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Papa Omar Ndiaye, Ambassadeur de la république du Sénégal à Alger
«Nous sommes engagés pour le retour de la paix au Mali» Abonnez-vous au flux RSS des articles

01 mars 2015
10:01
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Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°105 / du 1er au 15 février 2015), l’ambassadeur du Sénégal en Algérie, Son Excellence Papa Omar Ndiaye, relève la nécessité d’un développement interafricain. Il a mis en exergue la bonne relation entre le Sénégal et l’Algérie. Pour lui, ces deux pays peuvent constituer un signal fort pour booster le rapprochement entre les différents opérateurs économiques africains. Il rappellera, par ailleurs, l’engagement de son pays dans la lutte contre les fléaux dans toute la région du Sahel

 

L’Eco : Excellence, votre président vient d’achever une visite d’Etat de quatre jours dans notre pays. Le mot clé était partenariat gagnant-gagnant, pouvez-vous détailler pour nos lecteurs, l’importance de cette visite de haut niveau surtout que c’est une première entre l’Algérie et le Sénégal ?

Papa Omar Ndiaye : L’Algérie et le Sénégal sont deux pays d’Afrique partageant plusieurs valeurs et ayant une large convergence de vues sur plusieurs questions intéressant la sous-région, l’Afrique et le monde. Malheureusement, les relations économiques n’ont jamais été au même niveau que celles politiques. Il s’agit désormais, à travers cette visite de haut de niveau, de renforcer la coopération économique entre les deux pays, dans un partenariat gagnant-gagnant. C'est-à-dire qu’il ne s’agit ni d’aide, ni d’assistance mais bien d’un partenariat mutuellement avantageux, prenant en compte les atouts et les opportunités qu’offre chaque pays ainsi que les objectifs de développement.  

La visite du Président de la république du Sénégal est, de ce point de vue, historique. La dernière visite de ce niveau remonte à 1983 (Président Abdou Diouf). Le séjour du Président Macky Sall a permis de poser les jalons d’une redynamisation de la coopération bilatérale, en mettant l’accent sur le développement des échanges économiques. L’objectif de la visite du Président Sall était de rencontrer le gouvernement algérien et de voir dans quelles mesures renforcer et redynamiser la coopération algéro-sénégalaise.

La visite a donc été une occasion de discuter des différentes possibilités de coopération   dans l’avenir dans des domaines tels que les hydrocarbures, l’agro-alimentaire, l’hydraulique, l’industrie pharmaceutique, la recherche scientifique et la formation, la lutte contre le terrorisme et celui de la sécurité. Autant de chantiers qui peuvent être exploités. Les deux délégations ont convenu de poursuivre les contacts pour identifier les projets à mettre en place afin de mettre en évidence toutes les opportunités qu’offrent les deux pays dans les domaines cités ci-dessus.

Pourquoi cet intérêt maintenant, surtout que les deux pays sont proches sur nombre de points et distants l’un de l’autre d’à peine 3000 KMS ?

Vous savez, le niveau de coopération entre les deux pays, à un moment donné, dépend toujours des hommes qui président aux destinées de ces pays et de leurs priorités du moment. L’Algérie est en train de renforcer ses relations avec les pays d’Afrique subsaharienne. Pour le président sénégalais, l’Algérie est un partenaire incontournable dans le cadre de sa politique de développement en vue de l’émergence.

Beaucoup de contraintes sont en train d’être levées. Exemple de Sonatrach qui était le seul opérateur algérien autorisé à investir à l’étranger. Aujourd’hui, la loi a été allégée, des opérateurs privés peuvent investir dans des marchés autres que l’Algérie. De son côté, le Sénégal a pris des mesures incitatives pour les investisseurs. L’environnement juridique et commercial est plutôt favorable. Les autorités des deux pays se sont engagées à renforcer leurs coopérations et ont exprimé leur volonté d’accompagner les opérateurs privés. Les échanges entre les deux Etats seront plutôt l’apanage des opérateurs économiques.

Comment expliquez-vous, Excellence, le faible taux d’échanges entre nos deux pays ?

Le faible taux des échanges peut être expliqué par la méconnaissance des opérateurs économiques et les contraintes liées à la réglementation des changes algériennes, les importateurs algériens devant régler leurs achats par le biais du crédit documentaire. A cela, s’ajoutent les délais d’expéditions des marchandises qui doivent transiter par Malte ou la Grèce. Une liaison maritime directe pourrait contribuer à fluidifier les échanges.

Cela est peut-être également dû au fait que les opérateurs économiques des deux pays n’y avaient pas vu jusque-là un grand intérêt. Aujourd’hui, au niveau de chaque pays, de nouvelles dispositions ont été prises pour faciliter les échanges, nul doute que dans les mois à venir, les choses devraient changer. D’autant plus que les autorités politiques des deux Etats se sont engagées à tout mettre en œuvre pour renforcer leur coopération et accompagner les entreprises.

Le conseil des affaires algéro-sénégalais a été installé en 2010. Quel bilan faites-vous de son activité pour améliorer le volume des échanges et la coopération ? 

