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Kébé Kante, Directeur-Adjoint de Cabinet du Ministre du Commerce de la Côte-d’Ivoire
"La coopération Sud-Sud est l'avenir de notre développement" Abonnez-vous au flux RSS des articles

24 oct. 2015
09:28
0 commentaire 100 000 euros d’échanges seulement en 2014

Rencontré en marge des « Rencontres sur l’export », organisées par Algerian For Events Export Er’rowed (AFEEE) et Algex, le Dr. Kébé Kante était enthousiaste à l’idée de renforcer la coopération Sud-Sud, c’est même « l'avenir de notre développement car il y a vraiment une complémentarité entre l’Algérie et la Côte d’Ivoire ». Ce fut l’occasion de lancer un appel aux opérateurs économiques algériens à s’installer dans son pays. Il explique, dans cette interview, la nécessité de réduire de l’influence des intermédiaires en privilégiant l’investissement direct.  

 

L'Eco: Vous êtes venus en Algérie pour assister à l’inauguration du comptoir algéro-ivoirien installé à Sétif. Pouvez-vous nous parler un peu de cet événement?

Kébé Kante: C'est une initiative algéro-ivoirienne qui a été réalisée lors de la foire internationale d'Abidjan, plusieurs entreprises algériennes ont pris part à ce rendez-vous, à l’image de l’entreprise Algerian For Events and Export Er Rowed (AFEEE). L'Algérie était l’invitée d'honneur de cette édition. En marge de cet événement, il y avait des opérateurs algériens qui ont pris contact avec la Fédération ivoirienne des Commerçants (FENACCI) afin de redynamiser les relations économiques entre nos deux pays et mettre ainsi un comptoir algéro-ivoirien à Alger et en Côte d'Ivoire. Aujourd’hui, nous sommes dans la première phase de l'installation du comptoir Algéro-ivoirien en Algérie et ma présence, ici, n'est que pour soutenir cette initiative.

Puisque l’Algérie et la Côte-d’Ivoire sont des forces économiques régionales, pouvez-vous nous dire quel est le volume des échanges entre les deux pays?

A vrai dire, les échanges entre nos deux pays sont vraiment dérisoires et sont estimés à moins de 100 000 euros durant l'année passée. Une réalité amère pour deux forces économiques africaines qui ont pourtant un grand potentiel d'investissement. Notre pays, par exemple, possède un potentiel important, le taux de croissance réel a atteint 9% en 2014. Nous exportons beaucoup de produits que l’Algérie importe des pays étrangers notamment le cacao, or, gaz naturel, noix de cajou…. Et nous importons également plusieurs produits que l’Algérie exporte, à savoir le pétrole, biens d’équipement, produits alimentaires…etc. Maintenant, il faut réfléchir comment accroître ces échanges et faire connaître nos deux pays à nos opérateurs économiques. D'ailleurs, moi-même, j'ai fait une présentation sur les potentialités d'investissement en Côte-d'Ivoire.

Si les échanges entre les deux pays sont très faibles, comment peut-on changer cette réalité?

Sur le plan politique, nos relations sont très bonnes mais sur le plan économique, c'est vraiment dérisoire et ce, malgré le grand potentiel et les liens qui existent entre les deux pays. La ligne aérienne entre Alger et Abidjan aurait pu faciliter les échanges et les contacts qui demeurent très faibles. Ainsi, pour changer cette situation, il faut être très concret et présenter directement aux investisseurs le potentiel d'investissement qui existe dans les deux pays. Il faut, aussi, que ces opérateurs prennent l'initiative d'aller sur le terrain pour voir, eux-mêmes, cette réalité et essayer de redynamiser les relations entre les deux pays.

Je dirais aussi que les accords de coopération commerciale entre nos deux pays datent de 1992 et 1993, donc ils sont tellement vieux que nous devons les amender et les réviser afin de permettre la redynamisation des relations entre l'Algérie et la Côte-d'Ivoire.

 D’après-vous, comment peut-on redynamiser les échanges entre les deux pays?

Je peux dire que ce sont les hommes qui font de la politique. Nous avons de la chance, nous, Algériens et Ivoiriens, d'avoir des responsables très dynamiques. L'ambassadeur de l'Algérie en Côte-d'Ivoire a tracé une stratégie de redynamisation des échanges commerciaux et augmenter leur volume et notre ambassadeur en Algérie est, également, partant dans cette stratégie. Ce genre de responsables qui ont des forces motrices, pour moi, peuvent pousser les opérateurs économiques à aller sur le terrain pour voir de près le potentiel qui existe dans nos deux pays. Enfin, je peux dire que seules les actions concrètes encouragent l'accroissement des relations et des échanges. Ceci est aussi le vœu de nos chefs d'Etats. D'ailleurs, le président de la Côte-d'Ivoire se prépare pour une visite officielle en Algérie, sur invitation de son homologue algérien, dont la date n'est pas encore fixée mais probablement en début de l'année prochaine.

Ne croyez-vous pas que cette initiative va déranger quelques puissances économiques installées dans votre pays?

