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Sofiane Djillali, président de Djil Djadid
"Le président de la République a échoué" Abonnez-vous au flux RSS des articles

05 déc. 2013
15:46
0 commentaire Sofiane Djillali

Il a été l’un des premiers, après Ahmed Benbitour, à annoncer sa candidature aux prochaines présidentielles. Candidature qu’il conditionne par la non présentation de M. Bouteflika à un quatrième mandat et l’honnêteté des élections. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Sofiane Djillali décline son programme mais parle aussi de l’initiative du groupe des 14 et des affaires de corruption.

 

L’Econews : Vous avez été parmi les premiers à annoncer votre candidature aux prochaines élections tout en vous réservant le droit de vous retirer. Pour quelles raisons ?

Sofiane Djillali :  il était évident que si je rentre dans cette compétition, c’est pour apporter quelque chose à la démocratie, à mon pays, à mon parti et aux militants qui ont voulu que je les représente. Mais il y a un minimum de conditions d’intégrité, d’honnêteté à assurer pour ces élections. Si c’est juste un décor pour  conduire à un quatrième mandat, je ne ferais pas partie de ce décor.

 

Pourquoi faites-vous du refus du quatrième mandat votre cheval de bataille, n’est-ce pas antidémocratique ?

Absolument pas. Je vous rappelle qu’en 2008, lorsque M. Bouteflika a changé la Constitution, il y était inscrit la limitation des mandats. Ce n’était pas pour rien. Lorsque Liamine Zeroual l’a introduite, c’était dans l’esprit d’établir un minimum démocratique dans le pays. Car, comme chacun peut le constater, les régimes dans les pays en développement et dans notre région ont tendance à se pérenniser. Une fois au pouvoir, il a tous les moyens pour faire ce qu’il veut et rester le plus longtemps qu’il veut, et donc il n’y a plus de démocratie, sinon une simple façade. Or, M. Bouteflika s’est arrogé le droit de changer la constitution comme il l’a voulu, avec un Parlement « Beni oui oui », dont la légitimité est entachée et maintenant on se cache derrière la loi pour dire qu’il peut faire autant de mandats qu’il veut.

En fait, nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, comme on dit dans le droit. Il n’avait pas à toucher à la constitution. En tout cas pas de cette façon. Il n’avait pas à briser l’élan démocratique. De plus, il a interdit pendant quinze ans, toute activité politique. Ce n’est qu’après l’éclatement du printemps arabe qu’il y a eu une liberté relative. De l’autre côté, le bilan de M. Bouteflika est très loin d’être rose. Non seulement il a totalement échoué sur le plan économique, le pays étant toujours dépendant à 98% de la rente des hydrocarbures, il n’a pas fait réaliser des investissements sérieux, le taux de chômage est extrêmement fort. Et beaucoup plus grave, son régime a détruit les bases morales de l’activité publique.

Les scandales sont à répétition, l’Algérie est à la queue de tous les classements. Enfin, un troisième élément fondamental, c’est que le monsieur gravement malade. On ne peut plus se proposer comme candidat lorsqu’on a subi un AVC de l’ampleur qu’il la touché. Cela fait plusieurs mois qu’il ne s’adresse plus au pays. Depuis son retour de France le 16 juillet, il n’a pas dit un seul mot aux Algériens.  Pourquoi donc persiste-t-il à ce point à vouloir perpétuer son règne ? Est-ce un règne de droit absolu ? Sommes-nous dans un régime dynastique ? L’Algérie ne peut-il vivre que si lui est toujours là et que demain lorsqu’il disparaîtra, le pays disparaîtra avec lui ?

 

Qu’est-ce qui vous fait dire qu’il va aller vers un quatrième mandant dans la mesure où il ne s’est pas encore prononcé ?

Moralement, il aurait dû se prononcer pour dire « je n’y vais pas » et ainsi libérer le pays. Il ne l’a pas fait. Cela relève de l’intrigue. M. Bouteflika nous a habitués à un double discours. Il dit une chose et il fait le contraire. Il aurait dû clairement signifier qu’il ne pouvait plus assumer les charges de la présidence de la République, qu’il ouvrait le terrain et qu’il laisserait les compétiteurs, ceux qui ont quelque chose à apporter, se mettre en mouvement.

La preuve qu’il a géré de façon consciente cette phase très délicate, c’est que les candidats ne se déclarent pas de peur qu’il entre dans la compétition au dernier moment. Ce qui ne serait plus une compétition. Je vous rappelle simplement dans quelles conditions Saadani a été imposé au FLN, dans quelles conditions il y a eu un remaniement ministériel en septembre qui était plus une forme de coup d’Etat, dans quelles conditions il a mis sous le boisseau l’institution militaire de laquelle il se méfiait peut-être, au moins en partie. Ces éléments assez précis, ajoutés à ceux qui font tambour et trompette, parmi les partis politiques qui le soutiennent, ses proches qui affirment qu’il va déclarer sa candidature en février prochain. Tout cela laisse penser qu’il a ou du moins il avait, jusqu’à un moment très récent,  l’intention de briguer un quatrième mandat.

