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Salah Mouhoubi, docteur d’Etat en sciences économiques et politiques, membre du CNES
30% de la rente pétrolière vont aux subventions Abonnez-vous au flux RSS des articles

01 oct. 2011
15:00

 

Dans cet entretien Salah Mouhoubi révèle que le système de subvention coûte très cher à l’Etat. A ses yeux, il serait plus logique de placer ces fonds pour renforcer et encourager l’appareil de production. Comme il doit exister une durée déterminée pour cette dépense, il est indispensable d’envisager une feuille de route pour quelques années, cinq au maximum, pour éliminer progressivement ces subventions.

 

L’Eco : quelle lecture faites-vous du système de subvention algérien ?

Salah Mouhoubi : la politique des subventions algérienne est généralisée non seulement aux produits alimentaires de première nécessité, mais aussi aux services publics. Non seulement cette politique de subvention pèse sur le budget de l’Etat, mais elle a également des effets pervers sur la croissance de l’économie nationale. D’abord, il faut souligner que l’enveloppe consacrée à la subvention des produits alimentaires de première nécessité est de 300 milliards de dinars, pour les produits principalement importés comme le lait, le sucre et l’huile. D’ailleurs, on a vu, en janvier dernier, quand le prix du sucre a augmenté, immédiatement les pouvoirs publics ont dégagé une enveloppe de 30 milliards de dinars pour atténuer l’impact sur le consommateur. Ce qui explique aussi que ce système est une assurance relative. A mon avis, cette politique de subvention généralisée est à injuste parce que toutes les catégories sociales sont placées sur un pied d’égalité : tous les Algériens, qu’ils soient riches ou pauvres, y compris les étrangers et les touristes. Ils achètent par exemple une baguette au prix subventionné de 8,50 DA alors que son coût réel est de 13 DA. Par ailleurs, tous les secteurs à caractère social sont également subventionnés, à savoir le transport, la santé et l’éducation bien sûr, l’agriculture, l’eau, le gaz et l’électricité.

Combien coûtent les subventions au Trésor public ?

Il est facile d’imaginer le total astronomique de toutes ces subventions. Il représente 30% de nos recettes en devises gagnées par l’exportation d’hydrocarbures, qui sont une ressource éphémère. Cette politique est donc inéquitable. Lorsque tout est subventionné, cela crée des comportements contre-productifs dans l’économie nationale, puisque de toute façon, il n’y a pas de contrepartie. Donc les gens ne sont pas obligés de travailler durement pour vivre normalement. L’Etat est là, il leur vient en aide.

A votre avis, peut-on continuer à pratiquer cette politique des subventions ?

 Je ne le pense pas. Parce que cette politique n’est permise que grâce à la rente pétrolière et cette source n’est pas éternelle. Il faut comprendre que sans pétrole, l’Algérie est un pays moins avancé. Il faudrait bien qu’un jour ou l’autre, avant qu’il y ait des problèmes, envisager une autre politique sans recourir à ces subventions. Il serait préférable que ces subventions soient utilisées pour renforcer l’appareil de production, l’agriculture et les activités productives et améliorer le quotidien des Algériens en matière d’infrastructures.

Pensez-vous que le citoyen algérien accepterait le changement si, un jour, le gouvernement revoyait sa politique ?

Pour arriver à cela, c'est-à-dire une économie sans subvention, il faut à mon avis engager un débat national pour que les citoyens algériens comprennent les enjeux de leur suppression. A partir de là, il est indispensable d’envisager une feuille de route pour quelques années, cinq ans au maximum, pour éliminer progressivement les subventions. Maintenant, ce n’est pas parce que l’Etat ne subventionne plus qu’il ne doit pas mettre en oeuvre une politique de solidarité nationale. L’Etat a le devoir de continuer à aider les catégories sociales défavorisées. Et pour ce faire, on peut par exemple envisager un budget spécial pour les ménages algériens de cette catégorie leur permettant de vivre décemment. Vous voyez que c’est un vaste domaine.

Pourquoi le marché informel est-il intéressé indirectement par ces subventions ?

Il faut dire que le marché informel est pratiquement encouragé par l’existence des subventions. Tous les produits subventionnés sont soumis à la spéculation. Ce marché illégal pratique aussi la «fuite» des produits subventionnés par l’Etat algérien vers d’autres pays, à savoir le Maroc et la Tunisie.

Peut-on comparer la politique économique algérienne à celles des pays voisins ?

 L’Algérie subventionne les produits de première nécessité. Nos voisins ne le font pas parce qu’ils n’ont pas cette aisance financière dont dispose l’Algérie. Par exemple au Maroc, ni les produits du première nécessité sont subventionnés ni même le service public. C’est le citoyen qui paye le prix du marché et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs les Marocains travaillent beaucoup plus pour gagner leur vie.

 Comment expliquez-vous que le pouvoir d’achat des Algériens reste faible malgré toutes ces subventions ?

Depuis deux ans, il ya eu un ensemble d’augmentations des salaires appréciables et l’Algérien vit de mieux en mieux. La preuve, regardez le phénomène du gaspillage et l’abus de produits subventionnés, notamment durant le mois de ramadhan. Au moment où les cours des céréales flambent dans les marchés mondiaux, les Algériens persistent à gaspiller de fortes quantités de produits comme le pain, par exemple. A mon avis l’Algérien ne se plaint pas de la cherté de la vie, mais plutôt il dénonce la médiocrité des services publics de l’administration locale, que l’Etat doit prendre au sérieux. Il faut dire que l’Etat fait beaucoup d’efforts mais ne reçoit rien en matière de rentabilité économique, parce que le citoyen algérien fait moins d’efforts.

Nassima Benarab

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Commentaires

02 Sep 2015
jair57 18h45

De quel soutien parle ce bonhomme.Soutien du produit ou la valeur ajoutée.Quand on devalue au maximum une monnaie automatiquement on parle de subventions.Mais finalement c'et le peuple qui soutient et non l'etat.Arretez vos cinemas.D'ailleurs si vraiment ce bonhomme est expert en la matiere qu'il reclame et qu'on lui remet les details de ces subventions pour décortiquer et faire sortir le vrai de l’ivraie.Un pays comme la tunisie paie le litre de lait dans des paquets en tetra pack a 1 Dinars et ne parle pas de soutien.

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