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José de Jesús Sojo Reyes, Ambassadeur du Venezuela en Algérie
"Nous devons développer le commerce dans les deux directions" Abonnez-vous au flux RSS des articles

30 mai 2015
12:59
0 commentaire "Il faut créer des réseaux d’échanges économiques"

Les relations économiques font pâle mine devant les relations politiques entre les deux pays.  Son Excellence l’ambassadeur de la République bolivarienne de Venezuela parle, dans cette interview, parue dans les colonnes de (L’Éco n°111 / du 1er au 15 mai 2015), de moins de 40 millions dollars d’échanges. Selon lui, le potentiel des relations économiques entre les deux pays ne peut être aussi important que lorsqu’il y aura des réseaux de communication et de transport aérien et maritime directs. Son souhait est de voir se développer les investissements entre les hommes d’affaires et dans les deux sens. 

 

L’Eco : Son Excellence, vous êtes en poste à Alger depuis à peine sept mois, quel regard portez-vous sur l’Algérie ?

José de Jesús Sojo Reyes : J’observe qu’il y a beaucoup de choses en commun entre le Venezuela et l’Algérie et  des défis en commun pour atteindre le développement économique de nos pays. L’Algérie a beaucoup d’atouts pour se développer rapidement, que notre pays, le Venezuela, les a aussi. L’Algérie est très riche en matière de ressources naturelles, à savoir le pétrole, le gaz et d’autres ressources minières, qui devront être la base du développement du pays. Nous pensons pareil au Venezuela, à propos de nos ressources naturelles. Notre pays a la plus grande réserve du pétrole lourd au monde et il a aussi des ressources minières telles que le fer, l’aluminium…

Les relations algéro-vénézuéliennes sont très anciennes. Comment évaluez-vous la relation économique entre les deux pays et qu’est-ce qui manque selon vous pour les parfaire ?

Je pense que les continents latino-américain et africain ont de grands défis communs à relever. Cela nécessite la création de réseaux qui facilitent les échanges économiques entre les deux blocs. Le Venezuela, par exemple, fabrique plusieurs produits qui se vendent en Europe et qui sont ensuite acheminés vers le continent africain et vice versa. Les marques vénézuéliennes ont des points de vente en Europe et ensuite acheminent leurs produits vers l’Afrique, ce qui fait que les coûts de transport de ces marchandises deviennent trop élevés. Ainsi, le potentiel des relations économiques entre les deux pays ne peut être important que lorsqu’il y aura des réseaux de communication et de transport aérien et maritime directs.

A titre d’exemple, plusieurs produits de Venezuela en dehors des hydrocarbures peuvent être commercialisés directement en Algérie, à savoir, le cacao de bonne qualité qui se vend en Suisse, Belgique et autres pays européens. Le Café vénézuélien est, aussi, de bonne qualité. Je suis sûre que si ces produits étaient commercialisés directement en Algérie, le client ne serait pas déçu. Au contraire, il va les apprécier sans doute. Idem pour plusieurs produits algériens notamment l’huile d’olive et les dattes de bonne qualité qui peuvent être très appréciés par les Vénézuéliens. Personnellement, j’apprécie les dattes algériennes qui ont le goût du caramel. Le plus important, c’est de développer le commerce dans les deux directions. Nous nous attendons à voir des investissements algériens au Venezuela et vice versa. Ainsi nous serons indépendants des produits espagnols, italiens et autres pays européens.

Les relations politiques ont, de tout temps, été bonnes  sauf que, sur le plan économique et aussi des échanges commerciaux, cette relation reste en deçà de ce niveau d’amitié, qu’en dites-vous ?

Effectivement, il existe peu d’échanges commerciaux entre les deux pays. Mais il ne faut pas oublier que nous avons les mêmes positions et opinions sur plusieurs questions posées sur la scène internationale. Pour nous, cette coopération politique constitue un avantage et une base solide pour encourager et intensifier les relations économiques et commerciales. C’est pourquoi nous pouvons améliorer la coopération entre les deux pays et dans les différents domaines économiques. A titre d’exemple, nous pouvons intensifier la coopération dans le secteur pétrolier où il existe des potentialités de développement et d’investissement et même des échanges de connaissances. Au Venezuela, nous avons des centres d’études et universités de recherches dans le domaine pétrolier et l’Algérie peut bénéficier de ces connaissances. L’objectif est d’améliorer les technologies en commun et nous pouvons mener également des négoces et associations sur le marché international. 

