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Marko Ackermanne, DG de la chambre de commerce et d’industrie algéro-allemande
«L’entreprise algérienne peut pénétrer le marché allemand» Abonnez-vous au flux RSS des articles

06 janv. 2015
09:29
0 commentaire Le Dg de l'AHK Algérie

La Chambre de commerce et d’industrie algéro-allemande (AHK), créée en 2005, fait partie d’un réseau de 120 chambres, dans le monde. Sa principale mission est « de booster la coopération économique entre l’Allemagne et l’Algérie ». Son directeur général, Marko Ackermanne, installé en septembre dernier, ambitionne de porter les échanges entre les deux pays, à un niveau très élevé. Il revient sur cette question dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°102 / du 16 au 31 décembre 2014).

 

 

L’Eco : Vous étiez déjà à l’AHK Algérie entre 2005 et 2008 en tant que juriste et là, vous êtes de retour à l’AHK en tant que Directeur général, comment estimez-vous l’évolution des relations commerciales entre l’Algérie est l’Allemagne durant ces dernières années?

Marko Ackermanne : Pour moi, les relations entre les deux pays sont en bonne voie. Mais il reste, toujours, un grand potentiel à exploiter en dehors des hydrocarbures. Nous sommes le cinquième fournisseur du marché algérien, dont les échanges annuels ont atteint plus de 4 milliards d'euros en 2013. L’Allemagne est présente en Algérie pour le soutenir encore dans plusieurs secteurs à savoir la santé, la formation, les énergies renouvelables… A ce propos, nous organisons des journées d’études, des formations, des séminaires et autres… pour aider l’Algérie, d’ailleurs le 27 novembre dernier, nous avons organisé avec le ministère de la Santé algérien, une journée d’étude sur  la santé notamment sur le cancer. A la fin du mois passé, nous avons organisé des B to B avec des entreprises algériennes et même des institutions publiques lors de la visite d’un groupe d’hommes d’affaires allemands.

Quelle est votre stratégie pour promouvoir les relations économiques entre l’Allemagne et l’Algérie ?

Pour promouvoir les relations entre les deux pays, il est indispensable de faire connaître les deux marchés (algérien et allemand). Du côté de l’AHK, le service ‘Foires’ veille à ce que les échanges de délégations, visiteurs et exposants soient réguliers. C'est une opportunité pour les entreprises algériennes pour découvrir le marché allemand et de faire connaître leurs produits aux Allemands. Dans ce cadre, nous allons accompagner cinq exposants algériens dans le domaine de l'artisanat au Bazar Berlin le mois prochain.

Puisque que le marché allemand est très exigeant, comment les entreprises algériennes peuvent-elles pénétrer le marché allemand, sachant que la quasi-totalité des exportations algériennes vers l’Allemagne sont des produits énergétiques et hydrocarbures ?

Le marché allemand n'est pas facile, il est très exigeant. Les entreprises algériennes peuvent pénétrer le marché allemand et ce, en faisant d'abord l'étude du marché et l'établissement des besoins de ce marché. Il faut s'investir, par exemple, à avoir des bureaux en Allemagne ou on se focalise sur le marketing et faire valoir et connaître ses produits aux Allemands. C'est le cas par exemple du Maroc dont plusieurs entreprises se sont installées en Allemagne où elles organisent de temps à autre des expositions pour se faire connaître dans un marché très exigeant. L'Algérie a, notamment dans le secteur de l'agroalimentaire, une forte chance de se positionner dans notre marché. Mais les quantités produites par l’Algérie dans le secteur de l’agroalimentaire sont estimées à 25% et les autres 75% sont importées. Une situation qui rend l'Algérie incapable de répondre au besoin de notre marché.

Donc le secret de la pénétration de notre marché est d'assurer les demandes du marché en termes de qualité et quantité sans oublier également les investissements des entreprises qui doivent se préparer à la concurrence. Il existe des entreprises qui ont déjà exporté leurs produits vers l’Allemagne, notamment les dattes algériennes mais elles n’ont pas résisté. Et pour le faire, on doit assurer la qualité et la quantité accompagnées de certains certificats de normes, tout en basant sur une stratégie de marketing.

Comment envisagez-vous le développement de la coopération notamment en matière d’investissements allemands en Algérie alors que vous avez déclaré auparavant que les entreprises allemandes ont des contraintes sur l’insécurité qui règne sur les frontières algériennes ?

