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Mohamed Salah Boultif, Président-Directeur général d’Air Algérie
«Nous mènerons l’offensive sur l’Afrique» Abonnez-vous au flux RSS des articles

07 juin 2014
07:42
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Le verbe facile et le geste mesuré, le PDG d’Air Algérie ne s’encombre pas de satisfecit démesuré,  il évoque, dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°90, du 1er au 15 juin 2014), les années difficiles ayant occasionné, dans le milieu des années 90, le départ des compagnies européennes. Il est par contre confiant quant à ce retour rendu possible grâce à l’amélioration des conditions sécuritaires, laquelle amélioration a imposé le marché algérien comme une destination incontournable. On y revient, mais on y vient aussi pour la première fois concurrencer une Air Algérie qui vole de plus en plus loin, Montréal, Pékin et peut-être bientôt, Kuala Lumpur.

 

L’Eco : Nous observons un retour de certaines compagnies aériennes  étrangères, qui ont quitté l’Algérie à un certain moment, dont Air France, British Airways et Lufthansa. Qu’est-ce qui a justifié ce retour et comment l’appréciez-vous ?

Mohamed Salah Boultif : Historiquement, les départs des compagnies étrangères ne datent pas seulement de l’affaire de l’Airbus d’Air France mais pour des raisons économiques. Je restitue l’histoire: il faut être objectif, pour des raisons de rentabilité, nombre de compagnies européennes ont commencé à quitter l’Algérie quand la vente commençait à déprécier, c’était pendant la période de dévaluation du dinar, je me souviens des compagnies européennes qui ont vu, alors, leur rentabilité diminuer. Mis à part Air France, qui avait des dessertes sur d’autres villes du pays, les autres compagnies européennes officiaient exclusivement à Alger. Puis, est arrivée l’histoire de l’Airbus en décembre 1994, un épisode sur lequel je ne reviens pas car connu de tous, d’autres compagnies ont suivi surtout pour des raisons sécuritaires et cela a occasionné, au milieu des années 90, d’énormes pressions sur les vols d’Air Algérie. On était restés seuls mis à part les compagnies du Moyen Orient, comme Egyptair, Syrian Airlines, Saudi Airlines essentiellement en plus des turcs et des voisins, Royal Maroc et Tunisair. Il n’y avait plus de compagnies européennes, elles avaient, toutes, suivi Air France.

Air Algérie a pu faire face avec les moyens de l’époque et, avec peu de moyens matériels, une flotte, aujourd’hui disparue, qui a été renouvelée. Nous avons énormément souffert et ajouté à cela, l’histoire d’Orly. A cette époque, l’Algérie avait suspendu la desserte de Paris pendant un an et demi et après une série de négociations, nous avons pu reprendre la desserte d’abord sur Charles De Gaulle puis, dans les années 2 000, entre Orly et Charles De Gaulle.

Le retour de ces compagnies aériennes européennes s’est effectué, à mon avis, essentiellement grâce à l’amélioration des conditions sécuritaires, c’est un élément-clé essentiel. L’Algérie a dépassé les années difficiles et les compagnies européennes ont commencé à montrer de l’intérêt. La première compagnie européenne à renouer avec le tarmac d’Alger, c’est Alitalia, en 1999.  J’étais à l’époque DG adjoint et j’ai eu l’honneur de mener les discussions avec les Italiens que nous avons réussi à convaincre. C’était une bonne chose pour le pays. Les français, eux, continuaient à faire du chichi malgré l’attractivité du marché national, tout en reconnaissant que le marché algérien était important pour eux, effectivement puisqu’il l’a été depuis les années 70.

Il faut rappeler que Aigle Azur, après qu’elle fut rachetée par Monsieur Idjerouidene, est venue avant, je pense que la partie française a autorisé cette venue à titre de test, ensuite Air France a pris la décision de revenir, il faut dire que cette compagnie avait rencontré aussi des réticences de son personnel navigant, ce qui a contraint la compagnie française à adopter le volontarisme. Ceci, pour les départs. Quant au retour, il a été justifié à mon sens par un autre élément favorable, venu s’ajouter à l’amélioration des conditions sécuritaires, c’est la nouvelle aérogare d’Alger qui a été inaugurée en juillet 2006.

Il faut savoir que beaucoup de compagnies se plaignaient  des conditions de l’époque prétextant que l’ancienne aérogare ne remplissait pas celles sécuritaires requises. Même Air France, avant qu’elle ne revienne, avait fait un audit pour constater les conditions. Dès l’ouverture du nouveau terminal, qui répond aux normes internationales (passerelles, système bagages, caméras scanners des Edx) donc, les autres compagnies ont commencé à revenir comme British Airways, Lufthansa, Qatar Airways et au jour d’aujourd’hui, nous avons les grandes compagnies aériennes européennes, elles sont 21 ou 22.

