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Franziska Honsowitz, Ambassadeur d'Autriche en Algérie
"Le développement du secteur automobile nous intéresse" Abonnez-vous au flux RSS des articles

30 nov. 2015
10:11
0 commentaire L’Autriche souhaite se lancer dans la sous-traitance

Les relations économiques entre l’Algérie et l’Autriche ont connu, au cours de ces dernières années, une évolution très positive. Le volume des échanges commerciaux est passé en 2002 de 130 millions d’euros à 600 millions d’euros en 2014. Ce développement substantiel de la coopération économique algéro-autrichienne est la conséquence des investissements consentis entre les deux pays respectifs dans l’objectif de la diversification économique. L’ambassadeur d’Autriche à Alger, Franziska Honsowitz, a établi, dans cet entretien,  le bilan de sa première année d’exercice en Algérie. Elle explique l’importance d’encourager l’investissement à travers l’installation d’un cadre juridique stable.   

 

L’Eco : L’année 2014-2015 est marquée par une conjoncture économique difficile et un climat des affaires affaiblit. Il s’agit de la période de votre installation en Algérie. Quel bilan faites-vous de votre première année, en Algérie ?

Franziska Honsowitz : En effet, cela fait déjà un an depuis que je suis installée en Algérie et je suis très satisfaite de ma présence dans ce pays et des résultats accomplis durant cette période. Je me suis adaptée à l’Algérie ainsi qu’à son hospitalité. Cette année a été très active pour nous, nous avons beaucoup travaillé au sein de l’ambassade avec la section commerciale. Nous sommes parvenus à développer notre coopération économique. Je pense que l’Autriche et l’Algérie ont beaucoup de potentialités à développer ensemble et générer une valeur ajoutée importante pour le pays. Nous avons toujours été prêts à offrir à l’Algérie les équipements nécessaires pour développer son industrie ainsi que le savoir-faire pour les accompagner afin de participer à la diversification de l’économie algérienne. Nous nous engageons à contribuer à la diversification de cette économie et à son développement.

Comme vous le savez, nous travaillons, en Algérie, dans plusieurs domaines, à savoir l’agriculture, l’assemblage automobile, la construction et nous souhaitons investir davantage dans le domaine du tourisme. Ce dernier représente un potentiel important pour l’économie algérienne. Nous proposons des formations pour accompagner les professionnels de ce secteur. Récemment, nous avons été à Tizi-Ouzou où nous avons visité une école hôtelière professionnelle avec laquelle nous espérons établir une coopération solide.

Nous souhaitons contribuer au développement et construction des infrastructures hôtelières car nous avons le savoir-faire dans ce domaine. Ceci figure parmi les projets que nous souhaitons réaliser en Algérie mais, durant cette année écoulée, nous avons réalisé beaucoup de projets et de progrès sur le plan de la coopération bilatérale. Nous avons commencé  l’assemblage de véhicules à Tiaret et c’est un projet qui se porte bien et plusieurs autres projets dans le secteur de la plasturgie sont en cours. Il faut savoir qu’en Autriche, notre économie se base sur les PME qui sont dotées de la haute technologie que nous sommes prêts à partager avec nos partenaires. C’est ce qui fait notre fierté et renforce notre présence sur le marché algérien où la section commerciale Advantage Austria a émis beaucoup d’efforts pour développer la coopération entre nos deux pays respectifs et ce, depuis 1971. Chaque année, nous nous focalisons sur des secteurs précis, comme cette année, nous avons renforcé le médical où nous avons participé au salon Elmoustachfa. Nous prévoyons à l’occasion la participation d’une délégation d’hommes d’affaires algériens au salon Medica qui se déroulera, au mois de novembre prochain et pour l’année prochaine, nous prévoyons plusieurs autres participations à d’autres manifestations comme celui du salon « K », à Dusseldorf et celui de PlastAlger. Par la suite, nous allons mettre un focus sur l’électronique.

Mis à part ces projets entrepris récemment, qu’en est-il du projet de la ferme-pilote de l’élevage bovin de Khenchela qui a été lancé depuis quelques années déjà ?

Ce projet est toujours en cours de réalisation. Il est encore dans la première phase d’exploration et avec nos partenaires, nous sommes déterminés à l’achever. Les deux régions concernées par le projet à savoir la région de Tyrol et de Khenchela sont intéressées par ce projet. Le projet est en phase d’étude afin d’identifier les besoins et les caractéristiques du sol et les exigences de cette ferme-pilote. En attente des résultats et l’achèvement des études, nous proposons des formations en collaboration avec le ministère de l’agriculture algérien. Le projet est en bonne voie. En attendant, nous nous focalisons sur la formation où nous encourageons l’échange du savoir entre les agriculteurs de Tyrol et de Khenchela.

Actuellement, nous sommes en train de tisser les liens entre eux afin de pouvoir organiser l’année prochaine, des séances de formations et d’échanges entre les deux partenaires. Pour le reste, dès que les résultats de l’étude seront annoncés, nous allons envoyer notre expertise sur les lieux. Entre autres projets, nous  comptons 16 entreprises autrichiennes installées en Algérie et plus de 600 autres sont en contact permanent avec des entreprises algériennes avec lesquelles elles sont en étroite collaboration. Nous avons pu nous intégrer dans différents domaines comme le secteur des énergies renouvelables, la construction de véhicules, l’agroalimentaire…etc. Concernant les réalisations, l’Autriche a pu, grâce à ses entreprises, chacune dans son domaine, réalisé 16 investissements directs, 24 stations de traitement d’eau, et fournir à l’Algérie 5 téléphériques, 45 000 vaches laitières…etc. Alors, il est important de préciser que l’Autriche peut fournir à l’Algérie les outils de  production. C’est l’une de nos priorités d’aider ou de contribuer avec l’Algérie pour soulever son défi de diversification économique.    

