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Professeur Hocine Chaouche, chef du service de transplantation rénale au CHU Mustapha Bacha
«Pour une économie de santé, il ne suffit de pas de dépenser moins mais dépenser mieux» Abonnez-vous au flux RSS des articles

17 oct. 2011
15:55
Professeur Hocine Chaouche 0 commentaire Professeur Hocine Chaouche

 

Le budget de l’Etat pour 2012 alloué aux structures
sanitaires dépasse les 445 milliards de dinars. Ce
montant pourrait être suffisant, selon le professeur
Chaouche, cependant, il faudrait que cet argent soit
utilisé de manière optimale : «La santé n’est pas de créer
des maladies mais d’améliorer le sort des malades.»Le budget de l’Etat pour 2012 alloué aux structures
Le budget de l’Etat pour 2012 alloué aux structures sanitaires dépasse les 445 milliards de dinars. Ce montant pourrait être suffisant, selon le professeur Chaouche, cependant, il faudrait que cet argent soit utilisé de manière optimale : «La santé n’est pas de créer des maladies mais d’améliorer le sort des malades.»

 

L’Eco : comment appréciez- vous la gestion des budgets dans le secteur sanitaire ? Selon vous, qu’est ce qui grève ces budgets ?

Pr Chaouche : le système actuel doit être revu, malheureusement. On fait des pseudoéconomies en achetant du consommable médical de mauvaise qualité. Cela se répercute sur la santé du malade qui aura besoin forcément d’antibiotiques car il y a risque d’infection ou autre complication. Ce qui revient plus cher que les petites économies de bouts de chandelle qu’on a faites au départ. En outre, le patient, au lieu de rester cinq jours, restera hospitalisé trois mois. C’est ainsi que les malades non seulement ne sont pas bien soignés mais en plus coûtent beaucoup plus cher. S’ajoute à cela la pénurie de ce consommable qui est devenu un vrai poison dans le secteur sanitaire. Il y a de quoi se poser des questions ! Est-ce que se sont des mafias qui sont en train d’orchestrer cette pénurie pour briser la Fonction publique ? Nous ne pouvons accuser personne car nous n’avons pas de preuves, mais le fait de ne pas ramener du curare est inadmissible… Ce qui m’amène à évoquer un autre paramètre : l’arrêt du travail faute de matériel. Il serait très facile pour le chirurgien de reporter une opération faute de matériel, mais il pourrait faire bouillir de l’eau s’il n’y en a pas. Si j’attends qu’il y ait tout ce qu’il faut, je peux boucler une semaine, voire deux sans qu’il y ait la moindre opération, c’est ce qui arrive souvent. Entretemps, les 120 employés du service de transplantation sont en arrêt de travail. Autre paramètre : l’absence d’un organigramme optimal. Le système actuel paye les gens de la même manière qu’ils travaillent 12 heures ou un quart d’heure par jour, l’employé perçoit le même salaire à la fin du mois. Et ce n’est pas de cette façon qu’on rentabilise le secteur. De plus, si vous avez un service ou un hôpital qui fonctionne à 5 ou 10% et où l’on dépense inutilement de l’argent pour acheter du matériel pour des travaux inutiles, vous avez beau gonfler le budget, celui-ci est perdu et ne profitera pas aux malades. La maladie coûte cher, on n’a pas le droit de dilapider l’argent public. Tous ces paramètres sont, malheureusement, fréquents chez nous et grèvent les budgets alloués à la santé.

Le fait qu’il y ait interdiction d’importation des produits fabriqués en Algérie depuis 2008 influe-t-il sur le manque de médicaments ?

Cette influence n’est pas grande. Je suis pour la production nationale mais si un générique ne peut pas soigner, il faudrait penser à la molécule-mère. Je crains que ces géné-  riques ne remplacent pas les originaux, sinon comment expliquer leur prix qui est dix fois moins élevé que la molécule-mère ? Je ne dis pas que tous les génériques sont mal faits, mais faudrait-il qu’ils aient une valeur pharmacologique identique à celle de la molécule-mère. Malheureusement, sur le plan pratique, il y a des bavures qui coûtent cher et pour le malade et pour l’économie de la santé. Il ne suffit pas de dépenser moins, mais dépenser mieux, comme l’illustre bien Ivan Illich, un illustre critique de la société industrielle dans son livre intitulé Némésis Médicale.

Que proposez-vous donc pour une meilleure économie dans ce domaine ?

En ce qui concerne l’économie de santé, je vais aller un peu dans le détail. Premièrement, si vous mettez 20 ou 10 personnes dans un établissement, ils pourraient le faire fonctionner, le budget est grevé par les dépenses de salaires. Vous savez qu’en matière de santé, 70% du budget sanitaire est attribué aux salaires. Ce qui n’est pas propre à l’Algérie mais à presque tous les pays du monde. Les salaires sont, donc, plus coûteux que le médicament. Deuxième facteur d’économie de santé : la compétence du personnel, qu’il s’agisse des médecins ou des gestionnaires. Un médecin incompétent a tendance à faire un maximum d’examens souvent inutiles pour arriver au diagnostic. Ce qui coûte nettement plus cher que si on avait diagnostiqué la maladie dans les règles de l’art, sans passer par plusieurs examens. Aussi, au niveau thérapeutique, un médecin incompétent peut prescrire au malade des médicaments inutiles, voire dangereux. En troisième lieu, pour faire une économie de budget, il faut que les structures soient occupées et aient ce qu’on appelle des coefficients de rotation élevées des malades. J’explique : un lit d’hôpital ne devrait pas servir pour un seul malade par mois. Selon les normes, un malade opéré peut quitter l’hôpital au bout de cinq jours. S’il bloque le lit pendant un mois pour cause d’infection ou de complications suite à des paramètres comme l’incompétence ou le manque de matériel que j’ai cités, on a moins d’activité durant tout ce temps. Il devrait y avoir, à l’image des autres pays, des services de dégagement et de postopération où le malade est transféré trois jours après l’opération. Ce qui serait également idéal pour nous serait de financer les soins privés par des conventions avec des professionnels privés pour la prise en charge des petites pathologies comme la vésicule, la hernie, le goitre qui encombrent les CHU. Il serait judicieux aussi de faire une évaluation du personnel en fonction des moyens donnés et de la quantité de travail fourni. Une évaluation qualitative et quantitative relevant de la tutelle qui délègue une commission d’experts et de chirurgiens qualifiés, algériens ou étrangers. En fonction des résultats, la tutelle sanctionnerait les gens qui sont payés à ne rien faire. Voilà ce qu’il faut faire ressortir : organisation, rendement, optimalisation des équipes et optimisation de l’activité. Tout cela aurait des répercussions positives sur l’économie de la santé.

Souad Belkacem Lardjane

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