Le conseil des affaires, mis en place en novembre 2010, n’est pas opérationnel. La grande commission mixte algéro-sénégalaise a été instituée en 1963. La cinquième et dernière session a eu lieu en 1997. Les deux pays se sont engagés à tenir la sixième commission au cours de cette année 2015. L’actuelle présidente du conseil économique social et environnemental du Sénégal est venue en Algérie deux fois. De bonnes relations ont été tissées avec le conseil national économique et social (CNES) algérien. Cela devrait contribuer à la redynamisation de ce conseil des affaires.

Quelles sont les quantités de gaz butane que compte importer votre pays ?

Le Sénégal a un besoin d’environ 150.000 tonnes de gaz butane par an. Le problème qui se pose, c’est la faible capacité de stockage qui tourne autour de 13 000 à 14 000 tonnes. A cela, s’ajoute la faiblesse du tirant d’eau à même de permettre l’accostage de navire transporteur de ce produit. De là, on est obligé de faire rentrer de petites quantités de 3 à 5 000 tonnes par semaine. Notre ambition est de renforcer nos capacités de stockage, en attendant de faire un dragage assez important pour accueillir les gros bateaux. Dans le cadre de notre option de mixte énergétique qui veut combiner le fuel, le gaz et le charbon, nous aurons également besoin de gaz naturel. Une délégation sénégalaise devrait venir en Algérie, fin février/ mars, pour discuter et voir de plus près comment mettre en œuvre les décisions prises lors de la visite du Président. L’idée est une grande unité installée au Sénégal qui, non seulement, couvrira les besoins du Sénégal mais permettra également à l’Algérie de pénétrer le marché de l’Union économique et monétaire ouest africain, voire de la CEDEAO.  

Outre l’énergie, quels sont les secteurs susceptibles d’intéresser les opérateurs de part et d’autre ?

Les deux pays ont des potentialités pouvant être exploitées de part et d’autre. Du côté algérien, outre les possibilités en matière d’hydrocarbures, les secteurs de l’industrie pharmaceutique, de l’agroalimentaire et du tourisme pourraient être explorés. La coopération en matière de sécurité, la formation et la recherche (coopération entre les universités des deux pays). Le Sénégal, quant à lui, peut s’approvisionner en butane à partir de l’Algérie et fournir des produits agricoles (fruits tropicaux comme la mangue, le miel naturel, etc.).

Qu’offre votre pays en matière d’avantages pour l’investissement ?

D’abord, l’existence d’un guichet unique au niveau de l’APIX qui permet de créer son entreprise en un jour. Ensuite des incitations comme : une exonération des droits de douanes sur les équipements et matières premières, exonération du paiement de l’impôt sur le revenu, libre transaction en devises étrangères sans délai, etc. Enfin le Sénégal est une porte d’entrée pour l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) composée de huit pays et 90 millions de consommateurs ainsi que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avec ses 300 millions de consommateurs. Beaucoup de facilités sont offertes aux investisseurs pour les inciter à venir investir au Sénégal.

Le Sénégal, étant un pays frontalier avec le Mali, a subi les revers de la guerre dans ce pays sur son économie, pouvez-vous nous en parler davantage ? 

Le Mali est un pays enclavé et, pour beaucoup de ses besoins, il se tourne vers le Sénégal. De ce fait, beaucoup de produits à destination du Mali transitent par des entrepôts spécialement aménagés au Sénégal pour différentes importations maliennes. Les marchandises échangées entre nos deux pays constituent la base relationnelle qui est en phase d’excellence avec le Mali. Sur ce constat, nous pouvons vous dire que la présence, dès le début des affrontements inter-maliens, de nos soldats sur le sol de ce pays frère constitue une contribution naturelle pour le règlement du conflit interne au Mali. L’instabilité au Mali influe négativement sur toute la région. Nous pensons que le Sénégal ne peut pas se développer tout seul. Le développement du Sénégal s’inscrit dans le cadre du développement africain. Nous sommes engagés à œuvrer pour le retour de la paix et de la sécurité au Mali et nous saluons les efforts entrepris par l’Algérie pour que les partis maliens s’entendent.

La situation du Sahel ne cesse de se compliquer, guerre, terrorisme et maladies, comment le Sénégal se comporte avec cela et quelles sont les solutions qu’il prône ?  

La situation au Sahel est préoccupante et aucun pays de la sous-région n'est à l'abri. Il va de soi que l’aide internationale s’est développée. Mais il nous appartient, à nous Africains, de prendre notre destinée en main. C'est pour l'avoir compris que le Sénégal a offert son appui au Mali dès le début de la crise. Aucun pays ne peut agir seul. Les fléaux (maladies, guerre, terrorisme) n’ont pas de frontières, il appartient à l’ensemble des pays de réunir leur moyens pour une action commune et le Sénégal est engagé dans ce processus-là. Dans le cadre de la CDEAO de l’union africaine, le Sénégal est toujours porté champion.

Un mot pour terminer…

Il était grand temps que l’Algérie et le Sénégal décident de renforcer leurs relations. L’Algérie et le Sénégal ont beaucoup de points communs et la concertation entre ces deux pays est de mise. Notre contribution mutuelle est le développement de l’Afrique.

Lynda Mellak

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