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Muriel Berset Kohen, ambassadeur de la suisse à Alger
"Nous souhaitons avoir une présence importante en Algérie" Abonnez-vous au flux RSS des articles

21 nov. 2015
18:18
0 commentaire "Les exportations vers l’Algérie s’élèvent à 485 millions de Franc suisses"

Son souhait est de voir reprendre les négociations entre l’Algérie et l’Association européenne de libre-échange (AELE), pour permettre aux entreprises suisses de bénéficier d’un cadre préférentiel des taxes et tarifs douaniers algériens. Son excellence l’ambassadeur de la Confédération suisse en poste à Alger exprime à travers cette interview toute la volonté de son pays de développer et dynamiser les relations et les échanges économiques avec l’Algérie. 

 

 L’Eco : Mis à part les liens historiques que tout le monde connaît, la Suisse et l’Algérie ont toujours entretenu de bonnes relations économiques, toutefois, cela demeure loin des attentes du côté algérien. Comment expliquez-vous cela ?

Muriel Berset Kohen : La vérité est qu’il a une volonté et un souhait de développer et dynamiser davantage les relations entre la Suisse et l’Algérie. De notre côté, nous voulons développer les échanges économiques qui sont aujourd’hui en baisse.  En 2014, la Suisse a importé depuis l’Algérie pour 190,3 millions de Francs suisses (plus de 175 millions d’euros), soit une baisse de 60% par rapport à l’année 2013. Ces importations sont essentiellement des hydrocarbures et la Suisse applique une politique de diversification d’approvisionnement en hydrocarbures. Cela n'est donc pas indicatif d'une tendance continue. Je dirais que c’est une baisse conjoncturelle. Les exportations suisses vers l’Algérie ont enregistré, quant à elles, une augmentation constante depuis 2011. En 2014, elles ont atteint 485,5 millions de francs suisses soit, près de 450 millions d’euros. Aujourd'hui nous mettons aussi l’accent sur les investissements en Algérie et notre espoir est d'augmenter les investissements suisses en Algérie. Avec le potentiel que l’Algérie possède et la technologie de pointe de la Suisse, je pense qu’il est facile de tisser des liens plus étroits.

La Suisse veut passer à une phase de concrétisation plus intense et plus active à travers de grands noms comme Nestlé, Novartis, Roche, SIKA. Y aurait-il d’autres entreprises de cette taille qui veulent venir en Algérie ?

Comme vous le savez, certaines grandes entreprises suisses sont déjà présentes en Algérie, à l'image de Nestlé qui a ouvert une nouvelle ligne de production au mois de mars passé. Novartis a aussi de nouveaux projets d'investissement en Algérie et d'autres entreprises qui peuvent venir prochainement.  Notre défi, pour les deux côtés, est d'attirer de nouvelles entreprises suisses en Algérie, car ce pays offre des opportunités énormes pour les investisseurs. La Suisse a, également, des avantages avec son rapprochement avec l'Algérie. Il s'agit entre autre de la proximité géographique. Nous avons en commun la langue française et un niveau d'instruction des Algériens élevé. Ainsi, la Suisse, connue par son niveau très élevé en matière de formation professionnelle, - où 7 suisses sur 10 suivent une formation professionnelle de longue durée plutôt que d’aller  à l’université – peut, grâce à ses entreprises installées en Algérie, former les Algériens dans les différents secteurs dans lesquelles elles interviennent.

Nous souhaitons faciliter les conditions des échanges entre la Suisse et l’Algérie et renforcer la présence des entreprises suisses en Algérie car,  je répète, les conditions pour augmenter les investissements sont favorables. Dans un pays où la population augmente et où le niveau de vie aussi s’est élevé, où il y a plus de développement, plus de consommation, cela signifie aussi plus de déchets à traiter et de nouveaux défis écologiques, Le traitement des déchets et la protection de l’environnement nécessitent des techniques que les entreprises suisses  maitrisent dans notamment les énergies renouvelables, l’économie verte etc... Ce sont donc  des techniques qui contribueront à créer des emplois et à protéger l’environnement et la santé des citoyens. En Algérie, nous remarquons un développement très rapide mais nous ne percevons pas encore la prise en compte des conséquences sur l’environnement que tout développement génère.