Donc, ce qui a motivé le retour des compagnies, c’est l’amélioration des conditions sécuritaires et d’exploitations, dont le nouveau terminal, qui, avec l’infrastructure et les équipements, a permis de hisser le terminal international d’Alger au niveau des normes internationales. La capacité de traitement actuelle est de six millions. Donc l’intérêt y est, à titre d’exemple, les compagnies du golf dont celles du Qatar et des Emirats qui ont toujours rechigné à venir à Alger, sont là depuis un an et avec un vol quotidien.

Donc, mises à part les conditions meilleures et l’amélioration du climat sécuritaire, indéniablement il y a aussi de l’argent à faire en venant sur un marché prometteur.

C’est clair, le marché Algérie a toujours été très intéressant, d’abord pour les compagnies européennes et maintenant, on le constate, celles du golf  bien que leur spécialité soit différente. Les européennes, pour la plupart, du moins au début, utilisaient le trafic point à point, c'est-à-dire le trafic d’un pays à un autre ; maintenant, il s’est développé pour devenir ce qu’on appelle le trafic de transit ou la sixième liberté par exemple, une compagnie transporte d’Alger, transite par Doha, ramène ses passagers à Tokyo, Manille ou ailleurs. Donc les compagnies du golf adoptent cette spécialité du fait qu’elles n’ont pas de trafic naturel entre leur pays et le nôtre. Elles ont constitué leurs propres hubs avec toutes les commodités et se spécialisent également dans la Omra et El Hadj. Effectivement, cette rentabilité du marché Algérie constitue l’élément commercial clé.

Est-ce qu’il y a l’arrivée de nouvelles compagnies étrangères qui ont manifesté de l’intérêt pour l’Algérie ?

A l’avenir, il y aura peut-être d’autres, surtout en prévision du projet de construction d’un nouveau terminal moderne, à l’instar de ce qui se fait de par le monde. Ce terminal aura une capacité de traitement de 10 millions de passagers, les travaux devraient débuter en 2015, actuellement ils sont en phase d’évaluation du choix de l’entreprise qui prendra en charge ce projet. L’étude a été faite et la maquette finalisée. Les travaux devront s’achever vers la fin 2017 à début 2018, ce qui va donner à cette échéance, une capacité, en sus des six millions de passagers actuellement, un total de 16 millions de passagers par jour sur l’international seulement. Ceci va sûrement attirer de nouvelles compagnies étrangères pour le marché national parce que ce qui intéresse une compagnie, c’est le marché, les conditions et la sécurité.

Pour nous, en tant que compagnie, c’est de la concurrence en plus, il faut se battre ; la compétition nous permet d’affiner notre service, d’une part, et améliorer nos performances, d’autre part, car cela nous permet de faire la comparaison et donc améliorer la prestation. Pour le pays, c’est également une excellente chose.  Plus un pays est ouvert, plus il est fréquenté et plus il est connu et ses atouts mis en valeur.

Outre les compagnies étrangères, nous avons aussi remarqué que la compagnie nationale Air Algérie a ouvert des lignes nouvelles sur des destinations éloignées et rouvert d’autres notamment en Afrique, pouvez-vous, Monsieur le PDG, nous expliquer cette stratégie ?

Effectivement, cela rentre dans la stratégie de développement, nous sommes actuellement à la deuxième année d’application du plan quinquennal 2013-2017, parmi les axes stratégiques, il y a la consolidation de notre part de marché et son amélioration, au su de la concurrence grandissante, le développement donc, c’est avoir davantage de moyens. Nous avons signé des contrats d’acquisition de 16 appareils, nous allons recevoir le premier à partir de décembre prochain, en 2015 nous recevrons 3  airbus. Qui dit développement de la flotte, dit développement des routes, à savoir les dessertes et infrastructures parce que tout part de là.

La nouvelle aérogare, j’espère, sera dédiée à Air Algérie, comme cela se fait ailleurs, c’est d’ailleurs une pratique internationale que la compagnie nationale dispose d’une aérogare pour elle seule. L’actuel terminal sera consacré aux compagnies étrangères. Cette infrastructure va nous permettre d’avoir notre hub, comme c’est pratiqué ailleurs afin de dispenser de meilleures conditions de traitement des passagers. Nous avons demandé à ce que ce nouveau terminal soit carrément dédié à la compagnie, il sera, certes, géré par l’aéroport mais consacré à Air Algérie.

