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Willemijn van Haaften, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en Algérie
«La double taxation pénalise les échanges algéro-hollandais» Abonnez-vous au flux RSS des articles

17 mai 2015
10:09
0 commentaire "Nous soutenons fermement l’accession de l’Algérie à l'OMC"

A peine six mois en poste à Alger et, déjà, beaucoup d’idées pour booster le rapprochement entre les deux pays. Son excellence l’ambassadeur des Pays-Bas a eu aussi le temps d’identifier des lacunes comme la double imposition qu’elle considère, dans cette interview, parue dans les colonnes de L’Éco (N° 110 du 16 au 30 avril 2015), comme une entrave au rapprochement entre les opérateurs des deux pays. 

 

L’Eco: Les Pays-Bas étant loin géographiquement de l’Algérie, comment évaluez-vous la situation des échanges économiques entre les deux pays ?

Willemijn van Haaften : Les échanges économiques entre les deux pays deviennent  de plus en plus importants. Entre la période de 2008 à  2014, nous pouvons remarquer qu’il y a une nette progression des échanges entre l’Algérie et les Pays-Bas. Nous sommes le sixième partenaire commercial de l’Algérie par rapport à l’Europe et au monde entier, un résultat que nous considérons comme satisfaisant. Les exportations de l’Algérie vers la Hollande sont nettement plus grandes que les importations. Elles sont constituées en grande partie d’exportations hydrocarbures et sont de l’ordre de 5 milliards de dollars, tandis que les importations sont d’un milliard de dollars, alors qu’elles étaient moins d’un milliard en 2012. Cela indique que la balance commerciale est favorable pour l’Algérie.  De notre côté, nous distribuons les hydrocarbures importés vers d’autres pays voisins. L’Algérie exporte aussi d’autres produits hors hydrocarbures vers les Pays-Bas, comme le sucre blanc, les dattes et des boissons. Tandis que les exportations hollandaises vers l’Algérie se constituent de pommes de terre, de semences, des carburants, des huiles de soja, etc... Certes il n’y a pas d’investissements directs des Néerlandais en Algérie, mais nos opérateurs s’intéressent de plus aux partenariats avec leurs homologues algériens.

Malgré le grand potentiel d’investissement existant entre les deux pays, on remarque que les Pays-Bas arrivent loin dernière plusieurs pays européens en termes d’échange ?

Nous sommes un petit pays, dont l’économie est fondée sur l’activité des PME qui représente les ¾ de tissu économique, soit 75% des entreprises. Ces petites entreprises n’ont pas la possibilité financière d’investir de grandes sommes à l’étranger, elles se limitent en grande partie à des échanges commerciaux. En comparant avec les autres pays européens, nous ne sommes pas un pays industrialisé, ce qui explique l’absence des grands investissements comme les Algériens le désirent. Cependant, ce qu’il faut signaler, c’est que ces entreprises fournissent plus de la moitié des emplois et de la valeur ajoutée aux Pays-Bas. Chez nous, les PME sont le moteur de l’économie. Ce qui sera intéressant pour l’Algérie, ce n’est pas uniquement l’installation des investissements, bien qu’ils soient indispensables pour le développement de son économie, mais le développement des échanges commerciaux aussi, qui créent des emplois et de la valeur ajoutée à travers notamment l’activité de la transformation et le réseau de distribution. Ce n’est pas en mesurant les investissements directs étrangers « IDE » qu’on peut créer de la valeur ajoutée, et c’est la même chose chez les investisseurs néerlandais qui veulent eux aussi créer des emplois et s’installer à long terme en Algérie. Un objectif qui peut se réaliser petit à petit en commençant d’abord par les premiers contacts direct entre les citoyens et les investisseurs des deux pays.

Quels sont, selon vous, les secteurs dans lesquels il peut y avoir de la coopération ?

