mardi 21 novembre 2017 Recevez l’actualité par courriel ou flux RSS

Création d’une structure pour soutenir le programme du Président
FLN-RND : guerre de positions Abonnez-vous au flux RSS des articles

11 oct. 2015
10:26
0 commentaire Amar Saadani et Ahmed Ouyahia

S’il faut sans doute se garder de toute conclusion hâtive concernant les rapports entre les deux forces politiques, principales béquilles du pouvoir, en l’occurrence le FLN et le RND, force est de constater que le flou entoure leur volonté de se retrouver au sein d’une même structure élargie pour soutenir le programme du président de la République. 

 

A l’appel d’Ahmed Ouyahia, en juin dernier, et qui reprenait pour la  circonstance les rênes du parti, pour créer un pôle et reconstituer l’alliance présidentielle qui outre son parti devait être constitué du FLN, TAJ et du MPA, Amar Saadani s’empressait de répondre quelques jours plus tard en affirmant que son parti, le FLN, «étudiera la proposition à condition d'être «la locomotive de ce pôle». «Le projet de M. Ouyahia est prématuré », a estimé alors le patron du FLN, précisant «rejeter tout pôle qui prendrait la forme de l'Alliance présidentielle».

Mieux encore, quelques semaines plus tard, Amar Saadani sort de sa hotte une initiative, la constitution d’un front national élargi à la société civile, aux syndicats et même à l’opposition. Devant les mouhafadhs réunis en perspective du comité central qui s’est tenu il y a quelques jours, à Alger, Amar Saadani appelait «les partis de la mouvance présidentielle mais aussi ceux de l’opposition à constituer un front national pour soutenir le programme du président Bouteflika ».

Dénommée «initiative nationale de progrès dans la cohésion et la stabilité », souhaitée comme « cadre de dialogue, de concertation et de consultations périodiques », la proposition de Saadani est ouverte à tous « les partis, les organisations syndicales, les hommes d'affaires, la société civile, la presse ainsi que les personnalités nationales indépendantes ». Selon lui, sont également concernés par cette initiative «unificatrice», tous les acteurs qui «partagent avec le FLN les mêmes points de vue sur les questions nationales et internationales et ceux qui ont le même degré de conscience des défis du présent dans toute leur ampleur, des enjeux futurs, mais aussi des dangers multiformes qui guettent le pays, son économie, sa stabilité, son unité et sa sécurité ». «Cette initiative n'est pas celle du FLN, mais de tout partenaire qui œuvre, avec et sous la responsabilité de l'Etat, au développement de l'Algérie», a encore précisé, Saadani.

Alors que les acteurs politiques et sociaux pour lesquels la proposition est destinée se complaisent dans un silence, guettant quelques éventuelles explications et interprétations aux changements opérés par le président de la République au sein des services de renseignements, voilà qu’Ahmed Ouyahia revient à la charge pour s’exprimer de nouveau sur sa vision du rassemblent des forces autour du programme du président de la République. Le RND «sera toujours en première ligne pour soutenir le président Abdelaziz Bouteflika et pour appuyer le gouvernement au Parlement». «Chaque fois que cela sera nécessaire, nous collaborons avec tous ceux avec lesquels nous partageons les mêmes positions », a indiqué ce samedi le RND dans un communiqué à l’issue de la réunion de son bureau politique.

Mais dans un exercice qui tient beaucoup plus de la diplomatie, Ahmed Ouyahia, en réponse sans doute à Saadani, a tenu à apporter quelques précisions qui charrient quelques zones d’ombres et prêtent à équivoque. «Quant aux formes et organisations de cette collaboration », le RND estime que «cela mûrira avec le temps pour dégager une approche commune ». Lorsqu’on examine le contexte politico-économique et les échéances politiques qui approchent à grands pas, notamment la révision de la Constitution dont on dit imminente, il est laborieux, voire impossible de voir ce projet murir très vite. Dès lors, il s’est interrogé sur les dessous sous-tendant les deux propositions mais qui peinent à priori se fondre dans une structure commune. « C’est une guerre de positions et chacun avance ses pions », expliquait récemment dans les colonnes d’un confrère le politologue, Rachid Grimm. Vu sous cet angle, il n’est pas exclu donc qu’Ouyahia autant que Saadani nourrissent quelques ambitions en catimini.

S’agit-il par rapport à la prochaine présidentielle ou pour hériter de quelques postes, soit la présidence du sénat ou un autre à pourvoir dans la future constitution ? Difficile d’y répondre dans l’immédiat. Il reste qu’au regard de l’ampleur de la crise, le pouvoir a besoin d’une base politique très large qui puisse expliquer les options arrêtées et les mesures décidées pour passer sans encombre la situation et sauvegarder ainsi la paix sociale, comme le suggérait à l’issue du dernier Conseil des ministres, le président de la République. «En dépit de la chute de près de 50% de ses revenus tirés des hydrocarbures, l'Algérie continuera de consacrer près de 40% de ses dépenses à l'investissement public, et plus de 20% de son budget au développement humain et au bien-être des familles. Les pouvoirs publics doivent expliquer davantage à la population la gravité de la conjoncture financière que traverse notre pays comme tous les autres Etats producteurs d'hydrocarbures, ainsi que le caractère unique au monde de nos dépenses publiques d'investissements et de nos transferts sociaux », a déclaré le chef de l'Etat.

«C'est grâce à une parfaite compréhension de la situation que notre peuple adhérera aux efforts nécessaires pour préserver l'indépendance de la décision économique du pays, laquelle est indispensable à la poursuite d'une politique conforme à nos valeurs de justice sociale réelle et de solidarité nationale effective », a-t-il ajouté.

Peut-être que Saadani, réputé proche du président, entend jouer ce rôle pour tirer quelques dividendes politiques futures. Un leadership qui visiblement incommode Ouyahia. D’où ces réserves étalées au grand jour. Mais, autant pour Saadani que pour Ouyahia, il leur sera difficile de mobiliser la population dans la conjoncture actuelle. Même si l'enjeu consiste aussi pour les deux, étant les partis du pouvoir, de faire pièce contre l'opposition qui a réussi à se fédérer autour de la CNLTD et qui ne manquera pas de jouer les trouble-fêtes.

Sofiane Tiksilt

Sur le même sujet
12avril 2016

Ouyahia-Saâdani : Une bataille peut en cacher une autre

02mars 2016

Saâdani perd confiance

20févr. 2016

Rivalité avec le FLN : Ouyahia calme le jeu

Votre commentaire

Inscrivez-vous  ou  connectez-vous  afin de pouvoir laisser un commentaire.