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Franziska Honsowitz, Ambassadeur de la République d’Autriche à Alger
«L’Algérie a prouvé sa force politique et diplomatique» Abonnez-vous au flux RSS des articles

18 déc. 2014
09:50
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L’Algérie « est un partenaire important » pour l’Autriche et ce, dans bien des domaines. Aujourd’hui, le marché algérien est perçu comme une alternative d’investissement à long terme pour les entrepreneurs autrichiens qui, par le biais de la section commerciale de leur ambassade à Alger, prospectent et étudient les opportunités que le marché algérien propose. Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°101 / du 01 au 15 décembre 2014), le nouvel ambassadeur, Mme Honsowitz, de la République d’Autriche à Alger souhaite renforcer les relations multilatérales entre les deux pays. 

 

L’Eco : La République d’Autriche a célébré, l’année dernière, ses 50 ans de relations diplomatiques avec l’Algérie. Entre autres, quelle est votre évaluation de cette coopération, notamment économique ?

Franziska Honzowitz : Nous sommes très satisfaits des résultats de ces échanges économiques, nous avons toujours entretenu des relations excellentes avec l’Algérie, et ce, depuis son indépendance à ce jour. Nous avons des relations qui s’intensifient de plus en plus et se renforcent. Grâce à ces relations d’entente et d’engagement économique, le volume d’échanges commerciaux évolue d’année en année. La valeur des échanges commerciaux entre nos deux pays respectifs pour 2013 a atteint 500 millions d’euro. Pour cette année, on s’attend à des résultats plus importants, vu la croissance positive enregistrée. Pour stimuler le volume des échanges et encourager les relations de partenariats, il faut diversifier les exportations vers l’Autriche. Ce qui n’est pas impossible, car l’Algérie a beaucoup à offrir et à proposer aux marchés étrangers, comme les produits terroirs, tels que le miel, l’huile d’olive… L’activité agricole algérienne a de grandes potentialités. Pour maintenir une relation solide et de réciprocité continuelle, même l’Autriche s’implique dans le développement des liens d’amitié et entente commerciale avec Alger. Nous exportons vers l’Algérie une gamme importante et variée de produits, comme les machines industrielles de transformation du bois, plastique, recyclage, les produits pharmaceutiques… Le marché algérien est le premier marché importateur du bois de l’Autriche. Il faut savoir que nos deux pays ne coopèrent pas uniquement dans le domaine économique mais nous nous intéressons, également, aux domaines culturels, touristiques et politiques de l’Algérie. Nous souhaitons profiter de toutes les possibilités qui se présentent à nous et nous nous engageons à poursuivre nos actions sur le terrain pour renforcer nos relations dans les différents domaines. Garder les bons liens d’ententes économiques et diplomatiques avec l’Algérie est ma priorité en tant qu’ambassadeur et celle de notre section commerciale à Alger.

Etant nouvellement installée à votre poste à Alger, quelles sont vos aspirations pour les quatre ans à venir ?

Je viens juste d’être installée à la tête de l’ambassade d’Autriche à Alger, je ne tire pas encore de conclusions sur le bilan de 2014 vu qu’elle n’est pas terminée. Mais nous affichons des résultats satisfaisants pour les sept premiers mois. Bien que pour les premiers sept mois, nous avons enregistré un recul de 7% dans notre volume d’exportations car nous n’avons pas encore tout calculé. Nous prévoyons, d’ici la fin de l’année, une légère croissance dans nos exportations vers l’Algérie. Quant au taux des exportations algériennes vers le marché autrichien, il avoisine les 50%.  Ce qui est très important. Mais l’évaluation finale se fera à la fin de l’année 2014. Nous sommes très optimistes concernant la croissance de nos échanges commerciaux. Nous sommes très attentionnés et intéressés à développer les relations entrepreneuriales entre les hommes d’affaires des deux pays et les encourager dans leurs engagements. Récemment, nous avons organisé une séance de B to B qui a duré deux jours, à Alger. C’est une manière de rapprocher les deux pays su le plan investissement et stimuler le volume des échanges commerciaux. Nous n’avons pas encore de résultats définitifs sur la rencontre d’affaires, mais dans le même cadre, l’année dernière, nos entreprises ont pu signer plusieurs contrats. Des partenariats évalués à plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui est très important pour soutenir notre présence en Algérie.