Il existe plusieurs secteurs où le potentiel de partenariat est important. Nous en avons dans le domaine maritime et portuaire, avec l’entreprise Damen qui est le quatrième partenaire de l’Algérie dans le secteur surtout que le marché algérien lui propose du potentiel. Dans le secteur agricole, nous sommes les premiers fournisseurs de la pomme de terre et de la semence de l’Algérie qui est aussi notre deuxième client dans ce domaine. Pour ce qui est des autres secteurs, il existe un réel potentiel pour développer des partenariats notamment dans l’énergie fossile, les énergies renouvelables et l’environnement ainsi que dans l’agroalimentaire.

En termes de climat des affaires, comment les investisseurs  Néerlandais perçoivent- ils le marché algérien ?

Il faut dire que l’Algérie est méconnue des Néerlandais,  ils connaissent beaucoup plus le Maroc et la Tunisie. Aussi, ils sont attentifs aux difficultés d’investissement en Algérie, mais nous savons aussi que des réformes sont en cours dans le sens de faciliter l’investissement, chose que nous soutenons fortement. Par ailleurs, nous travaillons actuellement afin de supprimer la double imposition, ce qui devrait faire de l’Algérie un marché plus attractif pour les Néerlandais. Nous encourageons aussi l’investissement dans l’autre sens, car il y a très peu d’Algériens qui investissent aux Pays-Bas.

Quelles sont les démarches à faire, selon vous, afin de booster cette coopération ?

Tous les échanges économiques commencent par les échanges humains. D’ailleurs c’est ce que j’essaye de faire moi et mon équipe pour encourager le contact entre les Algériens et les Néerlandais. Récemment, nous avons reçu la visite de Mme Liliane Ploumene, Ministre du commerce extérieur, elle était accompagnée d’une délégation d’une vingtaine d’hommes d’affaires importants. Ce genre d’échange devra être renforcé afin de tisser davantage de liens. Par ailleurs, la double imposition, imposée des deux côtés, empêche les échanges d’une part comme de l’autre car les entreprises à l’exportation payent chez eux et dans le pays vers lequel elles exportent et actuellement nous travaillons avec le gouvernement algériens afin revoir cette mesure.

L’Algérie répondra prochainement à une série de questions, pour finaliser son adhésion à l’OMC, quelle est la vision des Pays Bas concernant ce sujet ?

Nous soutenons fermement l’accession de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce. Une  chose confirmée par nos deux ministres, celui des affaires étrangères, Bert Koenders, et notre ministre de commerce extérieur, madame Liliane Ploumene, lors de leurs dernières visites respectives en Algérie. Nous pensons qu’il est indispensable qu’un pays grand comme l’Algérie soit un membre de l’OMC.  Nous somme prêts à le soutenir avec tous les moyens, y compris en termes de conseil et ferons en sorte que cette accession intervienne dans les plus brefs délais possibles. Certes l’Algérie sera appelée dans le cadre des négociations à revoir quelques mesures, mais globalement, nous pensons que l’OMC doit avoir un pays comme l’Algérie et nous ferons tout ce que nous pouvons  afin d’aider le gouvernement algérien à réussir cette adhésion prochainement.

Qu’apportera cette adhésion aux deux pays ?

L’adhésion de l’Algérie à l’OMC facilitera les choses concernant les investissements et les échanges économiques. Cette adhésion sera très avantageuse pour les PME au Pays-Bas car elles ont besoin d’un environnement qu’il leur facilite la tâche pour la réalisation des joint-ventures et les échanges financiers, on s’attend à ce que nos échanges puissent facilement augmenter.

L’accord de libre échange avec l’Union Européenne (UE) entrera en vigueur en 2020, quel impact aura-t-il sur les entreprises des deux pays ?

Je suis convaincu que cet accord augmentera les échanges entre les deux parties. Ce qui est important pour l’Algérie, c’est de définir les opportunités sur le marché mondial, ce qui lui permettra de réaliser de la valeur ajoutée. L’économie mondiale ne se fait pas dans des chaînes économiques domestiques, mais dans des chaînes internationales. Car la valeur ajoutée n’est pas comptée uniquement en mesurant la différence entre les importations et les exportations. Nous, aux Pays-Bas, nous importons des produits semi-finis et nous les transformons, ensuite nous les exportons. L’intérêt de l’Algérie est dans son intégration dans l’économie mondiale. Elle est en train de le faire, déjà le seul souhait d’adhérer à l’OMC veut dire clairement que le pays souhaite faire partie de l’économie mondiale.

