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Carin Wall, Ambassadeur de Suède à Alger
"Ce n’est pas facile d’investir en Algérie" Abonnez-vous au flux RSS des articles

07 nov. 2015
11:42
0 commentaire "Nous essayons de nous focaliser sur la promotion des exportations"

Son excellence, Carin Wall, Ambassadeur de Suède à Alger, aspire à porter la coopération économique algéro-suédoise vers de nouveaux seuils en favorisant le transfert technologique et l’innovation. Les TIC, la gestion intelligente des services publics et la santé sont, en effet, d’un partenariat bilatéral pragmatique et mutuellement profitable.

 

 

L’Eco : Pourriez-vous nous présenter l’historique des relations algéro-suédoises ?

Carin Wall : Le premier contact entre l’Algérie et la Suède n’était pas très positif. C’était au 17e siècle lorsque des matelots suédois ont été capturés et pris en otage par les corsaires algériens. Heureusement qu’ils n’étaient pas très nombreux, mais le gouvernement suédois a quand même envoyé des missions pour le rachat de ces matelots. Ensuite, et au début du 18e siècle, les deux parties ont fait un effort établir des relations commerciales surtout que les navires suédois avaient besoin d’un libre passage pour leurs marchandises.

Donc, on a négocié et conclu un traité pour des relations amicales incluant en particulier un libre passage pour les navires suédois et un libre accès aux ports algériens. Le traité a été signé en 1729 et on a installé en même temps un consulat qui était, d’ailleurs, la première représentation de notre pays en dehors de l’Europe. Ce traité a permis de développer le commerce. Les Suédois vendaient des bateaux, de la poudre et des balles à canons, et à l’époque, l’Algérie était exportatrice vers l’Europe de céréales, de miel, donc il y avait un échange important entre les deux pays et qui a continué jusqu’à l’occupation française en 1830. Les contacts ont été repris entre l’Algérie indépendante et la Suède et ce, en particulier à travers notre ancien Premier ministre, Olof Palm, venu à Alger comme représentant du gouvernement suédois pour la célébration de l’indépendance de l’Algérie en 1962. Il était jeune et il n’était pas encore membre du gouvernement.

A l’occasion de sa première visite en Algérie, M. Palm a rencontré un autre jeune responsable algérien qui n’était autre que le ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdelaziz Bouteflika. Ces deux hommes ont gardé  contact et ont développé leur amitié. M. Palm venait après plusieurs fois en Algérie pour des visites officielles et privées. M. Palm est aussi revenu en 1974 pour le 20e anniversaire de la révolution algérienne en tant que Premier ministre, alors que sa dernière visite était en 1985, soit un an avant son assassinat dans une rue à Stockholm. Olof Palm a, en effet, joué un rôle très important pour approfondir les relations avec l’Algérie indépendante. Et je pense que, pour lui, l’Algérie était le cas qui l’a réveillé pour militer pour l’indépendance des anciennes colonies en Afrique mais aussi dans les autres continents et aussi c’est le cas de l’Algérie qui a attiré son attention sur les problèmes de pauvreté et c’est pour cela qu’il a mobilisé une aide pour l’Algérie suite à sa première visite. Suite à l’indépendance de l’Algérie il y a eu, donc, un approfondissement et un élargissement des relations politiques, économiques, commerciales et culturelles.

Quelle est votre appréciation pour le niveau actuel des relations économiques et des échanges commerciaux entre les deux pays ?

Je pense qu’il y a toujours un potentiel et nous essayons de nous focaliser sur la promotion des exportations en collaboration avec le conseil suédois pour la promotion des exportations et des investissements à l’étranger (Business Sweden) qui a un représentant placé ici à Alger.

Nous travaillons en étroite collaboration avec cet organisme détenu par l’Etat et des entreprises suédoises. Nous essayons dans ce cadre d’organiser des séminaires avec un accent particulier sur les produits et services offerts par les opérateurs suédois. Il y a aussi un axe lié sur l’élargissement des échanges en amenant des experts de notre pays notamment dans les secteurs des TIC et de la santé dans lequel un accord a été conclu entre les deux pays pour l’acquisition d’équipements destinés au traitement des cancers permettant une meilleure prise en charge des malades. Sur le même chapitre, la société suédo-britannique Astrazeneca compte lancer prochainement la production de traitements anti cancer. Il y a aussi une tâche importante des services de l’ambassade à savoir le développement du commerce extérieur et des exportations suédoises.

On a constaté une augmentation du volume des échanges entre les deux pays même si cela reste moins important par  rapport à d’autres pays. En 2014, les exportations suédoises vers l’Algérie ont atteint 420 millions d’euros avec une croissance constante depuis plusieurs années. Les exportations suédoises sont constituées des bois qui représentent une partie assez importante dans notre commerce extérieur avec l’Algérie.