Etant membre de l’UE, quelle est la stratégie de l’Autriche pour maintenir et développer les accords d’association signés avec l’Algérie et faire réussir la politique du jumelage et du consortium industriel?

Le premier avantage de l’accord d’association est de faciliter la circulation des marchandises, des services et réduire les droits de douanes et donne naissance à beaucoup de projets de coopération comme le jumelage…etc. Cela est, également, bénéfique pour l’Algérie pour faciliter ses procédures d’exportations en tant que producteur d’énergie, vu la demande accrue formulée par les pays européens. D’ailleurs, nous avons des bureaux d’engineering en Algérie et nous avons aussi un accord d’investissement et de double imposition. Cette présence rassure nos entreprises et les encouragent à investir, en dépit de la difficulté de l’acheminement des marchandises vu que nous sommes obligés de passer par le port de France, d’Allemagne ou  de la Slovénie. Grâce aux accords d’associations, cette démarche d’affrètement de marchandises vers l’Algérie est devenue aisée. Ces accords vont intensifier les relations entre l’UE et l’Algérie afin de profiter du potentiel des deux parties. D’ailleurs, l’Autriche a déjà signé dans ce cadre un accord bilatéral pour les investissements. Nous pensons que cette association est prolifique pour les deux partenaires. Sans oublier le projet du jumelage qui a été signé entre l’Algérie (Algex), la France et l’Autriche qui est un levier important pour aider l’Algérie à diversifier ses exportations. Nous sommes sûrs que l’Algérie a beaucoup à offrir en dehors des hydrocarbures. D’autre part, le démantèlement tarifaire ne fera qu’intensifier les rapports de coopération. Il permettra aux entreprises une certaine flexibilité dans les démarches d’importation et d’exportation. Ce démantèlement tarifaire nous aidera à décider et à nous rapprocher des prix qui conviendront le mieux au marché algérien. Les produits exportés vont être à de meilleurs prix et qualités et même chose pour les produits algériens destinés à l’exportation sur le marché européen.

Que peut-on tirer de votre expérience entrepreneuriale et industrielle?    

Vienne n’est pas l’une des villes les plus chères au monde, mais chère en termes de qualité de vie. Vienne est bien structurée et possède toutes sortes d’activités de loisirs, espaces de divertissement et touristiques important. Actuellement même les Algériens peuvent partir visiter car il y a une ligne directe Alger-Vienne, deux fois par semaine. Cela facilite le contact et l’échange. Nous avons constaté qu’il y a beaucoup d’Algériens qui se rendent en Autriche et vice-versa, même si ce ne sont que des voyages d’affaires. Mais nous souhaitons développer un autre créneau en Algérie, celui d’attirer les touristes autrichiens vers l’Algérie qui recèle des richesses touristiques magnifiques à découvrir. Il faut explorer cette piste d’autant que l’Algérie est à 2h30 de Vienne. D’autre part, inciter les Algériens à explorer l’Autriche et sa beauté. Par ailleurs, nous avons remarqué le manque d’infrastructures d’accueil en Algérie pour les touristes. C’est une façon d’encourager les Pme à prospecter, explorer et investir en Algérie. En Autriche, nous avons une institution intitulée ABA (Autrian Business Agency) qui est l’équivalent de l’ANDI en Algérie, elle oriente les investisseurs et les aident à acquérir le foncier et s’établir. La différence entre nos entreprises et celles d’Algérie, c’est la fiscalité. En Autriche, nous avons une taxation de groupe, une seule taxe sur la balance accumulée. Orienter nos entreprises à l’étranger est la mission de notre section commerciale, un intermédiaire très important pour réussir économiquement en Algérie.  

En Algérie, l’entreprise est en voie de développement, d’ailleurs les micro-entreprises peuvent devenir puissantes si elles bénéficient de l’accompagnement. L’Autriche, également, n’a pas de grandes entreprises à l’échelle internationale. Nous avons des petites et moyennes entreprises qui sont soutenues et accompagnées par l’expertise des chambres de commerce au niveau interne et externe. Grâce à ces institutions, ces entreprises ont des bureaux dans d’autres pays, comme l’Algérie. Notre section commerciale à l’ambassade se charge, entre autres, d’organiser des missions économiques aux profits des chefs d’entreprises des deux pays. Ce n’est pas la taille de l’entreprise qui importe mais la compétence et les infrastructures à l’étranger. C’est un défi à relever par les entreprises et l’Algérie peut faire de même. Il faut franchir également les frontières de la langue qui pose problème pour les petites entreprises lors de leur déplacement ailleurs. Mais s’il y a un suivi de la part des sections commerciales à l’étranger, cette difficulté peut être surpassée.

