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Alejandro Polanco, Ambassadeur d’Espagne en Algérie
"Une chambre de commerce algéro-espagnole d’ici fin 2015" Abonnez-vous au flux RSS des articles

06 juin 2015
09:43
0 commentaire L’Espagne veut des projets de qualité à des prix raisonnables

Ce qui fut le cercle de commerce et d’industrie algéro-espagnole devra être restructuré bientôt en Chambre de commerce mixte au plus tard avant fin 2015. Il s’agit d’un projet structurel de valeur pour la suite à donner aux relations économiques entre les deux pays. Son excellence l’ambassadeur d’Espagne en poste à Alger nous informe dans cette interview, parue dans les colonnes de (L'Eco n°112, du 16 au 31 mai 2015), que le bureau commercial d’Espagne en Algérie a reçu 2400 demandes de contacts en 2014.    

 

L’Eco : Quelle est votre analyse concernant la présence des entreprises espagnoles en Algérie ?

Alejandro Polanco : Depuis quelques années, il y a eu une augmentation très importante du nombre d’entreprises espagnoles intéressées par le marché algérien. Nous comptons actuellement près de 300 entreprises installées en Algérie. D’un autre côté, il y a cet intérêt de transformer le cercle de commerce et d’industrie algéro-espagnole en chambre de commerce mixte. Traditionnellement, il  y avait le secteur de l’énergie mais de plus en plus, il y a les petites et moyennes entreprises espagnoles qui cherchent des partenariats avec des partenaires algériens et une multitude de secteurs d’activés en Algérie intéressent nos entreprises.

Nous avons un nombre important d’entreprises activant dans le génie civil, l’agroalimentaire, l’hydraulique, l’agriculture et le tourisme. Ce sont des secteurs importants dans lesquels les entreprises espagnoles ont un savoir-faire. Il y a aussi, l’investissement dans la construction et l’agroalimentaire. Il y a aussi des entreprises en partenariat à l’exemple de Fertial, l’une des principales entreprises algériennes dans le secteur des engrais exportatrice. Nous avons remarqué une donnée particulière au niveau de notre bureau commercial en Algérie, c’est un de nos bureaux du réseau commercial mondial espagnol qui reçoit le plus de demandes d’intérêts des entreprises espagnoles. C’est un très bon signe, l’année dernière, nous avons organisé une série de contacts qui ont abouti à l’expression d’environ 2400 demandes de contacts.

La mise en place d’une chambre de commerce algéro-espagnole est possible pour cette année ?

La chambre de commerce est un projet très important tant pour les entreprises espagnoles installées ici que pour les entreprises algériennes qui veulent développer des projets avec la partie espagnole. Une soixantaine d’entreprises espagnoles et une centaine algériennes ont créé un cercle de commerce et d’industrie, devant l’importance des demandes de part et d’autre, les membres ont créé une association regroupant plus de 160 entreprises. L’objectif  est de profiter des expériences des uns et des autres et de trouver des possibilités de partenariats. La réunion de haut niveau entre les deux gouvernements qui s’est tenue  en janvier 2013,  a reconnu cette association en cours de formation statutaire.  Quant à la création de la Chambre de Commerce, le dossier préliminaire est déjà déposé auprès des autorités algériennes pour la reconnaissance. Une fois cette reconnaissance accordée, la même procédure est suivie par la partie espagnole.  Nous aurons à ce moment-là, une chambre qui, je pense, va impulser les échanges entre nos opérateurs. 

Quelles sont selon vous les opportunités par secteur d'activité que les deux pays peuvent développer ensemble ?

Nous avons une grande expérience dans le secteur agricole. Par exemple,  l’Espagne est actuellement le premier producteur mondial d’huile d’olive et c’est  la même chose pour  le vin. Il faut savoir que l’Espagne maîtrise parfaitement les mécanismes de production mais aussi de commercialisation. Notre avons un savoir-faire qui peut aider l’Algérie à se développer dans ces créneaux.  Un autre secteur dans lequel nous sommes aussi très compétitifs, c’est celui de l’irrigation dans des zones où le climat est très dur. Nous avons développé une maîtrise assez importante dans le sud de l’Espagne, en plus ce sont des secteurs qui sont très productifs de valeur ajoutée, c'est-à-dire que les coûts ne sont pas tellement élevés dans une première phase avec la maîtrise de la quantité d’eau qu’on peut utiliser. Et dans ce cadre-là, nous avons développé avec le ministère de l’hydraulique algérien un projet pilote dans la région de Ouargla. 