D’ailleurs, le meilleur exemple, c’est la création de la société mixte de commercialisation du pétrole. Le Venezuela s’approvisionne en brut léger algérien en l’utilisant comme diluant pour son propre pétrole extra-lourd. La société en question qui sera créée entre les deux compagnies Sonatrach et PDVSA, pourrait non seulement marquer la naissance d’un nouveau brut, mais aussi constituer une réelle opportunité aussi bien pour l’Algérie que pour le Venezuela, dont les budgets dépendent étroitement des revenues de leurs exportations d’hydrocarbures.

Actuellement, les échanges commerciaux entre les deux pays sont  très bas. Ils sont estimés entre 30 et 40 millions de dollars seulement. Je peux dire aussi que le point de départ dépend toujours de la volonté politique des deux pays mais, c’est ce qui est en train de se mettre en place afin de réaliser des créneaux et réseaux économiques. En premier lieu, nous allons tisser des contacts entre les organismes publics des deux pays et ensuite entre les secteurs privés.

Son Excellence, vous êtes aussi économiste, quelle lecture faites-vous de la dernière descente aux enfers du cours pétrolier et des conséquences que les pays exportateurs dont l’Algérie et le Venezuela ont subi ?

Les prix du pétrole ont chuté de 70% durant seulement 6 mois avant de récupérer un peu sa valeur. Actuellement, les prix du pétrole sont à 50% des prix de 2014. Une situation difficile pour les économies qui se basent essentiellement sur les rentes pétrolières. Cela a créé une situation de crise dans tous les pays producteurs du pétrole, membres de l’OPEP ou pas. La chute a touché, ainsi, les plans d’investissement des pays exportateurs du pétrole. Non seulement l’Algérie et le Venezuela mais aussi la Norvège qui a une réserve importante du pétrole et qui détient également une réserve de change importante, a été fortement touché. Sa monnaie a perdu 25% de sa valeur en quelques mois. Enfin, je pense que les pays exportateurs du pétrole, membres de l’OPEP ou pas, et qui sont touchés par la baisse des prix de l’or noir,  doivent penser à une manière de rétablir les prix du pétrole. C’est dans cet objectif que le Venezuela pense qu’il est nécessaire de dialoguer avec les pays de l’OPEP et avec les autres producteurs non OPEP tels que la Russie, le Mexique, la Norvège, la Colombie…On a cherché à trouver un chemin ou une issue commune entre ces pays et ce, pour faire monter les prix du pétrole.

Le président Vénézuélien a fait une tournée dans certains pays comme le nôtre, la Russie, l’Arabie Saoudite et l’Iran pour trouver une solution à l’effondrement des cours, comment cette initiative a été accueillie par les pays concernés et, a-t-elle abouti à des résultats probants ?

En réponse à cette question, je dirais qu’il y a eu une nécessité de dialoguer avec les pays producteurs du pétrole et il existe aussi une décision ferme pour s’en sortir avec une réaction commune. Le Venezuela, par exemple, appelle à la réduction des quantités de production du pétrole. Cet appel permet un rétablissement rapide des prix du pétrole en chute depuis plusieurs mois. D’autres pays, tels que l’Arabie Saoudite, pensent qu’il est nécessaire de laisser les prix bas et de laisser le marché se rétablir lui-même en suivant ses règles. Ce que cherche le Venezuela, à travers ces concertations avec les autres pays producteurs de l’or noir, est de trouver un rétablissement très rapide des prix du pétrole.

Actuellement  on n’a pas pu avoir des décisions collectives mais le plus important est de maintenir les négociations et les concertations avec les différents pays producteurs et ce, dans l’objectif d’arriver à une décision positive lors de la réunion prochaine de l’OPEP. Cette initiative du Venezuela ne relève pas d’une thèse qui n’a pas de sens mais plutôt d’une initiative qui va porter ses fruits prochainement. Je pense que la moyenne du prix du baril entre 75 et 80 dollars reste insuffisante pour relancer les investissements gelés suite à cette crise. Mais je pense aussi que ces prix ne sont pas soutenables à long terme car il y a plusieurs producteurs qui ont des coûts de production plus élevés que le prix lui-même.

