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Entretien avec Chelghoum Abdelkarim, expert en construction
« La situation du vieux bâti est plus que dramatique» Abonnez-vous au flux RSS des articles

20 mai 2012
10:38
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Après le séisme qui a ravagé Boumerdes, en mai 2003, de nouvelles procédures se sont imposées. Ce tremblement de terre a, rappelons-le, dévoilé la fragilité d’un grand nombre de constructions. Neuf ans plus tard, il s’agit de savoir où en sont les choses. M. Chelghoum Abdelkarim, expert en construction nous en parle.

 

-Leconews : depuis le séisme de 2003, plusieurs mesures ont été prises, mais on ne remarque aucune mobilisation sur le terrain, notamment en ce qui concerne le vieux bâti?

M.Chelghoum Abdelkarim : En effet, je peux vous dire que toutes les terrasses ainsi que les caves du bâti colonial ont été reconstruites en défiance de toutes les lois en matière d’urbanisme et de réglementation technique. Ainsi, un bâtiment au RDC+4étages est transformé anarchiquement en une bâtisse avec RDC+5étages changeant son mode d’utilisation et son comportement dans le cas d’un séisme. C’est l’exemple d’une tour à Réghaia où le propriétaire d’un commerce au rez-de-chaussée a décidé seul et/ou avec la complicité de l’administration de cisailler un poteau qui gênait son activité. Le résultat a été désastreux. Cette tour s’est effondrée en un dixième  de seconde lors du dernier séisme de Boumerdes faisant 270 victimes. Par conséquent, je peux vous affirmer que la situation du vieux bâti  est plus que dramatique car les dégâts seront incalculables sur tous les plans (matériel et humain) dans le cas d’un tremblement de terre violent secouant Alger et ses environs. Une étude réalisée il y a quelques temps fait état de nombreuses anomalies ; aucune architecture originale, laideur absolue de tous les ouvrages réalisés, implantation aléatoire de grands projets d’habitation et d’équipements sans étude d’impact sur l’environnement occultant tous les principes de précaution, de prudence de concomitance des risques naturels et/ou industriels sachant que 2/3 des industries sont concentrées au niveau  des quatre grandes métropoles algériennes. 

-Qu’en est-il du permis de construire aujourd’hui ? 

C’est un véritable parcours du combattant. L’administration devrait déléguer une partie de ses pouvoirs à des bureaux d’études indépendants très qualifiés et dûment mandatés.

-S’agissant des constructions illicites inachevées, y a-t-il des mesures spéciales visant à remédier à cette situation ?

Il faut un véritable plan « Marshall » pour corriger cette situation kafkaïenne  autorisée et créée par l’administration. Les demandes de régularisation de bâtisses ont été déposées auprès des services de l'habitat de la wilaya d'Alger depuis la promulgation de la loi régissant les règles de l'urbanisme de juillet 2008. 

-Quelle est votre lecture concernant l’étude de ces demandes ? 

Pour qu’une loi soit efficace il faut l’adhésion de tous les concernés, malheureusement, cette loi élaborée par le ministère de tutelle est tellement confuse et compliquée que seulement 4% des dossiers ont été régularisés depuis sa promulgation. Je pense qu’un audit est plus que nécessaire pour expliquer ce pourcentage insignifiant de régularisation. Outre les textes de la loi 2008, une large opération de démolition des constructions illicites ou non conformes est en préparation, notamment au niveau de la capitale. 

-Ya-t-il un organisme particulier qui s’occupe de la surveillance du secteur de l’habitat, notamment après le séisme de 2003?

A mon avis ce secteur est stratégique pour un pays en voie de construction comme l’Algérie. Il aurait été à la fois intelligent et clairvoyant de la part des décideurs de créer un organisme national pour la surveillance et le suivi de tous les projets de construction toutes typologies confondues afin de circonscrire et d’anticiper les aléas et vices cachés qui peuvent apparaitre après la réception définitive des ouvrages et dont la correction est généralement très onéreuse. Il ya la loi de l’urbanisme, la réglementation technique en vigueur et un permis de construire délivré sur la base de ces lois. Le respect de l’application des plans du maitre de l’œuvre sont du ressort de l’administration locale qui est sous tutelle du ministère de l’habitat. Au sujet de l’habitat précaire, le ministre de l’habitat a indiqué que les 55 000 logements classés catégorie rouge seront démolis avant la fin de l’année 2014.

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