Et d’un autre côté, nous avons une bonne relation dans le cadre de la coopération entre les administrations. C’est très important. Il s’agit d’une initiative commune, algérienne et espagnole, dans le cadre des pays  5+5. Nous avons finalement réussi après une dizaine d’années de négociations d’établir une stratégie régionale pour l’utilisation de l’eau. Nous allons présenter cette stratégie ensemble aux Nations Unies, et je pense que là, il y a un secteur de coopération très importante qui, d’abord, reflète une coopération technique et scientifique mais aussi générateur de développement industriel plus tard. Aussi, il faut savoir qu’une partie de ce qui se fait en Algérie dans le domaine de dessalement de l’eau de mer est réalisée par les sociétés espagnoles.

Nous avons d’autres secteurs qui sont très importants aussi, comme  le transport. Nous avons une présence importante dans tout ce qui est  chemin de fer, TGV etc… Ceci, en plus de notre expérience dans tout ce qui est génie civil et tout ce qui est lié au développement du secteur de transport. C’est là où les entreprises espagnoles présentent des avantages très importants du point de vue qualité et analyse. Ce n’est pas par hasard que nous sommes en train de réaliser actuellement des projets pas seulement en Algérie mais pratiquement dans tous les pays. La coopération s’étend par ailleurs au développement scientifique et technique.

Nous avons aussi une présence forte  dans le domaine de l’énergie renouvelable. Notre souhait est de faire des projets de qualité à des prix raisonnables. L’importation du gaz reste une relation stratégique avec l’Algérie, avec un chiffre d’affaires très important. L’Algérie découvre en l’Espagne un  partenaire fiable et un voisin avec lequel les affaires se développent avec une certaine aisance. Le nombre de vols par exemple est passé de 3 à 5 par semaine à 4 vols par jour, ce qui a aidé à la multiplication des échanges ces dernières années.

En 2014,  les Algériens sont les premiers clients du marché immobilier d’Alicante, selon une étude espagnole, cette grande vague d’immigration algérienne n’est pas motivée uniquement par la recherche d’un travail, mais les Algériens viennent aussi  investir dans l’immobilier. Quelle est votre lecture ?

Ce n’est pas un intérêt seulement des Algériens. C’est un intérêt des Chinois, des Russes, des Allemands et des Anglais notamment. Les Algériens ont été les premiers clients du marché immobilier pour une période dans une région où il y a une présence traditionnelle algérienne qui connait bien la région d’Alicante. C’est vrai que le boom immobilier pendant les dix dernières années, suite à la crise, a provoqué une chute important des prix. Il est attendu que ce marché dans les prochaines années se redresse, alors c’est un très bon investissement. Et ça fait un investissement assez attractif pour les Algériens. 

L’Algérie a beaucoup développé des relations économiques particulières avec un certain nombre de pays d'Afrique. L'Espagne n'est-elle pas intéressée par des formules de coopération tripartite comme c'est le cas des autres pays comme vos voisins ?

Nous avons développé depuis 2005, une importante stratégie vers l’Afrique que nous considérons comme un continent absolument émergent. La zone Sahel est une zone prioritaire de coopération. Nous sommes devenus d’une façon assez naturelle un partenaire à travers plusieurs projets de coopération bilatéraux avec plusieurs pays de la région.

La coopération et avec des partenaires comme l’Algérie, est absolument la bienvenue.  Je suis  personnellement extrêmement attentif au développement de la politique algérienne vis-à-vis de l’Afrique, comme pour les secteurs économiques.  Il y a un grand projet énergétique qui nous intéresse beaucoup, qui est le gazoduc Nigéria/Algérie qui pourrait connecter avec  les gazoducs que nous avons avec l’Algérie et qui pourrait constituer un réseau stratégique de sécurité énergétique entre l’Europe et l’Afrique. Et ce serait un projet structurant très important et très fort. 

