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Michal Radlicki, Ambassadeur de la République de Pologne à Alger
«Bientôt, seront conclus une quinzaine de partenariats» Abonnez-vous au flux RSS des articles

08 juil. 2014
09:16
0 commentaire Michal Radlicki, Ambassadeur de la République de Pologne à Alger

En prenant ses fonctions d’Ambassadeur en Algérie, Michal Radlicki n’était pas venu dans un pays totalement inconnu pour lui, puisqu’il a passé l’année 84 en Algérie, précisément à l’université de Bab Ezzouar où il a enseigné la géologie. Il y est revenu, depuis 3 ans,  pour exercer ses fonctions, cette fois-ci, de diplomate.  Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°91 / du 15 au 30 juin 2014), Michal Radlicki ne cache pas  également son optimisme quant à la relance des échanges économiques et le développement du partenariat entre l’Algérie et la Pologne. 

 

L’Eco : Depuis peu, la Pologne a listé quelques pays, 7 au total, avec lesquels elle veut intensifier ses relations économiques. L’Algérie figure dans cette liste réduite. Pourquoi cet intérêt pour notre pays?

Michal Radlicki : Au niveau de l’Ambassade, nous avons insisté pour inscrire l’Algérie sur cette liste. Les perspectives économiques de l’Algérie sont bonnes. Nous ne voulons pas seulement faire du commerce mais aller au-delà. Nous voulons que des entreprises polonaises viennent s’installer ici en Algérie. Nous n’avons pas de domaine particulier  mais le partenariat cible tous les secteurs, sans exception. Finalement, notre ministre de l’Economie a pris en considération notre demande et a décidé de renforcer l’essor des investissements en commun.  Faut-il rappeler que la Pologne était bien présente en Algérie durant les années 70. Nous travaillons à les relancer puisque les Algériens et les Polonais se connaissaient bien.  Toutefois, il y a certains domaines qui sont plus propices que d’autres pour développer les relations économiques des deux pays. Il y a le domaine de l’agriculture et les métiers adjacents, notamment la machinerie agricole et l’industrie agro-alimentaire. Il y a aussi le bâtiment et les domaines de l’industrie. Les produits polonais sont bien présents sur les marchés européens car ils sont d’excellente qualité mais aussi très compétitifs en rapport qualité-prix.

La crise financière a affecté presque tous les pays d’Europe, mais la Pologne s’en est  sortie indemne. Quel a été le remède miracle qui a mis à l’abri la Pologne ?

Il y a deux facteurs principaux qui ont permis à la Pologne d’éviter cette crise.  Très tôt, nous avons mis en place des « règles d’or », lesquelles règles ont été constitutionnalisées en 1997. En Pologne, l’endettement de l’Etat est très réglementé. Les banques n’accordent pas de prêt aux entreprises et institutions, si elles sont déjà trop endettées. Quant à la question du surendettement qui a ruiné les économies de certains pays, cela n’a eu aucune conséquence sur notre économie. Le bon système financier mis en place a permis aux entreprises de devenir plus fortes et gagner des nouvelles parts de marchés au moment où des entreprises sont touchées par la faillite dans la zone Euro.            

Avant l’adhésion de votre pays à l’UE, beaucoup d’observateurs et d’analystes considéraient que  cette décision était dangereuse pour votre économie. Quelles étaient les mesures prises pour réussir l’intégration dans cet ensemble et est-ce que la Pologne en a profité ? 

Pour la seconde question, je dirai d’emblée que la Pologne a, en effet, profité de son adhésion à l’Union.  Cette ouverture a été une nouvelle perspective pour l’économie polonaise qui se retrouve avec un nouveau marché de 400 millions d’habitants. Alors qu’avant, le produit polonais était destiné au marché intérieur qui ne dépassait pas 40 millions d’habitants même si les besoins internes de la Pologne étaient très importants et ne cessaient de progresser.  C’est vrai qu’en 2002 et 2003, à la veille de l’adhésion à l’UE, beaucoup d’observateurs ont mis en garde contre l’envahissement des entreprises étrangères, estimant à l’époque que les gros capitaux allaient tout acheter, les entreprises, les terres et banques etc. C’étaient des pessimistes qui avaient aussi évoqué un autre phénomène à savoir que les Polonais allaient quitter  le pays.  Il n’en était rien. Actuellement, seulement 1 million de Polonais vivent à l’étranger, dans les pays d’Europe. Ils sont en Angleterre, Irlande,  Allemagne, Italie et en Hollande notamment. Toutefois,  il y a beaucoup d’Européens qui sont venus s’installer en Pologne. C’est un avantage pour les peuples d’Europe de se déplacer et s’installer librement dans les pays qu’ils choisissent. 

La Pologne a-t-elle bénéficié des aides de Bruxelles ? Elles sont de quelle nature ?