 

Beaucoup pensent que le président de la république va réviser la Constitution pour proroger son mandat. Or il se trouve que la loi n’est pas rétroactive, qu’en pensez-vous ?

La tentative de prolonger de deux années le mandat du président est intervenue après son AVC. L’entourage du président avait conscience qu’il ne pouvait pas l’entraîner dans une nouvelle campagne électorale et qu’il était difficile de faire passer l’idée à l’opinion d’un homme malade qui rapplique. Cet entourage a donc inventé cette idée de se maintenir au pouvoir deux années de plus en violation de la constitution. La ficelle est tellement grosse que je pense que ce projet a été abandonné.

Toutefois, l’on voit ces derniers temps que ceux qui composent son entourage reviennent avec une autre idée qui consiste à instaurer un poste de vice-président sur lequel se décharge le président pour toutes les opérations qui requièrent une présence physique. Cela veut dire qu’on désigne un président de la république par procuration. C’est prendre les gens pour des niais. Or, les Algériens ne sont pas aussi médiocres que cela et ont très bien compris l’entourloupette qui consiste à maintenir le président au pouvoir au risque qu’il nous ramène un vice-président au profil de Chakib Khelil, par exemple, pour qu’il finisse de vider le peu qui reste dans les caisses.

 

Vous êtes dans le groupe des 14 et en même temps vous parlez de scandales à répétition. Qu’avez-vous fait, vous partis politiques pour qu’ils cessent et que la lumière soit faite.

 

Nous sommes partie prenante d’une démarche multipartisane et dans laquelle il fallait réaffirmer notre refus de l’amendement de la Constitution. Ce n’est pas une alliance au sens électoral ou programmatique. C’est une démarche commune par rapport à deux points très précis : opposition à l’amendement constitutionnel et exiger l’installation d’une commission indépendante de surveillance des élections. Le pouvoir dit qu’il n’a pas l’intention de tricher. Pourquoi ne pas installer cette commission et tranquilliser tout le monde. Concernant les scandales, à Djil Djadid, nous avons dénoncé à maintes reprises pris des positions, rédiger des communiqués. J’ai moi-même fait des déclarations à ce sujet dans différentes occasion ; nous n’avons pas les moyens de faire plus, sinon d’alerter l’opinion.

Est-il question dans ce groupe de désigner un candidat commun ?

Pas du tout. Il n’a jamais été question d’opter pour un candidat unique dans la coordination des partis à laquelle j’ai participé. Maintenant s’il y a d’autres groupes, je ne le sais pas. En plus, l’idée d’un candidat unique n’est pas une bonne idée en soi ; Parce que d’abord, l’opposition est très hétérogène et multiple. Et c’est de bonne augure, cela fait partie du jeu démocratique. Ensuite, il n’y a pas de leader politique qui transcende de façon claire les divisions.

Chaque courant s’agrippe à son candidat, ce qui est tout à fait légitime. Enfin, si l’on devait s’entendre sur un seul candidat de l’opposition, et si le pouvoir reconduit l’actuel président en préparant les conditions pour le faire passer, ce sera au premier tour et avec 70% de voix, donc qu’il y ait en face un ou dix candidats, cela ne changera rien du tout. Maintenant si le pouvoir fait une élection honnête, sans triturer les résultats, on irait au deuxième tour car aucun homme politique actuellement, ne peut se targuer d’obtenir plus de 50% de voix dans le pays, y compris M. Bouteflika. On irait donc au deuxième tour où il y aurait deux candidats, l’un soutenu par la coalition au pouvoir et l’autre par l’opposition. La décantation serait normale avec la mobilisation, au premier tour, des électorats différents. Si on devait opter pour un candidat des démocrates, le réservoir électoral des islamistes n’iraient pas forcément à ce démocrate et vice-versa. En revanche, s’il y a un premier tour où l’on mobilise tous les électorats et qui plus est dans l’opposition, le deuxième tour serait facilité.

 

Vous n’avez pas revendiqué la remise du fichier électoral…

Dans la réclamation de l’installation d’une commission autonome, indépendante de l’administration, et où cette dernière est l’instrument de ladite commission et pas l’inverse, il est évident que l’on demande le fichier électoral. C’est un point d’ordre technique qu’on voulait intégrer dans une demande politique.

 

Le ministère de l’Intérieur vous a répondu en disant que la commission de surveillance pour les précédentes élections était indépendante. Qu’en pensez-vous ?

