nous sommes déjà passés par là.

Qui sont vos concurrents sur le marché national ?

Oui, nous avons des concurrents comme par exemple les chinois, parce qu’ils sont moins chers dans les Btp, les Italiens dans la chaussure, des Français dans les médicaments et dans le tourisme, ce sont les Espagnols et les Turcs mais la concurrence ne nous fait pas peur. Et puis, c’est aux pouvoirs publics algériens de juger de la qualité du travail. Nos entreprises sont ici pour vendre un produit, un service, à un prix donné, accompagné d'un transfert de savoir-faire et de technologie, dans le cadre de partenariats durables. Nous n’avons pas la prétention de tout faire, nous ciblons nos intérêts que nous allons partager avec les Algériens. Nous savons ce que nos entreprises sont capables d’apporter au marché national algérien. Actuellement, ce sont nos entreprises qui prennent en charge certaines activités pointues comme la monétique, le fonctionnement de la centrale des risques, c’est un domaine dans lequel les portugais sont forts, il y a aussi le système de péage relié directement à la banque, nos entreprises ont fait ça même aux États-Unis. Le Portugal, ce n’est pas seulement le traditionnel mais aussi une technologie et un savoir-faire avéré.

Vous-êtes en poste à Alger depuis quatorze mois, qu’est-ce vous aimez en Algérie et qu’est-ce que vous détestez ?

J’aime la mer, ici en Algérie, je me sens chez moi, je sens l’odeur de ma maison à Lisbonne et puis j’aime aussi cette chaleur humaine, de chez moi à Porto et à Coimbra, que je retrouve chez les Algériens. Je déteste par contre les embouteillages à Alger

Samira Mana

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