Jusqu’à présent, il n’y a pas des résultats concrets par rapport à la tournée du Président Nicolas Maduro à travers différents pays producteurs du pétrole, mais nous ne pouvons pas parler d’échec de l’initiative. Les concertations continuent et le ministre du pétrole vénézuélien continue de mener des concertations avec les différents pays producteurs du pétrole. Ainsi nous comptons sur la prochaine réunion de l’OPEP pour exposer une autre fois la proposition de notre pays qui consiste en la réduction de la production pour soutenir les prix. .

Dernièrement, les Etats-Unis ont qualifié le Venezuela de « menace », qu’est-ce qui a justifié cette déclaration et croyez-vous que cette déclaration est, à elle seule, une menace contre votre pays ?

Le Centre de recherche « thinks-thinks » aux Etats-Unis d’Amérique (USA) cherche encore les raisons et les motifs qui ont poussé le président américain, Barak Obama, à faire cette déclaration. Mais nous sommes honorés par le soutien de plusieurs pays à travers le monde qui ont dénoncé la déclaration d’Obama qui a qualifié le Venezuela d’une menace pour les USA. Il s’agit notamment des pays membres de l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) et aussi les Etats membres de l'Union des nations Sud-Américaines (UNASUR), qui ne s’expliquent pas cette déclaration à l’encontre de notre pays.

Concernant le deuxième volet de la question, je dirais oui car la décision, elle-même, est une menace pour le Venezuela car il s’agit de la grande puissance militaire mondiale. Ainsi, si on réunit le budget des 15 pays puissants au monde après les USA, on trouve que les USA les dépassent de loin. Les dépenses militaires de ce grand pays dépassent le PIB vénézuélien de trois fois. Au vu de ces chiffres,  comment peut-on être une menace pour les USA ? Mais cette menace a un sens pour nous. Le fait de nous qualifier de menace dans la loi des USA, ceci nous alerte et nous tirons la sonnette d’alarme par rapport à l’intention des USA de mener des attaques contre notre pays.

Le Venezuela est disposé à dialoguer avec les USA et on est prêt à faire le nécessaire afin qu’il y ait une entente entre les deux pays. D’ailleurs, le président Maduro a publié dans les colonnes du journal américain, une lettre adressée au peuple américain, dans laquelle il souligne l’amitié qui existe entre les peuples des deux pays. Il a expliqué également que le Venezuela n’est pas une menace pour les USA mais plutôt un bon client des USA en matière d’importation de plusieurs produits. 

Sur le plan de la stabilité, l’Afrique souffre dans la région du Sahel notamment de l’existence de foyers de tension, quelle est l’approche développée par le Venezuela pour le traitement de ces crises ?    

Le Venezuela ne partage pas l’idée d’une intervention militaire étrangère directe dans ces foyers de tension et accompagne plusieurs initiatives, telles que celle de l’Algérie qui veille à trouver des solutions internes pour maintenir la paix. Nous accompagnons, également, les efforts africains pour trouver des solutions dans ces pays. Ainsi, on est très convaincu qu’une intervention militaire étrangère dans un pays n’apportera rien de positif mais plutôt elle compliquera davantage la situation. Et pour la question du Sahara occidental, le Venezuela a toujours appelé à l’indépendance de ce pays et il soutient, également, l’idée d’un référendum pour l’autodétermination.

Depuis votre arrivée en Algérie, quel est l’endroit ou l’événement qui vous marqué le plus ?

A vrai dire, ce sont beaucoup de moments importants dans peu de temps qui m’ont marqués. Nous avons assisté à la visite de notre président Nicolas Maduro en Algérie et sa rencontre avec le président Bouteflika. Cet événement est très important car on a tracé un agenda de travail sérieux entre les deux pays et ce, dans l’objectif de réaliser des résultats concrets.

Avez-vous apprécié la cuisine algérienne ?

Oui, beaucoup ! A titre d’exemple la Chorba, les entrées avec beaucoup de piment, le méchoui, les gâteaux et même le thé à l’algérienne que je bois trop l’après-midi.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas particulièrement à Alger ?

Franchement, c’est très difficile à répondre. Trouver quelque chose qui ne plaît pas en Algérie est un défi pour moi.

Noreddine Izouaouen

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