Vous avez déclaré dès votre arrivée en Algérie, l’année passée, qu’il existe une possibilité de développement et d'investissement importante en Algérie, Avez-vous procédé à la création d’un cadre pour encadrer ces échanges, comme vous l’aviez-vous déjà souhaité ?

Oui, certainement, puisque actuellement, nous sommes en train de dynamiser les relations et les échanges bilatéraux entre les deux pays. D’ailleurs, lors de la visite en mars dernier du président du Conseil des Etats de la Confédération suisse, Claude Hêche, il  a eu des entretiens avec des responsables d'instances et d'institutions de l'Etat algérien en vue de renforcer les relations algéro-suisses. En outre, nous organisons une mission économique pour la période du 9 au 11 novembre  qui sera menée par la Secrétaire d’Etat à l’Economie, Mme Marie-Gabrielle Ineichen. Elle  sera accompagnée d’un certain nombre d’opérateurs suisses. La dernière  mission économique avait eu lieu en 2011.  L’objectif est de créer des opportunités de rencontre entre les entreprises algériennes et suisses. Nous prévoyons également un Forum économique le 10 novembre sous le thème « Doing Business in Algeria », avec le Forum des chefs d’entreprises (FCE),  soutenue par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) et aussi la Chambre de Commerce et d'Industrie Suisse Algérie (CCISA). Lors de ce Forum, les entreprises suisses auront aussi l’occasion de s’informer mieux sur le climat des affaires en Algérie. Nous travaillons aussi en collaboration avec les ministères de l’Industrie et des mines et celui du Commerce. J’espère qu’il y aura des partenariats entre nos entreprises. Mais du coté officiel, je ne pense pas qu’il y aura des accords à signer. Nous espérons que cette mission permettra d’avancer sur  la question de l’Accord de libre-échange entre l’Algérie et l’Association européenne de libre-échange (AELE). Nous espérons également, que les entreprises suisses auront une vision suffisamment claire des  orientations du coté algérien car les entreprises ont besoin d’une bonne visibilité du cadre économique dont lequel elles opèrent. Or aujourd’hui, nous sommes en Algérie dans une phase de mutation suite à la chute des prix du pétrole et les mesures, prises par le Gouvernement, notamment la limitation des importations.  Nous pouvons dire que nous sommes dans une situation d’incertitude pour ce qui est d’un certain nombre de paramètres économiques.

Dans son rapport économique de 2013, votre ambassade a indiqué que le climat des affaires en Algérie (la communication, la règle 51/49, l’administration….) est à l’origine de l’hésitation des investisseurs suisses à s’implanter dans ce pays. Est-ce que la situation a changé aujourd’hui ?

En fait il y’a deux facteurs que nous devons prendre en compte à savoir, la situation telle qu’elle est et la perception que nous avons de la situation. Le grand défi pour nous, c’est de donner une image de l’Algérie qui soit aussi proche de la réalité que possible. Car nos concitoyens ont une image de l’Algérie encore empreinte des violences des  années 90 alors que la situation a complètement changé. L’Algérie est trop méconnue aux yeux des Suisses et ils ont d’elle une image d’un pays à risque. Mais notre rôle en tant qu’ambassade - valable pour nos deux pays-  c’est, d’expliquer aux opérateurs la véritable situation. Je peux dire par là, qu’il y a aussi un travail de sensibilisation et de communication qui doit être fait par l’Algérie pour faire connaître sa situation et ses potentialités. La communication permettra d’améliorer l’image du pays,  d’informer sur les conditions d’investissement, la stabilité par rapport aux autres pays de la région et le développement économique qu’a connu le pays depuis quelques temps. Concernant le volet de l’administration, il faut mener des réformes dans ce domaine. Je suis contente d’entendre les hauts responsables algériens parler de rationalisation de la gestion et des dépenses. Nous l’appliquons dans nos institutions en Suisse d’ailleurs. La rationalisation n’est pas l’austérité mais relève plutôt fondamentalement de la bonne gestion. Quant à la question de la règle 51/49, je dirais que les petites et moyennes entreprises ont des difficultés à sauter le pas à cause des risques qu’’elles perçoivent dans cette règle, contrairement aux grandes entreprises qui peuvent elles, mieux évaluer et gérer des risques et investir.

