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Tsukasa Kawada, Ambassadeur du Japon à Alger
«La coopération sécuritaire avec l’Algérie est indispensable» Abonnez-vous au flux RSS des articles

19 mai 2014
08:40
0 commentaire Ambassadeur du Japon en Algérie, Tsukasa Kawada

Tsukasa Kawada, Ambassadeur du Japon en Algérie, tient beaucoup à la coopération économique et sécuritaire avec notre pays. Il dit, dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°88 / du 1er au 15 mai 2014) de l’Algérie, « un pays très solide et stable » et les relations avec le pays du soleil levant sont « excellentes». Les deux pays peuvent facilement, à terme, « multiplier par dix » le volume de leurs échanges commerciaux, soutient son excellence Tsukasa Kawada qui vient d’un pays où l’on croit que chaque jour apporte de nouvelles opportunités. 

 

L’Eco : Quelle est votre appréciation des relations algéro-japonaises ?

Tsukasa Kawada : Les relations algéro-japonaises sont très solides et stables.  Elles remontent loin dans le temps. Les relations d’amitiés ne datent pas d’aujourd’hui. D’ailleurs, j’ai l’intention de publier un livre sur l’histoire entre le Japon et l’Algérie qui date depuis plus de 50 ans. Le livre sera publié au mois de juillet prochain. Je suis entrain de recueillir les témoignages des personnes qui sont concernées. Ce qui n’est pas tellement connu, c’est que nos relations remontent à l’année 1958, c'est-à-dire avant l’indépendance de l’Algérie. Monsieur Abdelmalek Benhabyles, qui a été le premier Ambassadeur d’Algérie à Tokyo, a ouvert le bureau du FLN en1958 et, à cette époque, la guerre de l’Algérie était déjà déclenchée. Les Japonais ont sympathisé à ce moment et on a trouvé que la cause était tout à fait justifiée donc on a accepté l’établissement de ce bureau dans notre pays. La position du Japon, à cette époque, était assez délicate, peu de temps après la défaite de la 2ème guerre mondiale. Le4 juillet 1962, le lendemain de la proclamation de l’indépendance, le japon a reconnu l’Algérie comme un Etat indépendant et souverain. J’ai trouvé, en fait, un télégramme envoyé par le ministre japonais des affaires étrangères de cette époque au président provisoire de l’Algérie pour reconnaître l’Algérie comme un Etat. Dans la même année, on a établi les relations diplomatiques et, en 1963, le Japon a ouvert cette mission de son ambassade à Alger et, d’autre part, l’Algérie a ouvert sa mission au Japon. Et depuis, il y avait des sociétés japonaises qui ont coopéré etsont venues afin de travailler pour la construction du pays. D’ailleurs, la première raffinerie de pétrole et de gaz, réalisée en Algérie à Arzew,a été construite par une société japonaise «  JGC Corporation » en 1969.  Même durant la décennie noire, les sociétés japonaises ont continué à travailler, nous n’avons jamais quitté le pays.

Quel est l’état actuel du volume des échanges commerciaux entre l’Algérie et le Japon ?

Le volume des échanges est de plus d’un milliard de dollars en 2013. Je crois que ce n’est pas suffisant par rapport à la taille des deux pays. Les deux pays peuvent facilement, à terme, multiplier par dix le volume de l’échange commercial bilatéral. Le Japon est le quinzième client et fournisseur de l’Algérie. Nous exportons notamment des voitures et les engins de construction. Nous achetons essentiellement du pétrole et du gaz. Après le grand séisme de Fukushima, le Japon a suspendu toutes les activités des stations de nucléaires. Le Japon dépend aujourd’hui beaucoup du gaz pour la production de l’électricité. Donc on achète plus de gaz et, durant l’année 2013, nos importations de gaz en provenance de l’Algérie ont augmenté jusqu'à 900 millions de dollars et je crois que dans l’avenir, nous aurons la possibilité d’en acheter plus. En contrepartie, je souhaiterai que les Algériens achètent plus de produits japonais. Nous avons les électroménagers très sophistiqués, nous sommes aussi développés dans l’équipement médical notamment en machines qui sont destinées à la santé de la famille.  Nous avons aussi des vêtements attrayants.  Au cours de ces dernières années, le Japon a plutôt souffert des déflations. Les prix des produits japonais sont donc aujourd’hui très compétitifs. 

Qu’en est-il de la présence des sociétés japonaises en Algérie ?

