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CNLTD
Quand le MSP provoque le malaise Abonnez-vous au flux RSS des articles

16 juil. 2015
10:52
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La rencontre entre le président du MSP, Abderazak Makri, et le chef de cabinet de la présidence de la république, Ahmed Ouyahia, continue de susciter moult interrogations sur sa finalité, autant au sein du microcosme politico-médiatique qu’au sein de la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) dont des membres contiennent difficilement leur colère. 

 

La première salve contre Abderazak Makri dont le parti, pourtant, avait ouvertement annoncé en février dernier son intention de dialoguer avec le pouvoir est venue du dirigeant du front pour la justice et le développement, Lakhdar Benkhellaf. Celui-ci, réputé proche d’Abdellah Djaballah, a fustigé le responsable du MSP en lui reprochant notamment l’évocation de la plate-forme de transition avec Ahmed Ouyahia alors qu’il était convenu au sein de la CLNLTD « qu’elle soit une carte de négociations collective avec le pouvoir ». La réponse de Makri ne s’est pas faite attendre : sur sa page facebook, le leader du MSP demande à Benkhellaf des « explications sur la rencontre entre Laribi, membre influent du parti, proche de Djaballah, et Sellal et la campagne qu’il mène pour présenter celui-ci comme un bon candidat à la présidentielle ». Cet échange, au-delà des rivalités qui traversent depuis longtemps la mouvance islamiste en Algérie, traduit le malaise provoqué par le rencontre impromptue entre le MSP et Ahmed Ouyahia.

Même s’il accorde des circonstances atténuantes au MSP, dans une entreprise visant probablement à maintenir une cohésion mise à rude épreuve, Djillali Sofiane ne dissimule pas une espèce de gêne et d’éventuels remous que cette rencontre ne manquera pas de provoquer au sein de la CNLTD. «La visite d’une délégation du MSP à Mr. Ouyahia a bien évidemment troublé quelque peu la sérénité de l’opposition. Il faut dire que le timing et surtout le communiqué de la présidence faisant état de la rencontre juste avant la réunion de l’Instance de consultation de l’opposition (Icso) ont amplifié le malaise (...) » a admis Sofiane Djillali dans un entretien accordé à un confrère. Tout en concédant que c’est le fait que le reste des membres de la CNLTD aient été tenus dans l’ignorance de la rencontre qui a « jeté le froid », le responsable de Jil Jadid tente de relativiser en rappelant que le MSP avait expliqué en février dernier « qu’il ne s’agissait ni d’une initiative ni de dialogue ». «Je pense qu’en tant que partenaires, nous avons droit à une bonne explication même si cela n’est pas toujours agréable. Je tiens à préciser, que M. Mokri en tant que personne a toujours été correct. Il faut réaffirmer qu’il a été d’un grand apport pour la CNLTD et pour l’Icso. Son discours a jusqu’ici était clair. Je ne peux pas, par contre, dire cela de tous les cadres du MSP. En particulier, l’ancien président, Monsieur Abou Djerra Soltani, qui tient des propos contraires aux positions de son parti», dit-il.

Pour Ahmed Adimi, figure de l’avant-garde des libertés, parties d’Ali Benflis, l’initiative du MSP « n’engage que lui-même ». A la lumière de ces sorties, peut-on dire que le CNLTD, née aux forceps et qui peine encore à provoquer une véritable dynamique populaire pour changer les rapports de force au sein de la société, est entrée dans une phase de turbulences et risque l’éclatement ? Ou du moins connaître ses premières défections ?

S’il est prématuré de l’affirmer, l’initiative du MSP ne s’annonce pas cependant sans conséquences, du moins dans l’établissement de la confiance. Pour au moins trois raisons majeurs : D’abord, le MSP a longtemps défendu les options du pouvoir et a fait partie du gouvernement pendant plusieurs années avant de se convertir à l’opposition à la faveur de l’arrivée de Makri, figure qui incarne l’aile dure du parti, et aussi dans la foulée des révoltes arabes dans l’espoir, pour ce parti catalogué d’islamiste modéré, de récolter des dividendes d’un éventuel changement qui toucherait l’Algérie. Ensuite, l’entrisme qui consiste à intégrer les rouages de l’Etat pour changer le régime de l’intérieur, faute d’une capacité de mobilisation populaire, est une ligne stratégique du parti tracée par le défunt, Mahfoud Nahnah. Enfin, l’on se rappelle que le MSP n’est pas à sa première « incartade » : en 2004, il avait fait partie du groupe des « 11 », représentants de candidats opposants à Bouteflika, avant qu’il ne le torpille en décidant de soutenir le président sortant.

 Entre manœuvres et opportunisme

Conscient des conséquences de son initiative, le MSP s’est empressé de s’expliquer, histoire de lever les soupçons et les équivoques. «L’objectif de la réunion avec Ahmed Ouyahia, était d’’informer directement et sans médiation les autorités officielles de notre analyse de la situation politique sur le plan national et international (…) le face à face avec Ouyahia constitue une occasion importante qui s’inscrit dans le cadre de la consécration du principe du dialogue mais aussi dans le sillage du consensus, défendu dans la plateforme approuvée par l’opposition à Zeralda», écrit le MSP dans un communiqué de son bureau exécutif. «Le Mouvement, ajoute le texte, ne se permettra jamais de faire ce pas (dialogue avec le pouvoir, ndlr) sans se retourner à ses alliés dans la Coordination nationale pour la liberté et la transition et l’Instance de suivi ». «Toutefois, le MSP se garde le droit d’agir et d’entamer en son nom des discussions avec le pouvoir et l’opposition sans informer préalablement les deux instances (CNLTD et Icso, NDLR) », insiste le parti de Makri. Est-ce suffisant pour convaincre ses partenaires de la CNLTD ?

Pas si sûr car d’aucuns y voient dans l’entreprise du MSP, d’une part, une manœuvre pour calmer l’aile qui plaide le rapprochement avec les autorités et d’autre part une tentative de s’imposer comme l’interface entre le pouvoir et l’opposition, maintenant que la conjoncture politico-économique aux perspectives sombres, marquée par une impasse concernant la révision constitutionnelle, contraint les uns et les autres à jeter les passerelles du dialogue. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que la présidence s’est empressée à rendre public un communiqué réitérant sa disponibilité au dialogue, tout en légitimant le MSP. «M. Mokri s’est d’abord exprimé au nom de son propre parti », soulignant « l’attachement de sa formation politique à la stabilité de l’Algérie » et rappelant « sa contribution au dénouement de la tragédie nationale à travers sa participation aux différentes institutions y compris au gouvernement », a indiqué le communiqué de la présidence de la république. « Le Directeur de cabinet de la Présidence de la République a prié le président du MSP de faire savoir aux autres partis avec lesquels il partage l’appartenance au conclave de l’opposition, qu’ils seront aussi les bienvenus à la Présidence de la République, conformément à la volonté sincère de M. le Président de la République de promouvoir le dialogue avec tous les acteurs de la scène politique », ajoute le texte.

Mais au sein de la CNLTD, la méfiance est de mise, en ce sens que la promulgation du texte, à la veille d’une réunion tenue jeudi passé et consacrée à Ghardaia, vise à torpiller le conclave. «L’intention de faire capoter la réunion était claire. La manœuvre n’a cependant pas réussi. L’Icso a tenu tranquillement sa réunion (…) ». Autant dire que le MSP doit faire preuve d’un trésor d’imagination pour rassurer ses partenaires même si désormais le ver semble être dans le fruit.

Sofiane Tiksilt

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