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Denis Thokozani Dlomo, Ambassadeur d'Afrique du Sud en l'Algérie
"Nous sommes ouverts à toutes les opportunités d’affaires" Abonnez-vous au flux RSS des articles

29 juin 2015
10:32
0 commentaire L'Afrique du Sud s’intéresse au secteur minier algérien

L’Algérie et l’Afrique du Sud sont engagés à conserver l’important potentiel des relations politiques et économiques qui existe entre les deux pays et œuvrent à renforcer davantage les échanges économiques. Dans cette interview, parue dans les colonnes de L’Eco (N°113 / du 1er au 15 juin 2015), Son excellence l’ambassadeur de l’Afrique du Sud en Algérie, Denis Thokozani Dlomo, s’est montré optimiste quant à l’avenir des relations économiques entre les deux pays. 

 

L’Eco : Cinq mois après votre arrivée en Algérie, comment pouvez-vous évaluer les relations bilatérales entre l’Afrique du Sud et l’Algérie ?

Denis Thokozani Dlomo : Les relations bilatérales entre l’Afrique du Sud et l’Algérie sont très fortes, tissées depuis les premiers temps des luttes de libération des deux pays. Après son indépendance, l’Algérie a soutenu  le mouvement de l’Afrique du Sud de l’anti Apartheid.  Les deux pays partagent des liens historiques étroits qui ont été boostés lorsque l’ancien président sud-africain, Nelson Mandela, a visité l'Afrique du Nord dans les années 1960. Elles sont relancées dès la sortie de Mandela de prison en 1994. Depuis cette date, il y a eu la signature de plus de 34 accords entre les deux pays. L'Algérie, cette terre de milliers de martyrs, a fourni au mouvement de libération «Africain National Congress (ANC)» des armes. Elle a aussi formé nos soldats et délivré des passeports y compris des passeports diplomatiques pour plusieurs de nos cadres et dirigeants. Ces relations continuent à prospérer et je mets en évidence la visite du président de la République d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, en Mars-Avril 2015.  Nous insistons aussi sur la promotion des relations « peuple à peuple ».

La dernière visite du président Jacob Zuma en Algérie était une étape importante dans le développement des relations bilatérales. Ce déplacement est soldé par certains accords, est-ce un début pour un partenariat solide entre les deux pays ?

Je répète ce que j’ai déjà dit. Les relations bilatérales entre les deux pays sont fondées sur des liens historiques. La visite du Président, Jacob Zuma, en Algérie est une deuxième si l’on exclut la visite de travail qu’il a effectuée en 2013. La première visite a eu lieu en 2010 où le président Zuma a visité l’Algérie pour coprésider la haute commission mixte des deux pays (BNC) qui préparait un plan d’action de coopération dans plusieurs secteurs.

A propos de la dernière visite de notre Président, elle a porté notamment sur la promotion des relations et coopérations entre les deux pays dans différents secteurs. Elle a été paraphée par plusieurs accords dans différents secteurs, à savoir l’enseignement supérieur, le tourisme, la technologie de l’information et de la communication,  les échanges commerciaux et autres… Pas tout, puisque les deux pays ont installé aussi une commission mixte qui se chargera de l’évaluation et du suivi des accords et des relations. Notre présence en Algérie vise à booster le potentiel économique des deux pays. Les relations commerciales entre nos pays sont de plus en plus importantes. Nous maintenons toujours un partenariat constructif sur le plan multilatéral et nous continuons à promouvoir et  à soutenir un système international dynamique. La relation entre l'Afrique du Sud et l'Algérie se meut de plus en plus vers de nouveaux horizons, explorés récemment par les dirigeants politiques et économiques des deux pays. Nous sommes, de ce fait, impatients de réaliser le potentiel qui existe entre nos deux pays, en s'appuyant sur l'amitié que nous partageons et tirer le meilleur parti des opportunités de croissance.

La qualité des relations économiques entre les deux pays demeure loin de la réalité par rapport au peu d’investissements directs enregistrés ?

 Effectivement, nous ne sommes pas très satisfaits du niveau d’implication en matière des échanges économiques entre l’Afrique du Sud et l’Algérie. Le volume des échanges en 2014 est un peu faible. Pour les exportations de l’Afrique du Sud vers l’Algérie, le volume est estimé à 3,5 milliards de Rands, soit près de 300 millions de dollars américains. Les produits qui figurent dans la liste des exportations sont notamment les véhicules, les produits alimentaires, avions, navires. Par contre, les exportations de l’Algérie vers l’Afrique du Sud sont estimées, seulement, à 41 millions de Rands soit près de 3,5 millions de dollars américains, dont des produits minéraux, plâtre, cuir, ciments qui figurent dans la liste des exportations. Toutefois, nous comptons avec l’entrée en vigueur des accords d’association notamment dans le secteur énergétique, de rétrécir et de diminuer l’écart qui existe quant au volume des échanges commerciaux. C’est dans cette logique que nous nous sommes engagés à garder le potentiel de relations économiques qui existent entre les deux pays et nous veillons à explorer d’autres possibilités de coopération et d’échange. Malgré l’existence des richesses naturelles (gaz, pétrole, ressources minières, bonnes conditions climatiques), les échanges entre les pays africains demeurent relativement faibles. Le grand problème que vit l’Afrique, aujourd’hui, est le manque d’infrastructures à travers les différents pays.