La Pologne a beaucoup bénéficié des aides européennes, notamment dans les politiques sociales, régionales mais aussi dans le soutien à la politique agricole. A vrai dire, les aides ont ciblé pratiquement tous les secteurs. Ces dernières années, la Pologne a bénéficié d’aides financières conséquentes, il est très difficile de les évaluer en chiffres. Ces aides peuvent être interprétées à travers les lois fiscales et législatives dont bénéficie la Pologne pour appliquer telle ou telle politique.    

Après le passage de la Pologne du régime du parti unique d’essence communiste, quelles étaient les premières mesures prises pour redresser l’économie du pays et  réussir cette transition ?

A mon avis, on ne peut pas parler de transition. Jusqu’au 31 décembre 1989, la Pologne vivait sous le régime communiste, socialiste. Le 1er janvier 1990, la Pologne est déjà devenue un marché libre. La Pologne a opéré une rupture avec son ancien système et son modèle économique. On a privatisé l’économie.  Les entreprises, les services, les banques, les assurances sont devenues des propriétés privées car l’Etat ne peut pas gérer des entreprises. Par contre, la première mesure prise était la réforme du système bancaire, c’était  une condition essentielle pour la réussite du décollage économique et la santé  des entreprises. Les sociétés étatiques sont toujours mal gérées quand les règles économiques ne sont pas respectées et c’est le cas dans tous les pays. Les entreprises doivent profiter aux citoyens,  pas le contraire.  

Le partenariat algéro-polonais commence à prendre forme. Est-ce qu’il y a des projets pour rendre solide ce partenariat ? 

Actuellement, il y a une centaine d’entreprises qui activent en Algérie pour trouver des partenariats. Chaque semaine, il y a des groupes d’entreprises polonaises qui négocient avec des entreprises algériennes. Prochainement, on devra  sceller une quinzaine de partenariats dans le domaine de l’agriculture, pharmaceutique, mécanique et du  bâtiment.  Nous allons encore inviter des entreprises polonaises à venir en Algérie pour cet objectif.

L’Algérie a mis au point un système pour soutenir  l’investissement, quelles sont les mesures  prises en Pologne pour attirer des investisseurs étrangers ?

En Algérie, il n’y a pas de mesures exceptionnelles pour faire venir en grand nombre les entreprises qui désirent s’installer ici. Beaucoup parlent de la règle 49/51. La Pologne comme l’Algérie doivent booster la création de petites et moyennes entreprises. C’est le modèle d’entreprises qu’il leur faut pour créer la richesse, l’emploi etc. Mais la règle 49/51 ne convient pas pour les petites et moyennes entreprises.  Un petit opérateur, qui possède 1 million d’euros ou 100.000 euros pour investir dans un projet, n’a pas besoin forcément d’un associé.  Cet entrepreneur, proche de son argent qu’il a gagné durement, veut gérer son entreprise seul.  Par contre, pour les grandes entreprises, peut-être que cette règle les arrangerait. Les grandes entreprises sont fortes, elles se débrouillent.  La Pologne a fait presque la même erreur. Avec l’ouverture, la Pologne a décidé d’inviter les grands groupes à venir s’installer en leur donnant des  avantages notamment fiscaux, des assiettes foncières etc.  Mais le résultat a été maigre. Nous payons encore aujourd’hui les erreurs des années 90. A mon avis, l’Algérie et la Pologne ont la même structure. Ils doivent investir dans les PME et les PMI, comme l’ont fait d’autres pays, à l’image de l’Allemagne et la France, parce que les grandes entreprises peuvent quitter le pays, à n’importe quel moment, en laissant derrière elles beaucoup de problèmes.   

Votre Excellence, la position géographique de la Pologne  est stratégique. A l’Ouest,  on trouve l’Allemagne et les autres  pays de l’union et à l’Est, il y a la Russie. Cette position géographique est-elle un avantage ou un inconvénient ?

Pendant des centaines d’années, cette position géographique a été un inconvénient. La Pologne se situe entre deux pays ennemis qui se livraient des guerres,  notamment la Seconde Guerre mondiale. Ce n’était pas facile pour la Pologne qui est entre deux puissances. Mais maintenant, c’est un avantage de se retrouver entre ces deux pays. Nous avons un marché de 400 millions à l’Ouest et le marché russe à l’Est.  Il existe un potentiel extraordinaire à développer avec les pays d’Asie.         

Après l’adhésion  de la Pologne à l’UE, quel type de rapports entretient la Pologne avec la Russie ?

Nous avons des relations historiques avec la Russie. Le peuple polonais partage beaucoup de traditions et de sentiments avec le peuple russe mais la politique créé, parfois, des problèmes et des malentendus. Toutefois la Pologne tient à son appartenance à l’UE et à son ouverture sur la Russie, les pays du Caucase et du Baltique.   

Mahmoud Chaal

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