Nous avons environ 15 entreprises japonaises installées en Algérie. Il ya des sociétés japonaises qui s’occupent de la construction des complexes gaziers et pétroliers. D’autres activent notamment dans le domaine de la construction de bâtiments et des travaux publics.  C’est le cas de l’USTO (Université des sciences et technologies d’Oran) qui a été dessinée par l’architecte japonais, Kenzo Tange. Elle a été réalisée en collaboration avec la société japonaise Kajima qui a également participé à la construction de l’autoroute Est-Ouest. Nous avons aussi des sociétés qui s’occupent de la vente des voitures et des machines. Il ya aussi ce qu’on appelle les maisons de commerce japonais. Ces maisons sont un peu particulières. Elles s’occupent du commerce et de l’investissement. Elles cherchent toujours des opportunités d’investissements. Je crois qu’il ya beaucoup de possibilités pour que les sociétés japonaises viennent investir en Algérie. Dans les années 70 et 80, il y avait plus d’entreprises japonaises et plus de japonais. Durant ces années, il y avait3 000 japonais qui travaillaient pour la coopération entre les deux pays.  Mais, malheureusement dans les années 90, ils se sont retirés mais je crois qu’ils sont prêts à revenir.  A cet égard, j’ai l’intention d’organiser une commission économique mixte qui sera représentée par les deux gouvernements et les sociétés privées. Elle sera organisée probablement au cours de cette année. Nous espérons, à l’avenir, avoir plus d’entreprises japonaises en Algérie.

L’investissement des entreprises japonaises en Algérie reste très timide. Comment expliquer cette situation ?  

L’économie japonaise est plutôt dominée par le secteur privé qui joue un grand rôle. Dans les années 80, on a privatisé l’économie. Il ya peu de secteur public dans notre économie. On a pensé que la libéralisation de l’économie est plus importante pour nous. L’entreprise nationale peut jouer un rôle mais, après une certaine période, il faut privatiser pour donner plus de vitalité à l’économie.  Les entreprises japonaises, issues d’une économie plus ouverte et libérale, doivent s’adapter à la politique de l’Algérie. Je crois que chaque pays a ses caractéristiques. J’ai fait mes études en économie à l’université et j’ai appris à l’époque une théorie très intéressante, celle du vol d'oies sauvages formant la lettre V. C’est un modèle de développement économique décrit par l'économiste japonais, Kaname Akamatsu, en 1937. Cette théorie explique qu’il ya des pays qui se développent premièrement et ensuite il ya les autres pays qui les suivent. Vous savez que l’industrialisation a commencé en Angleterre au 18ème siècle et après les pays européens et les Américains ont suivi cette industrialisation et le Japon aussi. Maintenant, c’est la chine et d’autres pays asiatiques. En réalité, les pays se développent économiquement les uns après les autres.  Un pays envoie de développement importe toujours des marchandises en provenance des pays développés. Mais ensuite ce pays en développement produit lui-même et finalement commence à exporter. Maintenant, l’Algérie importe les produits manufacturés. A mon avis, l’Algérie a la capacité de produire et nous sommes prêts à coopérer avec votre pays, notamment dans le transfert de la technologie.                

Les Japonais peuvent-ils situer l’Algérie sur la carte géographique ?

Ohhh ! Oui, oui, oui, après les événements de Tingintourine, (sourire). Pour les hommes d’affaires japonais, bien sûr, l’Algérie est très connue. Au Japon, il ya l’association des chefs d’entreprises qui s’appelle « Keidanren »et dans cette organisation, il ya un comité consacré aux relations avec l’Algérie.  Il n’ya pas beaucoup de pays qui a un comité indépendant dans Keidanren. Je crois que c’est le moment de lancer les relations.  Il est vrai que la distance entre les deux pays nous empêche de nous connaître. On ne connaît pas tellement aujourd’hui la situation des uns et des autres. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est qu’il faut se connaître.

De quelle manière le Japon compte-t-il contribuer auprès des autorités algériennes dans le domaine de la sécurité ?

Nous avons commencé par une sorte de consultation dans le domaine de la sécurité. On a fait déjà des réunions dans ce domaine pour échanger des informations. Nous espérons que les choses avancent. Cette coopération a deux buts essentiels. Premièrement, c’est la sécurité des ressortissants japonais en Algérie et aussi nous souhaitons coopérer dans ce domaine pour la stabilité de la région de Sahel. Les compagnies japonaises sont toutes en Algérie et continuent leurs travaux normalement même après l’attaque terroriste contre le site gazier de Tiguentourine en janvier 2013. La JGC, qui a été la victime de l’attaque, a commencé son travail dans d’autres sites gaziers et de pétrole et elle compte retourner bientôt à Tiguentourine. 

Quelle leçon peut tirer l’Algérie de l’expérience économique de votre pays qui est la troisième puissance économique mondiale ?

Au cours de ces 20 dernières années, le taux de croissance du Japon a été de presque zéro. Aujourd’hui, le taux de croissance est de l’ordre de 3%. L'économie japonaise est revitalisée grâce à la politique économique intitulée « Abenomics » menée par le Premier Ministre ABE.  Maintenant les entreprises japonaise investissent plus à l’étranger et estiment que l’Algérie offre de grandes opportunités.  L’Algérie a un très grand marché intérieur, mais aussi pourrait devenir une base de production pour les marchés européens et africains.  Ce qui est important pour l’économie algérienne, c’est de diversifier son industrie et de réduire sa dépendance des hydrocarbures et le Japon est prêt à coopérer avec l’Algérie.  Contrairement au Japon, l’Algérie a des ressources. C’est pour cela que je pense que les deux économies peuvent être complémentaires.    

Nassima Benarab

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