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Ahmed Channa, Secrétaire Général de l’Académie de la Société Civile
"L’Académie ne sera jamais un parti politique" Abonnez-vous au flux RSS des articles

29 oct. 2015
10:03
0 commentaire L’association compte 200 000 adhérents actifs

Contrôleur des politiques ou intermédiaire entre l’Etat, l’économie et les citoyens, la notion de société civile a mûri à travers le temps et s’est imposée comme force d’équilibre orientée vers la citoyenneté et le bien-être du citoyen.  Si le concept est aujourd’hui banalisé, c’est pour mieux dompter une force sociale qui pèse sur la balance des rapports de force dans les démocraties modernes. En Algérie, cette force tente de se construire au gré de l’évolution de la société. L’Académie de la Société Civile, un espace nouveau dans lequel  le docteur Ahmed Channa croit à la complémentarité avec la classe politique et au partenariat entre les institutions de l’Etat et la société civile. « L’Etat ne peut à lui seul réussir ses missions sans qu’il y ait des assises populaires. Les grandes missions de l’Etat algérien doivent être soutenues et portées par d’autres forces sociales ».      

 

L’Eco : L’académie de la Société Civile a déjà 13 ans d’âge. Comment l’idée est apparue et qui sont ses initiateurs ?

Ahmed Channa : Effectivement, l’Académie de la Société Civile est une institution nationale, elle est née le 30 juillet 2002. C’est le fruit d’une somme d’idées émanant de cadres et de compétences algériennes dans différents domaines ayant, pour certains, expérimenté le mouvement  associatif en Algérie et même les partis politiques. Il en est sorti l’idée de créer une structure qui prenne en charge le citoyen dans toutes ses dimensions et dont les actions sur le terrain renforcent le rôle de la société civile. C’est une troisième voie qui vient compléter le travail des partis politiques et des institutions de l’Etat.  Nous avons hissé cette Académie au niveau d’institution nationale à travers ses structures qui couvrent tout le territoire national et ses représentations dans les capitales étrangères.  

Comment est structurée votre institution ?

C’est une structure pyramidale avec, à la tête, un Secrétaire Général élu pour un mandat de cinq ans, parmi les 19 membres du bureau national  lors du congrès national. De cette instance suprême est élu le Conseil National composé de 350 membres. Ses membres élisent les  membres du bureau. Ceci, au niveau du commandement, le même schéma est appliqué à l’échelle locale. Nous avons un président avec un bureau et un Conseil au niveau de la wilaya, Daïra et Commune. Cela nous permet de couvrir tout le territoire national et d’être proches des citoyens là où  ils se trouvent. 

Vous tablez sur, pour fin 2015, le chiffre de 200 000 adhésions, vous évoquiez aussi, Monsieur le SG, la perspective de faire de cette académie la première force du pays, est-ce dans l’intention de convertir cette structure en parti politique plus tard ?

Nous comptons déjà à 200 000 adhérents actifs et l’année  n’est pas encore terminée.  Mais en plus, nous avons 160 000 membres d’honneur. Permettez-moi de refuser le concept d’association, c’est un refus catégorique et la notion d’association qui reste superficielle et ne traduit pas la portée réelle que nous voulons donner à cette organisation, nous sommes une Académie de par sa dimension et sa structure et la portée des actions que nous menons sur le terrain. Quant à au deuxième volet de votre question : effectivement, nous constituons la première force populaire du pays. Nous sommes fiers de notre  présence dans les grands événements, à savoir lors d’échéances électorales, politiques et économiques ou culturelles et ce, malgré l’absence de communication sur nos activités. Quant à transformer l’académie en parti politique, je vous réponds qu’il est exclu, c’est même interdit. Nous voulons bâtir pour la société algérienne une organisation sociale apolitique. Et puis, les lois du pays ne permettent pas cette transformation et nous sommes respectueux des lois de la république. Notre présence est par contre complémentaire aux activités des partis politiques, chacun selon ses missions et attributions. Au final, chaque formation œuvre de son côté pour l’intérêt général.    

L’académie compte parmi ses adhérents des cadres de la nation, walis, ministres, PDG, investisseurs. Est-ce une organisation élitiste ?

La question nous a été posée lors de la création de l’académie  parce que cela sous-entend une démarche académique, notre approche était de transposer la théorie de l’université à la rue et rapprocher l’élite du simple citoyen parce que l’élite intellectuelle, universitaire vit jusque-là dans un monde parallèle à celui du simple citoyen. L’idée est de rapprocher cette élite de la masse en faisant profiter cette dernière de l’expertise et de son savoir. Ce n’est pas une organisation d’élite mais un espace populaire dirigé par l’élite, c’est notre différence.   

Pour une organisation de nature apolitique, votre Académie impliquée dans la campagne électorale du président de la république, c’est  une contradiction, non ?

