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Le jeu trouble du MSP Abonnez-vous au flux RSS des articles

02 févr. 2017
11:28
0 commentaire Abderrezak Makri souffle le chaud et le froid

L’histoire semble de nouveau se répéter pour le MSP. Plus de dix ans après avoir fait faux bond au groupe dit des «11» qui s’opposait au second mandat du président, voilà qu’il est en passe de rééditer le même scénario en multipliant des sorties qui tranchent avec la philosophie de la plateforme de Mazafran articulée essentiellement sur l’organisation de la transition.

 

Dernière en date, celle de son président, Abderazak Makri, qui n’a pas exclu un éventuel retour au Gouvernement, un Exécutif que le parti a dû quitter dans la foulée du «printemps arabe», car ayant misé sur une hypothétique victoire des islamistes comme dans tous les autres pays arabes. Même s’il pose des conditions à ce retour, il ne reste pas moins qu’il est interprété, au mieux, comme un appel du pied au pouvoir, au pire, comme une forme de surenchère. Mais cela était suffisant pour susciter la désapprobation de certains partis démocrates à l’image de Jil Jadid dont le président, Sofiane Djilali qui l’appelle à sortir de l’instance de coordination et de suivi de l’opposition. «En officialisant sa décision de rejoindre le gouvernement, le MSP sort de fait de l’opposition et rejoint les partis qui soutiennent le président. Donc, il n’a plus de place au sein de l’ISCO car cette instance est un prolongement de la plateforme de Mazafran dont les revendications sont bien précises et qui ne s’accommodent pas avec un retour au gouvernement. L’ISCO est issue de la conférence de Mazafran dont l’analyse commune sur la situation du pays s’accorde sur la vacance du pouvoir.

Le parti fait dans la surenchère

Comment rejoindre dès lors le gouvernement du président», s’interroge-t-il. Selon lui, les conditions posées par Makri s’apparentent à de la surenchère : «Donnez-moi un bon quota, je rejoindrais le gouvernement», semble-t-il dire. Et le gouvernement veut attirer le MSP pour casser l’opposition. «Il y a un deal entre le pouvoir et les islamistes à travers Abdelwahab Derbal (président de la HIISE) pour faciliter leur participation en contrepartie d’un abandon du discours de l’opposition», soutient Djilali Sofiane. Il faut dire que bien avant cette sortie, Abderazak Makri s’était distingué par une rencontre avec le chef de cabinet de la présidence de la république, Ahmed Ouyahia, en juillet 2015. Une rencontre qui avait fait grincer des dents parmi ses pairs de la CLTD, mais que lui a justifié par l’autonomie des partis dans leur relations avec les autres acteurs politiques. Il y a quelques jours, il a rencontré également le ministre de l’Intérieur.

De là à s’interroger à quoi joue le MSP, il n’y a qu’un pas. Le parti dont la posture est « la modération, le juste milieu » et connu pour sa stratégie d’entrisme cherche-t-il réellement à retourner à l’exécutif parce que peut-être convaincu que l’alternative de l’opposition est dans l’impasse ? A-t-il reçu des garanties ? Cherche-t-il à torpiller l’opposition dite laïque ? Serait-il pressé par la confrérie des frères musulmans auquel il est affilié et par ricochet par le leader tunisien, d’Ennahda, Ghannouchi ? Si vraisemblablement les islamistes, de façon générale et pas seulement le MSP, redoutent les contrecoups de la nouvelle loi électorale et cherchent à surfer sur la crise économique pour tirer quelques dividendes politiques, il reste qu’au sein du parti on maintient l’ambigüité sur la démarche, ce qui trahit une espèce d’opportunisme à la veille d’élections qui s’annoncent décisives puisqu’elles vont redessiner la carte politique du pays. «Il n’existe aucun deal avec le pouvoir. L’expérience nous a enseigné que jouer avec deux cartes, noir ou blanc, conduit à une impasse. Les changements qui ont eu lieu dans le pays et dans notre voisinage immédiat ont imposé au mouvement de rectifier son discours politique. Mais, le conseil consultatif est le seul habilité à changer la ligne. Et ce qui sera issu des élections sera un facteur déterminant surtout que nous nous acheminons vers l’officialisation de l’union appelée à s’élargir pour englober tous les partis de la mouvance islamiste, ce qui nous contraint à réviser un certain nombre de positions prises depuis 2011», soutient Bouguerra Soltani, ancien président du parti et chargé de prendre langue avec les autres partis islamistes en vue d’une grande coalition.

Quant à Makri, il affirme que le parti «n’a pas décidé d’un retour au gouvernement ». «S’il devait se faire, cela se ferait sur la base de conditions : élections transparentes, réussite du parti à ces élections et garantie par le gouvernement de la transition démocratique et économique ». En d’autres termes : que le Gouvernement endosse le programme de…l’ISCO. Incontestablement, le jeu du MSP est trouble.

Sofiane Tiksilt

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