Qu’en est-il de la présence de la communauté algérienne en Autriche ?

Je n’ai pas le chiffre exact du nombre de la communauté algérienne en Autriche, mais je pense que c’est une petite communauté active. Quant à la présence algérienne en matière d’investissement en Autriche, elle est quasi-nulle vu la difficulté rencontrée par les entrepreneurs algériens pour sortir leur capital et investir à l’étranger. Mais rien est impossible, nous souhaitons avoir des Algériens qui investissent chez nous comme l’a fait le Pdg de Cevital en France. Nous souhaitons que ces investisseurs voient le marché autrichien comme une porte d’entrée vers les marchés de l’Europe centrale et Sud-est, notamment Vienne représentant un Hub important pour les Balkans, ce qui facilite l’activité des entreprises étrangères dans cette zone. Même l’Ambassade algérienne est très active en Autriche.

La réglementation algérienne empêche-elle les investisseurs autrichiens de venir investir en Algérie?      

Nous avons 14 filiales d’entreprises autrichiennes en Algérie et cela démontre la volonté de nos entreprises à venir investir sur le marché algérien. Quant à l’évaluation de leurs activités, elle reste positive par rapport à sa contribution au développement de l’économie autrichienne. Nous avons ces filiales qui sont implantées en Algérie en plus de 70 autres représentations. La plupart de ces entreprises ont été créées entre 2000 et 2009. Et à partir de 2009, les conditions de l’investissement ont été révisées et devenues un peu restreintes, mais nos entreprises se sont habituées aux nouvelles règles de l’investissement, notamment, la règle du 51%/49%. Mais cela ne nous empêche pas d’investir en Algérie, d’ailleurs, nous venons d’ouvrir un bureau d’engineering et plusieurs autres contrats sont en cours de conclusion. Nous n’avons que des estimations sur le chiffre d’affaires de ces entreprises. Elles comptent à leur actif, approximativement, près de 500 employés et pendant les 5 dernières années, nous avons renforcé notre présence à travers ces filiales qui travaillent sur de grands projets comme la mosquée d’Alger, le métro et la construction de l’hôpital à Constantine en partenariat avec des entreprises algériennes et françaises.

Quelle est votre politique de développement du secteur des énergies renouvelables, en Algérie ? 

C’est une question très importante car l’Autriche est connu dans ce domaine. Nous avons déjà des entreprises qui activent dans l’énergie solaire en Algérie. L’énergie renouvelable est le secteur de l’avenir et du développement écologique. Nous sommes en train de négocier avec des entreprises algériennes afin de conclure des partenariats stratégiques dans ce domaine. Nous sommes optimistes dans notre politique de développement des relations économiques entre l’Algérie et l’Autriche. Nous avons plusieurs projets en cours dans le domaine de l’environnement, énergie et agricole. 

Quel est l’impact de l’embargo russe et la crise en Europe sur votre politique d’investissement à l’étranger et en Algérie?

L’accession de l’Algérie à l’OMC est très importante. D’ailleurs, nous avons discuté à plusieurs reprises avec l’Union Européenne à propos de la nécessité de joindre l’Algérie à l’OMC, vu son potentiel en énergie et dans d’autres secteurs d’investissement. La position de l’Algérie en tant qu’intermédiaire politique est très importante dans tous les domaines, comme le dialogue inter-malien qui se déroule à Alger, celui de la Lybie et toute autre activité qui se présente en Algérie. C’est un facteur de stabilité pour l’Algérie et  les pays limitrophes car la politique et l’économie sont des secteurs indissociables. L’Algérie a prouvé sa force politique et diplomatique au monde entier et a rassuré les investisseurs étrangers à poursuivre leurs projets en Algérie et au Maghreb. Quant au conflit avec la Russie, le gouvernement autrichien essaie de minimiser l’impact et accorde des subventions aux entreprises qui sont touchées par l’embargo afin de les aider financièrement à surpasser les contraintes. Une manière aussi de les aider à prospecter de nouveaux marchés et  l’Algérie peut profiter, indirectement, de cette situation.     

Samira Bourbia

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