Par contre, il y a très peu d’exportations algériennes vers la Suède. Ceci s’explique par la proximité de la Norvège qui fournit l’essentiel des besoins de la Suède en énergie. Pour le premier semestre 2015, il y a 25 sociétés suédoises installées en Algérie dont un certain nombre de petites entreprises mais il y en a d’autres de taille plus importante dans la communication à l’image d’Ericsson qui a récemment célébré 40 ans d’existence en Algérie avec une petite usine installée à Tlemcen pour la fabrication de standards téléphoniques et qui sera transformée en une unité de soutien d’Algérie Télécom et des opérateurs de téléphonie mobile . Cette usine emploie actuellement quelque 600 personnes, ce qui n’est pas négligeable. Elle a accompagné l’Algérie pour l’introduction de la 3G et souhaite aussi accompagner pour la 4G. Mais il y a aussi la possibilité d’utiliser les applications des TIC dans d’autres domaines comme améliorer l’efficacité des services publics de l’eau, de l’électricité et du gaz à travers les smart grid et travailler avec d’autres entreprises ou institutions publiques.

D’autre part, nous avons organisé l’année dernière un séminaire dans ce sens avec tous les organismes publics impliqués comme le contrôle du trafic routier au niveau de l’autoroute est-ouest. Nous avons aussi organisé un autre séminaire sur la 3G avec le ministère des PTIC. Il y a aussi d’autres entreprises suédoises dans leurs domaines comme les médicaments avec Astrazeneca qui a conclu récemment un accord avec le groupe privé algérien Hasnaoui pour la production de médicament ou encore ABB qui travaille avec Sonatrach pour la mise en place d’une fabrication de transformateurs de distribution de l’énergie électrique.

Comment voyez-vous les perspectives de la coopération économique entre les deux pays ?

Nous avons choisi un certain nombre de domaines, nous avons aussi invité le ministre de l’Industrie et des Mines pour visiter la Suède et il a accepté. Il a, d’ailleurs, passé huit mois à Stockholm quand il était étudiant.  Je pense qu’avec M. Bouchouareb, on va continuer les discussions pour développer les relations économiques entre l’Algérie et la Suède. D’autre part, nous comptons organiser une journée nationale de la Suède en Algérie l’année prochaine pour montrer les avancées de la Suède en matière d’innovation et de l’entreprenariat, le souci étant de montrer le rôle de l’innovation dans la modernisation de notre société. C’est une possibilité pour faire plus connaître notre pays auprès des Algériens et de présenter nos solutions dans différents domaines.

Avec la baisse continue des cours mondiaux de pétrole, l’économie algérienne est confrontée aux défis du maintien de la croissance et de la diversification des recettes. Comment la Suède pourrait-elle accompagner l’Algérie pour relever ces défis ?

Les investissements productifs font partie du soutien à la diversification de l’économie algérienne et je pense qu’il va falloir faire face à ce défi. Mais peut-être que les autorités algériennes n’ont pas senti la nécessité d’y travailler plus efficacement et de mettre des mesures pour faciliter cette diversification comme l’encouragement des investissements directs étrangers. Il faut le reconnaître, ce n’est pas facile d’investir en Algérie aujourd’hui en raison de la bureaucratie et d’autres obstacles. C’est un message commun partagé par un nombre de pays. L’allègement de ces obstacles devrait permettre d’augmenter les IDE et d’assurer un meilleur transfert de technologie et de savoir-faire pour pouvoir soutenir la production algérienne et la diversification de l’économie.

Par ailleurs, je me pose toujours cette question : pourquoi ne pas développer aussi l’agriculture ? D’autant plus que l’Algérie dispose de tous les atouts nécessaires (terres, eau,), je pense donc qu’il y a un important potentiel pour développer ce secteur qui pourrait substituer aux importations alimentaires.

L’Algérie a connu une évolution appréciable dans le domaine des TIC, notamment avec l’introduction et le déploiement à grande échelle de la 3G. Selon vous, est-ce que l’Algérie sera en mesure de maintenir ce rythme de développement, et est-ce que les compagnies suédoises pourraient accompagner cette évolution ?

La ministre des PTIC a reconnu que la performance des acteurs de la 3G n’est pas tout à fait efficace pour l’instant malgré le potentiel existant et la demande très forte notamment pour les services 4G fixe que l’opérateur Algérie Télécom n’arrive pas à satisfaire. Elle a aussi fait remarquer qu’il n’y a pas de couverture suffisante à travers le territoire national des services de 3G.  Il faut le reconnaître quand même, l’Algérie est parmi les derniers pays dans le monde à avoir introduit la 3G. J’étais ambassadeur au Mali et il y avait la 3G alors qu’en Algérie, il n’y avait pas. Je pense qu’il faut accélérer parce que les TIC constituent une source de croissance et c’est important pour les entreprises et pour l’amélioration de leur efficacité.

Youcef Abbas (L’Eco n°121 / du 16 au 31 octobre 2015)

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