La situation en Algérie est très stable politiquement et économiquement, dans la région de l'Afrique du Nord. La situation sécuritaire même en Europe, notamment de l'Est, à l'instar de l'Ukraine, n'est pas favorable pour l'économie et la situation en Algérie, je pense qu’elle ne pose pas de problème pour nous. Les autorités algériennes sont engagées à préparer et protéger les investissements et les coopérations signées avec des entreprises étrangères. D'ailleurs le développement est très favorable en Algérie. Durant mon absence de l'Algérie entre 2008 et 2014, la situation s'est beaucoup améliorée, notamment dans les infrastructures (routes, transports...). Mais il reste beaucoup à faire pour arriver aux normes internationales à savoir la question des embouteillages qui est un facteur très important qu'on doit prendre en considération pour le développement d'une économie.

Vous dites que votre aide intervient dans plusieurs secteurs pour promouvoir les compétences algériennes, peut-on en savoir plus?

Au niveau de la AHK, nous avons un service SES, destiné spécialement à la formation et aux consultations des Algériens dans les différents domaines, juridique, fiscal, organisation d’entreprises, management ou marketing… Nous soutenons, ainsi, de façon professionnelle, le renforcement des compétences de collaborateurs algériens. Le SES est un service qui joue le rôle de consultant, où d'anciens cadres retraités dans le secteur de la formation en Allemagne, travaillent en bénévolat dans plusieurs pays selon la demande et les conventions signées. Nous formons les Algériens dans ces secteurs pour répondre aux besoins du marché de l'emploi. Il faut, à cet effet, préparer la main d'œuvre algérienne qualifiée pour d’éventuels partenariats avec des entreprises étrangères. L'entreprise allemande doit, à son tour, former les Algériens pour en bénéficier de leurs compétences. Nous sommes ici pour une formation dualiste et professionnelle destinée aux personnels des entreprises et même aux institutions publiques (ministère...). Notre projet, actuellement, est au début, avec la formation des formateurs qui sera suivie par une autre étape qui est la formation des personnels. Nous pouvons, en fait, soutenir de façon professionnelle dans le renforcement des potentiels. De par nos contacts avec les entreprises et les autorités de tutelle compétentes, nous pouvons contribuer concrètement à une formation optimale.

Le marché algérien est juridiquement compliqué, comment les Allemands procèdent-ils pour pouvoir s’y installer ?

Le marché algérien, certes, est compliqué mais il existe un secret pour le pénétrer. Il est préférable de trouver un partenaire. Les Algériens s'occupent des formalités (douane, paperasse administrative...) et les partenaires allemands assureront le savoir-faire et la formation des Algériens. Notre partenariat doit se consolider selon la règle gagnant/gagnant, dont on assure le transfert du savoir-faire, notamment la maintenance. Il est très important d'avoir un partenaire algérien qui s'occupe de la maintenance de nos produits.

Vous parlez de potentialités d’investissement en Algérie, notamment à travers les grands projets, dont l’autoroute Est-ouest …, ce qu’on remarque, c’est l’absence des entreprises allemandes, comment expliquez-vous cela?

Certes, les entreprises allemandes ne sont pas très présentes en Algérie dans quelques secteurs à l'instar des hydrocarbures et ce, pour plusieurs raisons. Mais cela n’empêche de posséder des bureaux d’études très présents dans le secteur des BTP, énergies renouvelables, automobiles…. En Allemagne nous avons beaucoup de petites et moyennes entreprises (PME) dans le BTP, chose qui ne les arrange pas à soumissionner devant de grands groupes internationaux notamment les Asiatiques. Ces entreprises sont également saturées par des projets locaux en Allemagne, c’est pour cela qu’on n’a pas soumissionné dans les offres de l'autoroute Est-Ouest ou d'autres. Actuellement, nous motivons les PME en Allemagne pour créer des groupements et ce, pour pouvoir soumissionner dans des grands projets. Le marché allemand actuellement est très demandeur donc nos entreprises s'en occupent, répondre aux besoins du marché local, sans investir à l'étranger.

Un dernier mot à dire…

Je suis très content de mon retour en Algérie, et ce, pour développer les relations bilatérales et aussi pour soutenir mes membres de la AHK. Nous veillons à instaurer une relation fructueuse et favorable pour les deux pays dans l'avenir.

Noreddine Izouaouen

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