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Kuldeep Singh Bhardwaj, Ambassadeur de l’Inde en Algérie
"L’Algérie n’est pas un marché mais un partenaire" Abonnez-vous au flux RSS des articles

12 août 2015
09:59
0 commentaire "L’Inde est un pays déficitaire en termes d’énergie"

Kuldeep Singh Bhardwaj, Ambassadeur de l’Inde en Algérie, révèle dans cet entretien dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Eco ( N°116 / du 16 au 31 juillet 2015) que les deux pays sont en négociations pour la mise en place d’une usine de production d’engrais  chimiques en Algérie. L’Inde, explique son excellence l’ambassadeur, refuse de voir en l’Algérie un marché, mais un partenaire avec lequel il doit « avoir une relation durable » accompagnée d’un « transfert de technologie et un savoir-faire afin que les Algériens puissent produire dans leur pays ».

 

L’Eco : La coopération entre votre pays et l’Algérie semble prendre un nouvel élan ces dernières années. Est-ce que la forte présence de votre pays à la FIA rentre dans cette logique ?    

Kuldeep Singh Bhardwaj : Nous avons des relations très étroites et historiques avec l’Algérie.  Nous avons reconnu l’Algérie en tant que nation même avant son indépendance en 1959, et le premier bureau de FLN a été installé en Inde durant la même période.

Durant ces dernières années, nos relations économiques ont été vraiment rehaussées. Et comme preuve, le gouvernement algérien nous a honorés avec le titre d’invité d’honneur à la foire internationale d’Alger (FIA), pour cette année, qui est une reconnaissance de la croissance et de la diversification économique de notre pays.

Le volume des échanges commerciaux qui était de l’ordre de 7 millions de dollars au début du siècle, est passé à 2 milliards de dollars actuellement. Nous avons une vingtaine d’entreprises qui sont présentes en Algérie. C’est un peu difficile de  donner le montant des investissements indiennes en Algérie parce qu’il y a deux aspects. Nous avons des sociétés qui  activent dans la production et d’autres qui sont dans la réalisation des projets. Mais le coût de l’investissement pour ceux qui sont présents en Algérie, est estimé approximativement à 5 milliards de dollars. Toutefois, il existe un important potentiel à développer ensemble.  L’Algérie peut exporter à l’Inde le pétrole, le gaz naturel, les engrais à base de phosphate, le cuir et des dattes par exemples. De son côté, l’Inde aussi peut procurer à l’Algérie, des véhicules, des  tracteurs, l’équipement agricole, les médicaments et même les produits chimiques.  La force de l’Inde est dans le fait qu’elle a su combiner le secteur privé avec le secteur public, quoique l’Inde ait adopté au début  le système socialiste, mais grâce a cette combinaison, nous avons pu apporter un plus à l’économie indienne.  La force de notre économie, c’est aussi le développement  des petites et moyennes entreprises. C’est ça, à mon avis, ce dont l’Algérie a besoin, c’est de prendre l’exemple de l’Inde et d’essayer de combiner le secteur public avec celui du privé. 

L’Inde est un très grand consommateur de pétrole et de gaz et ses besoins ne cessent d’augmenter. Ya- t-il un intérêt de coopérer avec l’Algérie dans ce domaine, sachant que votre pays importe 70% de son pétrole ? 

Il faut savoir qu’en Inde, nous avons en priorité trois types de sécurité que nous devrons assurer. Il y a la sécurité des frontières, il  y a la sécurité alimentaire et enfin la sécurité en termes d’énergie. L’Inde produit seulement 20%  des besoins de son énergie et donc nous importons 80%  de nos besoins. Et notre but est de diversifier les sources de notre approvisionnement et étant donné que l’Algérie est un producteur mondial de gaz et de pétrole, nous souhaitons renforcer notre coopération dans ce cadre-là.

 L’Inde est un pays déficitaire en termes d’énergie et ses besoins en pétrole et gaz qui sont estimés à 200 milliards de dollars, dépendent en majorité des importations. Les exportations algériennes constituent seulement 1% de cette importation globale. Par conséquent, il y a un potentiel important d’exportations vers l’Inde, particulièrement le pétrole et le gaz naturel. L’Algérie exporte principalement le pétrole brut, GNL,  GPL, engrais phosphatés et du cuir. Il existe un potentiel important pour améliorer les exportations algériennes vers l’Inde. Mais notre intérêt ne se limite pas à l’importation de gaz et de pétrole mais on vise à renforcer notre coopération dans d’autres secteurs comme l’exploration et aussi dans le domaine des engrais. Ce que nous avons suggéré, c’est d’implanter et de créer  ici, en Algérie, une usine d’engrais. Et étant donné que l’Algérie possède la matière première à savoir le gaz et le pétrole, nous sommes très intéressés par ce projet qui est très important pour notre pays.