Non, absolument pas ! Il faut savoir que nous avons des cadres de coopération et nous appartenons également à des organisations régionales (CDEAO, UA....). Ainsi je peux vous dire que nous n’attendons pas des directives de la part des étrangers pour instaurer nos relations, mais c'est à nous même de chercher à développer nos partenariats. La coopération Sud-Sud est l'avenir de notre développement car il y a vraiment une complémentarité entre les deux pays. Réunissons nos connaissances pour créer des synergies réelles qui visent le développement et le bonheur de nos deux peuples.

Parlons de la coopération Sud-Sud, comment peut-on réaliser une intégration africaine?

L'intégration dont vous parlez, se fera non seulement politiquement mais aussi économiquement. Ceci deviendra une réalité le jour où les pays africains développeront leurs infrastructures pour se connecter entre eux-mêmes. Ainsi, les barrières vont être supprimées. Aujourd’hui, c'est plus facile de commercer avec les USA, la Chine, les pays européens que de commercer avec un pays voisin. Ce que je peux redire, c'est que l'intégration africaine peut se faire que si nous développons nos infrastructures.

Quels sont les obstacles de la réussite de cette coopération positive?

Il existe plusieurs obstacles, à savoir les coûts de transports, le manque des infrastructures et ce, faute de l'absence de compagnies maritimes africaines. Il existe aussi des monopoles que nous devrions combattre et y faire face. Moi, ce que je peux dire, c'est d'éviter les intermédiaires qui sont à l’origine de la hausse des prix de tous les produits. D'ailleurs, lors de ma rencontre avec des opérateurs économiques algériens, je leur ai dit d'aller en Côte-d'Ivoire pour s'installer afin d’exporter directement vers l'Algérie et éviter ainsi les intermédiaires.

 

Ya-t-il des projets communs entre l'Algérie et la Côte-d'Ivoire dans l'avenir?

C'est ce que nous sommes en train de voir. Cette initiative de la Maison de commerce algéro-ivoirienne, MAIC, n'est qu'une première étape du processus de redynamisation des relations entre les deux pays. Et si les opérateurs algériens décident eux-mêmes de créer une dynamique et mieux explorer le marché ivoirien et vice versa, qui devra être bilatérale, ce sera une bonne avancée pour nos relations. Je dirais aussi que les Algériens peuvent utiliser l'ancrage marocain au niveau des banques installées en Côte-d'Ivoire, en attendant la venue des banques algériennes qui vont peut-être s'installer dans notre pays.

Vous parlez des banques marocaines pour le transfert des dividendes, parlez-nous en davantage?

La Côte-d'Ivoire, pour votre connaissance, est une économie libérale possédant 25 banques, 1 établissement financier et plus de 30  compagnies d’assurances. Ainsi, notre pays occupe une place financière concurrentielle qui a porté la majorité des crédits distribués à l’économie au sein de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA l’UEMOA) dont elle est le leader et accueille aussi les 4 institutions bancaires de l’Union Monétaire et la Bourse des Valeurs Mobilières, qui constitue la première au monde de bourse transnationale. Le code des investissements autorise les investisseurs installés en Côte-d'Ivoire à rapatrier leurs dividendes facilement. Je peux vous confirmer qu’il n'y a pas de contrôle de change des monnaies dans notre pays. Ce sont quelques avantages que la Côte-d'Ivoire offre aux investisseurs qui peuvent activer à travers la région du CEDEAO qui comporte 16 pays.

Les Algériens qui veulent exporter vers votre pays se plaignent de la hausse des taxes exigées par vos douanes. Comment expliquez-vous cela?                                                                                                                           

Oui, certes, ce que vous dites est juste, mais il est praticable seulement sur certains produits. Mais aujourd’hui, en Côte-d'Ivoire, nous sommes en train de réfléchir comment amender ces textes fiscaux. D'ailleurs, mon ministre, qui était dans le secteur privé avant d'être nommé à la tête du ministère du Commerce, est conscient de toutes les entraves et les lenteurs qui existent. Ainsi, il a initié la mise en place d'une commission de réflexion sur la réforme fiscale qui a déposé les recommandations en attendant son application par le nouveau gouvernement qui sera désigné. Aujourd’hui, notre pays a commencé à appliquer des réductions et même des suppressions de taxes sur quelques produits importés à l’instar du matériel informatique.

Un dernier mot à dire ...                                                                

Je tiens à lancer un appel à tous les opérateurs économiques algériens afin d'agir sur le terrain car, avec des actes concrets, nous pouvons redynamiser le commerce entre les deux destinations. La Côte-d’Ivoire est l’un des pays les plus prospères de la sous-région, avec une économie libérale caractérisée par, notamment, le dynamisme de son secteur agricole, la diversification de sa jeune industrie, l’augmentation de sa production gazière et minière ainsi que d’importants investissements dans la téléphonie mobile.

Noreddine Izouaouen (L’Eco n°120 / du 1er au 15 octobre 2015)

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