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Zaïmeche Mohamed Rafik, gérant de la SARL El Wiam de la petite Kabylie
"L’Algérie perd 800 tonnes de liège chaque année" Abonnez-vous au flux RSS des articles

09 mai 2013
13:13
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Sept pays seulement produisent du liège dans le monde. L’Algérie qui occupait, il y a quelques années, la troisième position du classement  des pays producteurs a perdu sa place pour se retrouver en bas de la liste. M. Zaïmeche Mohamed Rafik, gérant de la SARL  El Wiam de la petite Kabylie, leader sur le marché algérien, nous parle de la véritable crise qui touche le pays depuis quelques années.

 

L’Econews : parlez-nous de  votre entreprise.

Zaïmeche Mohamed Rafik :  la SARL  El Wiam de la petite Kabylie a été fondée en 1991. Elle est  basée dans le village de Belghimouz dans  la Wilaya de Jijel et est spécialisée dans la transformation du liège. Notre matière première  provient des forêts algériennes qui s’étendent de Tlemcen, à l’ouest, jusqu’à El Kala et Souk Ahras, à l’est. La majeure partie de nos produits est destinée à l’exportation. Nous exportons nos produits vers des pays européens tels que l’Italie ou le Portugal et des pays asiatiques tels que l’Inde et la Chine.  Nous transformons le liège en bouchons naturels ou composés ou encore en panneaux d’isolation.

Il existe dans le monde sept pays producteurs de liège seulement. Il s’agit du Portugal qui occupe la première position depuis des années puisqu’il couvre 70% de la demande mondiale, de l’Espagne, de l’Italie, de la France, du Maroc, de la Tunisie et bien sûr de l’Algérie.

 

Vous commercialisez quand même vos produits au Portugal qui est en tête du classement.

 

Il faut savoir que le liège algérien est de très bonne qualité et présentes des propriétés physiques très prisées. D’un autre côté le Portugal, en achetant le liège algérien, souhaite conforter davantage sa position dominante  sur le marché mondial.

 

Où se situe l’Algérie dans le classement des pays producteurs de liège ?

 

Il y a quelques années, l’Algérie occupait la troisième position, mais elle est aujourd’hui au septième rang des pays producteurs. Ce recul s’explique essentiellement par deux facteurs.  Il y a d’abord la décennie noire, période pendant laquelle il y a eu beaucoup d’incendies criminels qui ont détruit une bonne partie de nos forêts.  D’un autre côté, un nouveau phénomène a fait son apparition. Il s’agit du charbonnage qui est devenue malheureusement une véritable industrie.  Des riverains choisissent de transformer des chênes-lièges en charbon considérant que c’est plus rentable pour eux de se livrer à ce genre d’activité. Ces deux facteurs ont eu un impact direct sur la capacité de production du pays.

 

Pouvez-vous nous donner justement quelques chiffres à ce propos ?

 

Durant les années 1980, l’Algérie produisait environ 25.000 tonnes de liège par an. Ce chiffre à baissé à 15.000 durant les années 1990 et l’an dernier la production algérienne n’a pas dépassé les 3000 tonnes.  Je peux vous dire que l’Algérie perd, en moyenne, 800 tonnes de liège chaque  année. A ce rythme, il n’y aura plus de liège en Algérie d’ici  l’année 2020. Ce qu’il faut savoir aussi c’est qu’un chêne-liège prend 35 à 40 ans pour pouvoir être exploité.

De plus, il faut le démascler (le défaire de son écorce NDLR), tous les neuf à dix ans, sinon il risque de mourir au bout d’une vingtaine d’années.  Il ne s’agit pas seulement d’une question économique mais aussi d’une question environnementale.  La première propriété d’un chêne-liège est  d’absorber l’humidité existant dans l’air. A titre d’exemple, Alger est une ville très humide justement parce que les chênes-lièges qui l’entouraient ont disparu.

Par ailleurs, les autorités algériennes ont mis beaucoup de moyens pour préserver les subéraies de lièges du pays, mais cela prend du temps. De grandes opérations de reboisement ont été menées mais nous pensons que la priorité doit être accordée à la préservation des surfaces existantes, car il est plus coûteux de reboiser et d’attendre les résultats que de préserver ce que nous avons déjà.

 

Quelle est la situation des professionnels du secteur actuellement ?

 

En Algérie, il n’existe que trois entreprises privées et trois autres publiques spécialisées dans la transformation du liège. La Sarl El Wiam de la petite Kabylie est leader sur le marché mais sa production a baissé ces dernières années.  Notre entreprises employait jusqu’à dernièrement pas moins de 150 personnes. Nous avons dû nous séparer de 80 employés à cause de la crise.

J’attire votre attention sur le fait que les autorités algériennes ont accordé dernièrement des aides seulement aux entreprises publiques du secteur et pas aux privées. Les entreprises publiques ont vu leurs dettes effacées et ont même bénéficié de prêts. Pourtant aucune de ces entreprises n’emploie autant de personnes que nous.  Ce qu’il faut savoir aussi c’est que l’Algérie dispose d’une surface de 500.000 hectares  où le chêne-liège pourrait être planté, mais nous n’exploitons que le cinquième de cette surface.

De notre envoyé spécial Ahmed Gasmia

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