On va lui demander si lui est indépendant. On va lui poser la question de savoir comment se fait-il qu’il annonce un mouvement des walis pour juin prochain. Est-ce qu’il a déjà projeté de ce qui va se passer après l’élection présidentielle ? Les différents ministres de l’Intérieur qui sont là au service du souverain. Yazid  Zerhouni a déclaré qu’il ne dévoilerait jamais des résultats qui ne donneraient pas Bouteflika comme président. Je pense que M. Belaïz est sur la même voix. De plus, ce n’est pas à lui que nous nous sommes adressés. Car il n’est rien d’autre qu’un instrument. Nous nous sommes adressés à celui qui le manipule.

 

Quel avenir pour le groupe des 14 après les présidentielles ?

Djil djadid ne fait pas partie du groupe des 14. Il y’en  a un qui se fait appeler groupe pour la mémoire et la souveraineté. Nous participons à une opération multipartisane plus large qui lance les germes d’un dialogue au sein de l’opposition. Ce n’est pas une alliance dans laquelle nous sommes impliqués. Cela étant, quelle que soit l’évolution des choses, nous continuerons à travailler pour rapprocher les positions. On envisagera l’avenir étape par étape.

Vous vous portez candidat sur la base de quel programme politique ?

C’est un programme que je décline depuis près de deux années et que j’ai déjà explicité lors de deux campagnes électorales. Actuellement nous apportons les dernières retouches au programme que nous allons publier. Mais les fondamentaux sont déjà connus, accessibles. Nous faisons tout d’abord une analyse de la société algérienne, son évolution, ses points forts et ses points faibles. Ensuite, là où il faut porter nos efforts pour les points faibles pour les consolider et renforcer les points forts.

 

Et sur le plan de la démocratie ?

Les objectifs stratégiques résident dans l’instauration d’un Etat de droit et un processus démocratique. Et c’est loin d’être une rhétorique. Parce que, depuis 1962, l’Algérie a vécu une forme de souveraineté et de République qui est restée très faible sur le plan du droit. Nous avons peut-être une République indépendante, mais pas d’Etat de droit. Lequel ne peut se construire sans la contribution et l’apport de tous les Algériens.

En somme un processus démocratique sain. Partant de là, il faudra prendre une série de décisions. A commencer par la réouverture, de manière sérieuse, le dossier de la constitution et le débattre avec de vrais partenaires politiques, représentés dans une assemblée nationale élue sans taches. Cette refonte constitutionnelle doit se faire en fonction des besoins de l’Algérie et de ses composantes politiques et non en fonction des besoins d’un homme pour qu’il reste au pouvoir. Il faut revenir rapidement à la limitation des mandats, introduire la séparation plus claire et plus nette des charges d’un chef du gouvernement, et non pas un Premier ministre qui n’est que le coordinateur de l’Exécutif, redonner tout son poids à une assemblée nationale pour qu’elle puisse contrôler l’action de l’Exécutif, renforcer les pouvoirs du Conseil constitutionnel et le libérer de l’emprise du président de la république. Il faut également renforcer le rôle du haut conseil à la sécurité pour qu’il ne permette plus qu’on ne se comporte plus comme l’a fait M. Bouteflika avec les textes fondamentaux du pays.

On devrait aussi aller ver une ouverture beaucoup plus sérieuse, tangible pour  les forces politiques mais sur la base de programmes et non pas sur la base d’échanges de postes gouvernementaux, comme on l’a vu avec l’alliance présidentielle qui était là pour se servir et non pas pour collaborer à une politique commune. Enfin, il faudra moraliser la vie publique. Parce qu’il n’et pas normale qu’après une absence de plusieurs mois parce qu’il était malade, le président rentre au pays et se met à fermer les dossiers de corruption.

 

Vous pensez réellement qu’ils sont étouffés ?

Bien sûr. On a vu ce qu’a fait la justice avec le dossier de M. Chakib Khelil. Hier un journal italien, la Reppublica, a fait part des révélations d’un ancien directeur d’une entreprise italienne, selon lesquelles 40 millions d’euros ont été versés sur le compte privé de M. Chakib Khelil. Comment se fait-il que cet homme n’ait pas été appelé par la justice, qu’il n’ait pas été impliqué directement, qu’il n’ait pas été questionné ? Il rentrait et sortait du pays comme il le voulait et le mandat d’arrêt international a été retiré. Et ce n’est pas le seul dossier, il y a également celui de l’autoroute. Que signifie tout cela ?

Parce qu’il y a eu vice de procédure…

C’est tellement grossier ! C’est une ficelle, juste pour tromper l’opinion publique. La réalité, c’est que monsieur le président de la République ne veut pas que la justice s’approche de ses hommes qu’il a imposés au pays et auxquels il a ouvert grandes les portes pour qu’ils se servent comme ils veulent. Il y a beaucoup de questionnements sur cette façon de faire.

Par Faouzia Ababsa [ Le contacter ]

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