A titre d’exemple, pour promouvoir le tourisme en Algérie, il est impératif de créer des lignes de vols directs avec les différents pays.  Un autre exemple sur le Congo. Pour aller de la capitale Brazzaville vers le Gabon, il faut passer par l’Ethiopie. Il existe des cas pires à travers des différents pays africains où les citoyens et les voyageurs, pour aller d’une ville à une autre en Tanzanie, sont obligés de voyager dans un pays limitrophe pour revenir à la ville qui se trouve en Tanzanie. Ainsi, nous distinguons l’importance des infrastructures qui sont nécessaires pour le développement des échanges interafricains. L’Union Africaine (UA), dans l’objectif de développer le commerce et les échanges interafricains, veille à ce que les différents pays africains soient connectés et ce, en construisant des routes, assurer des moyens de la technologie de l’information et de la communication (TIC). L’Afrique du Sud et l’Algérie travaillent ensemble dans cette optique afin de mettre en place des nouvelle lignes aériennes et ce, dans l’objectif de promouvoir les échanges économiques, culturels et autres…

L’Afrique du Sud bénéficie d’expertise internationale en matière minière, pourquoi cet aspect n’apparaît pas dans les échanges de haut niveau avec l’Algérie ?

Nous avons assisté auparavant à la signature de l’instrument de protection du commerce et d’investissements et qui portera plusieurs opportunités d’investissement en Algérie à l’instar de la cimenterie de M’Sila (partenariat entre l’Algérie et Pretoria Portland ciment de l’Afrique du Sud). Cette compagnie est en train de négocier le contrat d’investissement avec l’Algérie. Il faut signaler aussi que parmi  les membres de la délégation qui ont fait le déplacement en l’Algérie lors de la dernière visite présidentielle de 2015, figure le Président-directeur général de la chambre des mines de l’Afrique du Sud. Il est entré en négociation avec la partie algérienne pour l’investissement en cimenterie de M’Sila. L’ambassadeur de l’Algérie en Afrique du Sud, pour sa part, a rendu des visites aux responsables des grandes entreprises dans le secteur des mines et probablement ces entreprises vont venir investir en Algérie. En Afrique du Sud, nous avons développé nos infrastructures et nous maîtrisons toute la chaîne de production, de l’exploration, au transport, au stockage, à l’acheminement des produits et jusqu’à l’exportation.

D’ailleurs, nous avons le train le plus long au monde qui fait la navette entre les mines et les ports et ce, pour transporter les produits miniers. Nous avons même développé nos capacités de transport des différents produits chimiques, liquides, dangereux et autres produits …Le travail dans le secteur des mines n’est pas uniquement lié à l’exploration ou à l’exploitation mais aussi à l’ensemble de l’environnement qui entoure cette activité. Le secteur minier a créé toute une industrie autour de lui.  A titre d’exemple, ceux qui travaillent dans l’extraction  de l’or vendent ce précieux minerai à l’état brut aux bijoutiers qui vont, à leur tour, fabriquer des bijoux et autres pièces artisanales. Ainsi, les clients achètent ces bijoux et ceci crée une dynamique commerciale. Cette économie veille à ce que les prix soient très compétitifs par rapport aux autres pays importateurs de ces bijoux. Une situation qui multiplie le nombre de touristes qui viennent dans notre pays.

Votre pays est leader dans l’intégration africaine, les premières initiatives dans ce sens ont émané de l’Afrique du Sud puis dans le NEPAD, comment appréciez-vous l’évolution de ce processus ?

Le processus de l’intégration africaine est en cours. Certes, il y a des défis à relever mais nous soutenons toujours cette idée d’une union et d’une intégration africaine. Ainsi, nous veillons à ce que les populations apprennent ces valeurs d’intégration. Nous avons un programme clair qui dépasse les valeurs politiques, pour réaliser ce plan d’intégration africaine. Nous avons fait des progrès significatifs dans l’édification d’une nation démocratique fondée sur les valeurs de la dignité humaine, le rejet du racisme et du sexisme. Notre économie est devenue plus inclusive et continue à afficher une croissance stable. Alors que le Plan national de développement (PND) a été approuvé, il y a énormément de travail à satisfaire avant sa mise en œuvre, vu que nous nous orientons vers une vision à l’horizon 2030. Nous avons mis en place des programmes novateurs pour mettre en œuvre le PND, tel que le programme « Opération Phakisa » qui est, en fait, un laboratoire de planification et d’exécution des programmes sur les bases de résultats. Avec l’opération de Phakisa, nous visons à générer des occasions d’affaires dans le secteur maritime, la pêche, l’aquaculture, l’exploitation minière, le pétrole, le gaz, le tourisme et se diriger vers une transformation radicale de l’économie. Il est important de rappeler que l’Afrique du Sud reste ouverte à toutes les opportunités d’affaires et de coopérations. Les possibilités sont nombreuses et les investissements sont sûrs. 