A l’exception de l’assemblage de véhicules, ne prévoyez-vous pas d’investir dans le secteur de l’automobile ?

Pour soutenir notre unité d’assemblage de véhicules sise à Tiaret, opérationnelle depuis un certain temps, nous proposons des formations à des cadres algériens qui, à leur tour, forment les employés de l’usine. C’est un investissement très important pour nous à  court terme mais, à long terme, nous prévoyons de nous lancer dans la fabrication du véhicule en Algérie et nous allons commencer par la production de la petite pièce. Ca va nous prendre du temps mais nous allons le faire. Le développement, en Algérie,  du secteur automobile nous intéresse énormément sachant que l’Autriche est un sous-traitant important de la pièce allemande. Donc, nous aspirons, dans l’avenir, réaliser des entreprises de sous-traitance pour les pièces détachées destinées aux véhicules de marques Renault et Mercedes produites en Algérie.

Les produits autrichiens importés par l’Algérie obéissent-ils aux standards et normes du marché algérien, notamment, en ce qui se rapporte au bois autrichien ?

Le produit autrichien répond aux normes établies par l’Union Européenne. L’importation du bois autrichien par les algériens se fait sur un principe d’entente réalisé entre les industriels du bois autrichiens et leurs acheteurs algériens afin d’établir les caractéristiques particulières de ce bois. Les normes adaptées aux bois sont unifiées et obéissent aux normes européennes. Concernant la polémique qui a été soulevée par les acheteurs algériens du bois autrichien, elle ne concernait pas la qualité du bois, mais certains paramètres liés aux dimensions. Pour y remédier, nous nous sommes mis aux mêmes normes de coupures que celles exigées sur le marché algérien ou autre. Nous proposons toujours des produits de qualité. D’ailleurs, depuis 2002 à 2014, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays respectifs à été multiplié. L’Algérie est notre premier partenaire commercial au niveau maghrébin et deuxième au niveau africain.  En 2014, nous avons réalisé un volume d’échange de 600 millions d’euros dont 300 millions d’euros concerne les importations et plus de 277 millions d’euros des exportations.

En plus d’une situation économique morose, l’Europe fait face à la crise des flux des réfugiés de guerres. Quel est l’impact de cette crise sur votre économie et vos investissements étrangers, y compris en Algérie ?

C’est vrai. En ce moment, nous assistons au plus importants flux des réfugiés convergeant vers l’Europe. Ce phénomène est toujours présent, notamment, depuis la guerre mondiale. L’Autriche a reçu pour ces derniers mois plus de 80 000 réfugiés. Bien que les citoyens soient accueillants, rien n’empêche que ce phénomène constitue un problème pour les pays transitoires et les pays où ces réfugiés souhaitent s’installer, à l’instar de l’Autriche, l’Allemagne et plusieurs autres pays européens. Pour nous, ce n’est plus une histoire de problème, mais c’est un défi qu’il faut relever ensemble pour trouver des solutions. Si nous parlions de l’Algérie, nous allons voir que c’est un pays qui fait beaucoup pour les pays en guerre. L’Algérie a beaucoup fait pour rétablir la stabilité au Mali et en Lybie.

Face à ce flux, l’Autriche essaie de trouver des solutions à commencer par des logements pour les héberger et les intégrer sur le marché du travail et économique. Il ne faut pas les négliger mais les intégrer sur le marché pour éviter beaucoup de problèmes. Nous allons lancer, parallèlement, des programmes d’embauche pour les réfugiés et ainsi profiter de leurs compétences qui constituent une valeur ajoutée pour nous. Il faut reconnaître que cette crise va influer sur notre budget mais il faut savoir gérer. Cette crise n’impacte pas la volonté de nos investisseurs et de notre pays pour venir investir en Algérie, bien que le climat des affaires, ces derniers temps, en Algérie soit instable  pour plusieurs raisons, à l’instar de la dévaluation du dinar. Mais nous pensons que le climat des affaires en Algérie va s’améliorer davantage, notamment, pour l’investissement.

Faites-vous référence au nouveau code des investissements et que proposez-vous pour assainir le climat des affaires ? 

La potentialité du marché algérien réside dans ses richesses hors hydrocarbures qu’il faut exploiter et nous sommes prêts à contribuer à la diversification de son économie. Le nouveau code des investissements apportera beaucoup d’avantages à l’acte d’investir et c’est rassurant. Nous allons renforcer davantage notre coopération dans les domaines hors hydrocarbure. D’ailleurs, nous avons conclu un projet de jumelage avec l’Algex dans l’objectif de diversification de l’économie algérienne et la formation de ses cadres à l’exportation. Le projet est à 80% d’avancement. Deux délégations d’hommes d’affaires algériennes ont déjà été en Autriche pour leur formation et une troisième délégation de l’Algex est prévue pour février 2016. Je pense qu’au lieu de se focaliser sur l’aspect négatif de la situation actuelle,  il faut se concentrer sur les opportunités. Nous encourageons l’Algérie à faciliter davantage l’accès aux investissements. Le nouveau code des investissements, en attente d’application, apportera beaucoup d’avantages à l’acte d’investir, cependant, l’investissement ne se limite pas à la règle 51/49% mais nécessite plusieurs autres conditions. Pour installer un climat des affaires favorable pour l’investissement, il faut éradiquer la bureaucratie, revoir les procédures douanières et du transfert des capitaux…etc. Si l’Algérie propose un cadre juridique stable, les investisseurs n’hésiteront pas à venir en Algérie. 

Samira Bourbia (L’Eco n°123 / du 16 au 30 novembre 2015)

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