L’Algérie chapeaute actuellement des négociations de paix pour la crise malienne et       Libyenne, comment votre excellence perçoit-elle l’évolution de la situation dans la région du  Sahel sur le plan politique et sécuritaire ?

 Nous nous inquiétons énormément de cette zone d’instabilité. Nous avons les mêmes inquiétudes que l’Algérie. Bien que l’Algérie soit au premier rang, mais nous aussi en Europe,  cela nous menace. L’Algérie joue un rôle important et déploie des efforts très louables et très importants pour essayer de gérer ce processus en conjonction avec l’Europe et l’ONU. Nous soutenons fortement ces efforts. L’accord de paix final malien dont l’Algérie été le chef de fil des négociations est un travail impressionnant et nous espérons profondément que cet accord de paix soit signé prochainement au Mali par toutes les parties sans exception. Car cet accord ne marque pas la fin d’un processus, mais c’est un début de processus qui doit être mené dans les années prochaines et ce, avec le soutien de la communauté internationale et de l’Algérie. Vous savez aussi que les Pays-Bas sont impliqués au Mali. Nous avons 450 soldats dans les rangs du la MINUSMA et nous sommes au Mali avec un grand programme au développement. Ce qui fait que nous travaillons en étroite collaboration avec l’Algérie dans l’aide à l’instauration de la stabilité dans cette zone. Ce que j’ai à dire, c’est que vous pouvez être très fiers de votre diplomatie qui a pu rassembler sur une table tous ces groupes, car l’effort est considérable avec la communauté internationale, et je considère que l’Algérie a pris la place qu’elle mérite toute en mettant en valeur sa place diplomatique.   

Concernant la Lybie, c’est la même chose, l’Algérie joue un rôle important, comme pays voisin, et elle travaille étroitement avec l’ONU et son émissaire, Bernardino Leon. Là aussi, nous remarquons le savoir-faire et le professionnalisme de la diplomatie algérienne en pleine fonction. A propos de ce conflit, les Pays-Bas font leur possible pour aider l’Algérie dans cette crise, soit en tant que pays ou bien à travers l’UE. Lors de sa dernière visite, le MAE hollandais, Bert Koenders, a affiché son soutien à son homologue Ramtane Lamamra, lui qui connaît bien les conflits au Sahel et qui apprécie ses efforts.  Nous espérons que les choses avanceront de la même manière que les Maliens pour le dialogue libyen et que les négociations aboutiront rapidement à un accord de paix.

Excellence, revenons à vous, qu’appréciez-vous en Algérie depuis votre arrivée ?

Je suis en Algérie depuis 6 mois. C’est un pays magnifique, la largeur du pays, la diversité des ses zones, des paysages et des gens. Je n’ai pas encore assez voyagé. Mais je suis très impressionnée par la générosité des Algériens, leur accueil. Je ne vous cache pas que je me sens très à l’aise et c’est très agréable. J’encourage les Néerlandais à venir ici, c’est très important d’avoir des contacts directs entre les deux peuples. Je fais de mon mieux pour faciliter les échanges des étudiants, des entreprises. Je suis fière du fait qu’il y a deux ministres néerlandais qui sont venus cette année et cela a commencé par la visite du ministre Lamamra à La Haye en septembre dernier et durant cette année il y aura encore plusieurs échanges.

Pouvez-vous nous nous éclaircir à propos de la relation de la couleur orange avec les Pays-Bas alors que c’est une couleur qui ne se trouve pas dans le drapeau?

(Large sourire) C’est une couleur qui a été ramenée au Pays-Bas par la famille Royale qui s’appelait Orange, c’est une couleur qui est depuis associée à la famille royale, certes elle n’est pas présente dans le drapeau, mais elle est affichée dans les fêtes royales, il va de soi que notre équipe de football est habillée en orange. 

Khelifa Litamine

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