Quelles appréciations faites-vous aujourd'hui des négociations de l’Algérie avec l’UE à travers l’association européenne de libre-échange (AELE) ?

Ce que je peux dire c’est que nos entreprises souffrent du manque d’un cadre qui offre des tarifs préférentiel. Ainsi, nous souhaitons que les négociations entre l’Algérie et l’Association européenne de libre-échange (AELE) reprennent. L’AELE comprend l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein et la Suisse et la Suisse est de très loin le principal partenaire de l’Algérie dans l’AELE. Dans le contexte de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne les entreprises suisses se trouvent, de fait, désavantagées en termes de taxes et de droits de douanes. Ainsi, nos entreprises exportatrices vers l’Algérie demandent fortement la conclusion de cet accord pour ne plus souffrir de ce handicap face aux entreprises européennes.  De mon point de vue, il n y a pas d’obstacles pour le conclure, car dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), nous avons réglé toutes les questions bilatérales, une étape qui précède l’adhésion de tout pays à cette organisation mondiale. La conclusion de cet accord de l’AELE serait un signal fort de la part des autorités algériennes de leur volonté de développer nos relations économiques. Ce que je peux ajouter aussi c’est qu’il ne faut pas mélanger entre l’Accord d’association de l’Algérie avec l’Union européenne et celui de l’Algérie avec l’AELE, car ce sont deux entités différentes avec des poids et des objectifs différents. Je pense que dans le cadre de l’AELE, il est beaucoup plus simple de régler la question. 

Comment l’Algérie peut-elle profiter de l’expertise suisse dans le domaine des finances, et est-ce qu’il y’a une coopération dans ce sens surtout que l’Algérie est en phase de réformer son système financier?

D’abord l’économie Suisse est très compétitive, d’ailleurs le rapport annuel du Forum économique mondial a classé cette année pour la 7ème fois consécutive la Suisse en première place. Cette compétitivité est aussi due à un système bancaire très performant. 

Je peux dire que le système bancaire et financier en Algérie doit évoluer, si l’on vise à faciliter le climat aux entreprises.  C’est vrai que la Suisse a une grande expertise en matière de banque et finance, mais à l’heure actuelle nous n’avons pas de coopération dans ce domaine avec l’Algérie et nous nous ne sommes pas sollicités dans ce sens par les autorités.  Nous avons par ailleurs des entreprises suisses qui maitrisent le software informatique spécifique à ce domaine et pourraient, participer à l’installation ou au développement de systèmes informatiques performant pour des banques et autres institutions financières algériennes.

Vous êtes depuis une année en Algérie, Qu’elle appréciation faites de l’Algérie ?

L’Algérie est un grand pays avec de grands potentiels, humains et naturels, une histoire propre à lui et très particulière. Un pays très ancien mais en tant qu’Etat moderne c’est encore nouveau. C’est un pays en pleine construction avec sa population jeune, qui devra participer au développement de son pays. J’aimerais aussi souligner que l’Algérie  participe à la stabilité de l’Afrique du Nord et du Sahel à travers sa propre stabilité et son armée et grâce à son engagement pour la stabilité dans ces régions.

Noreddine Izouaouen (L’Eco n°122 / du 1er au 15 novembre 2015

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