Il n’y a aucune contradiction. Quand je vous dis que l’académie est une ONG apolitique, nous n’appartenons à aucune formation politique, nos actions ne sont pas, non plus, orientés par une force politique donnée.  Cela ne veut pas dire non plus que l’Académie ne s’implique pas dans le débat politique en tant que force populaire. Nous participons à la réalisation de la politique général du pays. Notre implication dans les élections précédentes, en tant que société civile, a été très importante. Nous avons sensibilisé le citoyen à voter et  exprimer librement sur son choix. Convaincus que l’acte de voter est un droit et un devoir en même temps de chaque citoyen. L’autre différence qui nous distingue des partis politiques est que ces derniers activent principalement lors d’échéances électorales alors que l’académie est présente dans la société à chaque instant et, chaque jour, nous sommes au service du citoyen et du peuple en général. Nous ne sommes pas liés à des échéances, notre lien est permanent et effectif avec la société à travers un programme d’action guidé par des constantes données. Je constate effectivement qu’il y a malentendu sur le rôle qu’est le nôtre. Nous ne sommes pas là pour concurrencer les partis politiques mais pour se compléter  sur le terrain et puis, une académie, c’est une école, une sorte de pépinière de cadres et de compétences qui fournira plus tard des cadres pour ces formations politiques, l’apprentissage de lutte politique qui se fait d’abord au sein de la société. A notre regret, il y a actuellement une absence flagrante de formation des cadres dans ce domaine. Maintenant oui, il y aura des cadres qui vont un jour investir le monde de la politique et intégrer les institutions, mais à ce moment-là, nous allons contrôler ces cadres qui sont sortis de nos rangs, en tant qu’autorité populaire. Et puis nous n’avons rien inventé, c’est en vigueur dans toutes les démocraties à travers le monde. C’est vrai que nous avons rencontré des difficultés de compréhension, mais ce qui est aussi vrai, c’est que nous appartenons à un pays jeune et nous avons beaucoup de choses à faire et à construire.   

L’Académie est la seule ONG algérienne à être représentée dans les organisations internationales, pourquoi ?

Il existe des organisations nationales qui sont représentées dans des institutions internationales, mais pas avec la même force de présence que la nôtre. L’Académie de la Société Civile a été la première ONG algérienne à ouvrir des bureaux à l’étranger de manière légale conformément aux statuts de l’institution.  Le choix des capitales étrangères pour ouvrir des bureaux est fait selon la concentration de la communauté algérienne établie dans ces pays. Actuellement nous comptons 19 pays et puis, nous sommes également représentés dans des organisations et institutions internationales à travers un membre, membre observateur ou membre consultatif, nous avons un représentant au parlement européen, dans la ligue arabe, aussi dans certaines institutions culturelles arabes et africaines arabes. Nous sommes également représentés dans le Conseil Economique et Social des Nations Unis. Ceci, en plus d’opérations de jumelages et de coopération. Le dernier protocole d’accord a été signé en juin avec une Académie en Jordanie  portant l’échange économique culturel. En somme, notre présence à l’étranger, c’est pour servir notre communauté établie à l’étranger. Il est aussi de notre devoir de commercialiser l’image du pays, la meilleure possible. Nous avons une structure qui s’appelle Direction de la Coopération Internationale et de la Diplomatie Populaire, sa mission est de commercialiser la véritable image de l’Algérie dans toutes ses dimensions. Nous ne sommes pas mandatés par le gouvernement, notre initiative volontariste s’inscrit en droite ligne des objectifs que nous nous sommes assignés, elle traduit notre approche du rôle de la société.

Comment ces actions sont-elles perçues par le ministère des affaires étrangères ?

 Nous travaillons conformément à la loi, nos relations avec les différentes institutions de l’Etat dont le ministère des affaires étrangères, sont des relations de travail empruntes de respect mutuel. Le tout est que, chacun selon ses attributions, travaille pour l’intérêt du pays. Les incompréhensions qui existent, relèvent d’insuffisances en communication sans plus.

3 000 actions sont prévues sur le terrain, quel est le message que vous souhaitez véhiculer à travers cette masse d’action?

Il s’agit d’un bilan de nos actions. Le message primordial, nous voulons faire comprendre à tous et que les institutions de l’Etat seules, sur le terrain, ne peuvent réaliser les grands objectifs de développement, c’est aussi l’affaire de la société civile qui doit s’impliquer ; l’Etat en tant qu’Etat ne peut à lui seul réussir ses missions sans qu’il y ait des assises populaires. Les grandes missions de l’Etat algérien doivent être soutenues et portées par d’autres forces sociales, celles-ci doivent compléter les institutions de l’Etat. Il faut se défaire des attitudes démissionnaires et individualistes. Notre message est clair, il faut que l’Etat à travers ses institutions soit le partenaire de la société dans l’intérêt général. Pour que l’Algérie puisse avancer, il faut qu’elle profite des compétences que recèle cette société. Notre mission est d’attirer l’attention sur ces compétences et ce, dans tous les secteurs. La société civile comporte un gisement et il faut que les institutions accordent plus d’intérêt à ce gisement. Je ne parle pas uniquement de notre Académie mais aussi des autres organisations sociales qui sont présentes sur le terrain et qui méritent de l’intérêt.

Vous avez des projets de médias en cours de réalisation, est-ce un besoin de sortir de l’anonymat après treize ans d’existence ?

 Toute entreprise qui n’a pas de stratégie de travail, est vouée à l’échec. Nous avons adopté lors de notre dernier congrès une stratégie média de l’académie. Nous sommes en phase de créer des organes de presse de presse, télévision, presse écrite et audio- visuel, Toute cette tribune média va couvrir non seulement les activités de l’Académie mais va englober toutes les composantes de la société civile dans son ensemble bien sûr, ces organes de presse sont aussi une partie essentielle de la société civile et ils ont un rôle social à jouer.

Est-ce que vous bénéficiez de l’aide financière de l’Etat ? 

Nous ne prétendons pas à des aides financières, nous voulons qu’ils nous comprennent qu’ils sont nos partenaires. L’Académie se suffit des cotisations de ses membres. Nous sommes arrivés à l’autosuffisance financière dans l’exécution de nos programmes et ça, c’est une grande fierté et un signe de réussite. Comme dans toute organisation respectable de ce genre à travers le monde, je ne tarabuste pas un P/APC ou un ministre pour qu’il finance une action,  je le tarabuste plutôt et sérieusement, pour qu’il soit notre partenaire en tant qu’institution publique.   

Samira Mana (L’Eco n°121 / du 16 au 31 octobre 2015)

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