S'ouvrir et coopérer avec les pays du nord-africain est l’une des priorités des pays de l’Union Européenne. Quelle est aujourd’hui la place de l’Algérie pour votre gouvernement par rapport aux autres pays de la rive sud de la méditerranée?

Dans la Maghreb, les deux pays importants, il y a évidemment d’autres,  sont notamment  l’Algérie est le Maroc. Avec des économies différentes et parfois complémentaires. Un secteur  plus énergétique comme le cas de l’Algérie et plus agricole pour le Maroc. Nous sommes les premiers partenaires commerciaux de l’Algérie avec un échange de 15 milliards de dollars  par an. Pour nous, le Maghreb est absolument essentiel sur le plan économique. Une région primordiale et spécifique. Quand vous dites à quelqu’un que 50% de votre consommation de gaz est achetée par un seul pays et que ça ne pose aucun problème et, que le partenaire vous exporte presque 30 à 40% de sa production, vous dites certainement  qu’il y a une relation stratégique au-delà de la relation économique. Il n’y a pas lieu de chercher ailleurs pour diversifier ses partenaires. Et nous, on ne cherche pas ailleurs parce que cette relation stratégique fonctionne bien.                         

Le poids de l’Algérie dans le continent aujourd’hui ne se limite pas sur le plan économique. L’Algérie, aux yeux des observateurs, est un acteur clé de la sécurité en Afrique et même en Europe. Y a-t-il un intérêt espagnol de coopérer avec la partie algérienne dans ce domaine ?  

Absolument, nous avons un partenariat dans le cadre politique et de sécurité très important, qu’il faut aussi développer. Nous appuyons tout ce que l’Algérie est en train de faire pour régler la crise malienne et aussi  sur l’appui aux activités des Nations-Unies pour la crise libyenne. Nous avons collaboré avec des financements qui dépassent les deux millions d’euros durant ces dernières années. Nous jugeons effectivement que le rôle de l’Algérie dans cette zone est  fondamental et nous partageons beaucoup de positions quant à la crise malienne. Pour la Libye, nous partageons aussi la préoccupation de l’Algérie de trouver des solutions qui permettent une sortie de crise et une reconstitution nationale du pays.

La crise espagnole est toujours d’actualité. Selon les prévisions du gouvernement espagnol, il y a  encore pas mal de fragilités avec un chômage toujours élevé et une crise toujours profonde dans l’immobilier malgré une petite amélioration en 2015. Pensez-vous que la politique d'austérité appliquée actuellement par le gouvernement espagnol, a une chance d'enrayer la crise et quel est le rôle de l’Union dans ce genre de situation ?

Heureusement, déjà  les données et les prévisions sont complètement changées. Nous sommes en train de sortir clairement de la crise et les prévisions de la croissance de l’économie espagnole depuis les deux deniers semestres, sont positives. Nous sommes en train de sortir de cette crise, grâce notamment à deux secteurs qui ont beaucoup boosté l’économie espagnole pendant les derniers mois. Il y a le tourisme et  les exportations qui ont augmenté énormément grâce à une plus grande compétitivité des entreprises espagnoles privées surtout qui ont réussi à mettre de bons produits avec des meilleurs prix à l’international. L’assistance de  l’Union Européenne pour un certain  moment a été très importante pour nous, mais c’est vrai aussi que l’effort fondamental a été fait par les entreprises, par les travailleurs et par la société espagnole.      

Quel est votre plat algérien préféré ?

J’aime en particulier le méchoui et le couscous 

Qu’aimeriez-vous particulièrement à Alger ?

Il  y a des choses que j’aime beaucoup, d’abord les personnes qui sont très accueillantes. Et j’aime aussi la lumière de la ville. Elle est extrêmement belle et naturelle.

Que n’aimeriez-vous pas particulièrement à Alger ?

Ya pas grand-chose que je n’aime pas trop à Alger. Peut-être que la circulation de la ville n’est pas facile, il y a beaucoup de voitures, mais ça donne aussi l’idée d’une activité importante de la ville.    

Nassima Benarab

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