Si une telle usine est créée en Algérie, nous allons exporter donc sa production directement en Inde. Nous avons exprimé ce souhait de coopérer dans ce domaine plusieurs fois et nous avons discuté de cette question lors de la dernière commission mixte qui a été organisé ici à Alger.  Ce qu’il faut savoir que nous sommes toujours en négociation avec le secteur privé algérien afin d’explorer cette coopération.

Quelles sont les opportunités d’affaires offertes par l’Inde pour les Algériens prévoyant d’investir en Inde ?

L’Inde est un pays où les opportunités d’affaires ne manquent pas pour les Algériens qui veulent investir. Le gouvernement  indien a lancé une initiative qui s’appelle « Make in Indien ». C’est une campagne relative à la création et l’établissement de supers couloirs  et de développement de cités industrielles, là ou les Algériens peuvent investir, produire et acquérir de l’expérience. Nous délivrons en moyenne 1200 visas annuellement. Pour les hommes d’affaires, nous accordons des facilitations très intéressantes, et de notre côté, nous voulons que l’Algérie aussi donne plus des facilitations de visas pour nos hommes d’affaires. Je peux vous donner quelques chiffres : Nous avons accordé 1 369 visas y compris 694 visas d’affaires durant l’année écoulée. Alors qu’au premier trimestre de 2015, nous avons délivré 381 visas dont 174 visas d’affaires. Pour ce qui est du côté des chiffres concernant les Algériens établis en Inde. Vous devriez adresser cette question à l’ambassade d’Algérie à NewDelhi. Cependant, le nombre des Indiens installés en Algérie dépasse les 2000 personnes.

Comment se porte aujourd’hui l’économie indienne, considérée aujourd’hui l’une des économies les plus dynamiques de la planète ?  

Nous avons  remarqué que le taux de croissance en Inde a dépassé celui de la Chine durant les trois dernier mois. Notre économie se porte bien, nous avons un taux de croissance de 7,2%.  Notre objectif maintenant, c’est d’avoir un pourcentage de croissance à deux chiffres  à moyen terme.  Cette réussite est liée à certains facteurs à savoir la combinaison entre le secteur public et privé, le développement des moyennes et petites entreprises.

En termes plus clairs, nous avons moins de contrôle du gouvernement sur certaines activités comme par exemple l’acier, les cimenteries et les industries de base. Nous avons aussi maintenant certains secteurs du secteur public qui sont privatisés. Le gouvernement a une seule usine sur 7 à 8 usines qui activent dans le secteur de l’acier. Elles sont typiquement gérées par le secteur privé. Nous avons même certains secteurs stratégiques, tels que la défense, qui sont sous la tutelle du gouvernement, mais qui commencent à être privatisés. Notre devise, c’est de régulariser sans contrôler.

En tant que membre des BRICS qui occupent aujourd’hui une place économique mais aussi politique et stratégique dans le monde, comment appréciez-vous  le rôle de l’Algérie dans le règlement des conflits en Afrique ?

L’Inde ne considère pas l’Algérie ou le continent africain comme un marché. Si vous considérez une destination comme un marché cela va prendre un sens négatif. Le but de l’Inde, c’est d’avoir une relation durable avec le continent en général et avec l’Algérie en particulier. Et dans ce cadre-là, ce qui est important pour nous, c’est le transfert de technologie et le savoir-faire afin que les Algériens puissent produire dans leur pays. L’Inde et l’Algérie ont été colonisées, il faut savoir que la majorité des problèmes remonte à cette période.

De notre côté, nous apprécions réellement la politique algérienne à cet égard et son rôle est primordial dans les questions malienne et libyenne et autres. Nous apprécions aussi la politique algérienne basée sur la non ingérence dans les conflits internes des autres pays et le règlement à travers le processus démocratique, les dialogues et les négociations.

Un dernier mot

Ce que je souhaite, c’est de voir l’économie algérienne évoluer librement, et que  la règle du 49/51 ne durera pas sur le long terme. Il faut vraiment libérer l’environnement des affaires  et encourager surtout le tourisme. Vous avez des potentialités énormes dans ce domaine, qu’il faut développer. Ce que je souhaite aussi, c’est qu’il aura un échange culturel entre les deux peoples.     

Nassima Benarab

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