Cette intégration demande un financement conséquent, comment croyez-vous que les Africains vont pouvoir répondre à ce besoin financier, où trouver selon vous cette ressource et croyez-vous en l’implication des économies riches ?

Les ressources de l’Union Africaine sont calculées sur la base des PIB des pays membres de l’UA. Mais en général, l’Afrique est soutenue par les pays riches à travers des dons offerts afin d’assurer la sécurité et la paix dans les différents pays africains. Durant le 24ème Sommet des Chefs de Gouvernements Africains, la question de financement de l’union africaine a été soulevée. Il y a une question idéologique qui a été derrière les luttes des pays africains pour s’autofinancer car on n’aime pas aller solliciter l’assistance financière auprès des pays riches.  Ainsi, il faut faire du commerce et ne pas aller demander de l’aide. Un proverbe chinois dit que « si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ». Certes il se pourrait que les pays africains auront des aides à court terme mais pas à long terme. Je pense qu’il faut donner aux pays africains des accès sur les marchés occidentaux. Il faut savoir, également, que ces aides qui parviennent de l’étranger sont souvent conditionnées et ceci pourra affecter la souveraineté des pays africains. Pour le financement de nos projets,  il y a eu un travail de réflexion et des idées posées pour pouvoir s’autofinancer. Un point essentiel, ce sont  les fonds souverains de quelques pays africains qui sont déposés auprès des banques et institutions occidentales. La meilleure solution est de faire bénéficier l’Afrique de nos moyens financiers et non pas les pays étrangers. Il est primordial pour promouvoir l'action économique en Afrique. Il existe une banque de développement africaine qui s'occupe notamment du financement des réalisations des infrastructures. L'Afrique du Sud abritera une représentation de la banque des BRICS et qui aura pour mission promouvoir le développement du continent africain.

A propos des conflits armés dans le continent africain notamment dans la région du Sahel, comment appréciez-vous le traitement de l’aspect sécuritaire ?

Je tiens d'abord à saluer le rôle de l'Algérie dans la médiation entre les groupes en conflits notamment au Mali et en Libye et ce, dans l'objectif d'instaurer la paix et la sécurité. Nous les Africains, de notre part, nous devons agir dans le bon sens pour dépasser les conflits et garder la paix et la sécurité dans les différents pays du continent.  Dans cet objectif, il faut souligner que l'Algérie a toujours opté pour des solutions politiques et elle a également combattu le terrorisme à travers le centre africain anti-terrorisme. Ainsi, je peux dire que la paix et la sécurité sont deux éléments très importants dans la réalisation d'un développement dans n'importe quel pays. Sans ces deux éléments, nul ne pourra se développer ou avancer. D'ailleurs, le nouveau partenariat africain dans le cadre du NEPAD a opté pour des mécanismes qui veillent sur la bonne gouvernance des pays, afin d’éviter les conflits armés et d’instaurer la paix et la sécurité.

A propos de la cause sahraouie et palestinienne qui constituent deux foyers de tension permanents, quel est votre point de vue sur le combat des deux peuples, à l’avenir ?

La liberté est indivisible et je crois que l’histoire a été toujours aux côtés des opprimés. Nous avons, en Afrique du Sud, lutté plus de 300 ans pour avoir notre liberté et notre indépendance. Nous les Sud-Africains, nous avons brisé les chaînes de la discrimination raciale et de l'oppression. Cependant, au fond de nos cœurs et de nos esprits, nous savons que notre liberté demeure inachevée sans la liberté des peuples sahraoui et palestinien. Je pense aussi que cela soit réalisé à travers les Nations-Unies et le soutien des pays sera également très important dans ce processus d’indépendance. Afin que nous soyons totalement libres, les peuples du Sahara occidental et de Palestine doivent également briser les chaînes et devenir libres. Le jour viendra où ces deux pays auront leur indépendance et je souhaite être vivant pour assister à cet événement.

Un dernier mot à dire…

J’espère que tous les plans qui ont été engagés pour promouvoir le commerce et l’économie africains entre l’Algérie et l’Afrique du Sud et les autres pays africains soient réalisés.

Comment avez-vous trouvé l’Algérie ?

C’est un bon pays pour vivre ! Moi personnellement, je ne sens pas l’isolement vis-à-vis de mon pays natal car j’ai connu des Algériens avant que je vienne en Algérie. Ils m’ont invité dans leur maison et m’ont beaucoup encouragé.

Quel est votre sport préféré ?

La marche et le football.            

Noreddine Izouaouen

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