Quant aux dessertes nouvelles, nous avons déjà ouvert, en avril dernier, deux capitales européennes. D’abord la ligne Alger-Vienne qui a été réouverte et, pour la première fois, Alger-Lisbonne, c’est d’ailleurs une destination qui fonctionne très bien. On devait aussi ouvrir cet été Alger-Valence mais il reste à régler l’accord aérien, nous avons demandé à la direction de l’aviation civile de renégocier avec les Espagnols pour apporter plus de souplesse afin de rajouter des vols espagnols. Il faut dire que l’Espagne est une destination très prisée, il y a aussi la Turquie qui fait le plein. Actuellement, nous faisons une croissance à deux chiffres avec ces deux pays, en plus de la France. Nous viserons aussi l’Afrique dès que nous recevrons nos avions. Des études ont été faites pour prospecter Addis Abeba. Comme nous avons entamé les longs courriers en 2007, nous sommes en phase d’identification de nouvelles lignes.

Pour Montréal, il y aura un vol quotidien cet été. Dernièrement j’ai reçu l’ambassadeur de la Malaisie et j’ai appris que les Algériens étaient exonérés de visa pour ce pays, donc c’est une destination que nous allons étudier. Reste que la grande offensive sera menée sur l’Afrique, vu que notre pays est situé dans l’axe Afrique-Europe et Afrique-Moyen Orient, une opportunité que nous allons exploiter.

Il y a donc un redéploiement de la compagnie à l’international assurément rentable, peut-on avoir une estimation de l’évolution de la croissance enregistrée ?

Effectivement cette évolution est ressentie notamment du côté réseau international ; de 2011 à 2013, nous avons fait un million de passager sur l’international. Nous avons d’abord procédé à la consolidation des lignes puis nous avons mis plus de capacités sur certaines lignes ; à titre d’exemple, on avait un vol pour Dakar, nous sommes passés à cinq vols et six en hiver. Il faut dire que le trafic a été supérieur à l’offre. Nous avons fait une forte évolution du trafic pour l’Afrique, de l’ordre de 50% en 2013 par rapport à 2012. Pour le réseau Europe, nous avons enregistré une hausse de 11,5% grâce au renforcement des vols sur l’Espagne notamment. Pour la France aussi, des vols supplémentaires ont été rajoutés pour Marseille, on est passé d’un vol quotidien à 3 vols par jour. Idem pour Alger-Paris, les 4 vols sont devenus 6  quotidiens et seulement à partir d’Alger, sans compter les autres villes du pays. La croissance a été de 7,6 % pour le réseau France avec 17 fréquences en plus pour Paris, Marseille et Lyon.

La méditerranée et le Moyen Orient, c’est encore peu. Seulement 1, 5% de croissance ceci est dû à la forte concurrence des compagnies du golf. Je rappelle que pour la ligne Alger-Pékin, la fréquence a augmenté, 3 vols de plus ; c’est vrai que ce n’était pas très rentable au début mais, actuellement, on approche un taux de remplissage de 60% et puis nous faisons même du fret. La tendance enregistrée sur les deux premiers mois de 2014, par rapport à la même période de 2013, donne un taux de remplissage de 63%, on était à 60%.

Peut-on avoir une idée des mesures préconisées pour la saison estivale de cette année ?

Globalement nos structures sont rodées, nous avons commencé à préparer la saison estivale, en décembre, déjà en  affrétant des avions supplémentaires parce que, avec notre propre flotte, on ne peut pas faire face au flux de l’été, il y a un surcroît d’activité, pratiquement le double, durant les trois mois de l’été. Donc, nous avons affrété cinq avions, y compris pour el hadj, et puis cette année, on doit transporter 2000 supporters pour le Brésil, un élément venu se greffer à l’activité. Il est prévu huit vols avec celui de  l’équipe nationale, ça fera neuf. Le premier vol s’effectuera le 7 juin, les autres vols pour transporter les supporters suivront le 13, 14 et 15 juin. Pour Montréal cette année, on a augmenté la fréquence des vols.

En été, c’est surtout vers le réseau France que nous augmentons nos capacités de 30 vols supplémentaires. Nous prévoyons une trentaine de vols supplémentaires mais, surtout pour la phase retour, le gros du trafic se fait à partir d’Alger avec 80%, en fait, c’est 6 000 sièges supplémentaires pour assurer le retour de nos compatriotes émigrés, nous avons aussi prévu le renforcement du facteur humain, à savoir le recours à 90 saisonniers pour Alger, surtout pour le traitement des bagages et le catering. Les mêmes mesures seront prises pour Constantine, Tlemcen, Bejaia, Annaba et Oran.  Ceci, en plus de l’entretien et la révision du matériel en appoint et un dispositif de renforcement de maintenance pour plus de vigilance et une meilleure disponibilité en termes de maintenance planifiée. Bien sur, nous avons prévu cette année du nouveau au profit de nos émigrés Nous avons établi des tarifs préférentiels pour les émigrés voyageant en famille, les personnes âgées de plus de 50 ans et les jeunes. Pour faciliter les choses, nous avons ouvert l’achat des billets depuis le 5 janvier.  

Samira Mana

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