jeudi 21 septembre 2017 Recevez l’actualité par courriel ou flux RSS

Samir Oumata, PDG de Eter Algérie
«Nous tablons sur une croissance de 75,89 % en 2014» Abonnez-vous au flux RSS des articles

22 avril 2014
11:15
0 commentaire Samir Oumata, Pdg de l'entreprise

Déficitaire depuis plusieurs années, l’entreprise publique Eter Algérie a été privatisée en 2007 afin de tenter de la redresser, raison pour laquelle l’actionnaire italien a fait appel à un expert algérien dans le domaine capable de relancer l’activité en berne de l’entreprise.  Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°86 / du 15 au 31 mars), Samir Oumata, Pdg de l’entreprise, depuis plus d’une année, nous explique sa nouvelle stratégie de redressement s’étalant sur une période de cinq années.   

 

L’Eco : l’entreprise Eter Algérie vient juste de reprendre ses activités. Comment avez-vous affronté la crise?

Samir Oumata : Eter Algérie est une entreprise publique sise à Guelma, créée en 1972 et mise en service par les Chinois. Avec le temps, cette entreprise est devenue déficitaire et l’Etat était dans l’obligation de la liquider. Unique producteur de la porcelaine en Algérie, l’entreprise  a été privatisée en 2007. Elle fabrique des produits réfractaires et calorifuges, des céramiques sanitaires pour l'industrie et le bâtiment ainsi que la vaisselle en poterie fine, en céramique ou en porcelaine. L’entreprise est détenue majoritairement par un industriel algérien, en actionnariat avec Eter Italia ainsi que le fond national de l’investissement. Nous sommes en négociation avec ce fond en vue de sa prise de participation dans notre société par le biais d’une augmentation du capital social. Une option pour renforcer les fonds propres de l’entreprise. Également, aménager un atelier de production de produits réfractaires pressés (une usine complètement neuve). Pour sortir de la crise, nous avons fixé des objectifs, à savoir, l’augmentation de la production afin de couvrir la demande nationale et exporter vers l’étranger. D’autre part, nous venons de signer un important partenariat avec la société italienne Galassia spécialisée dans l’industrie sanitaire. Afin de renforcer la production, nous allons adopter des plans rigoureux et ce, par ordre de priorités, à commencer par  le renforcement du service marketing en créant un showroom à Alger afin de nous rapprocher du client. Renforcer aussi, le réseau de distribution avec des agents locaux représentant l’entreprise. Il faut savoir gérer et responsabiliser ses employés, entre autres.

Quels sont les véritables problèmes que vous avez détectés depuis que vous êtes à la tête de l’entreprise ?

Redresser les entreprises en difficultés est ma mission. Cependant, c’est la première fois que je le fais en Algérie. J’y reviens  après 25 ans d’absence. J’ai accepté le défi tout en sachant que l’entreprise cumule une dette de 600 millions de dinars. Je dirige cette entreprise depuis plus d’une année. A mon arrivée, l’entreprise était en dépôt de bilan et à l’abandon. Le risque était à prendre, vu que j’ai passé plus de 20 ans à secourir des entreprises en détresse à travers le monde. Parmi les conditions du rachat, il fallait investir 3 millions d’euros en quatre ans, garder l’effectif et développer l’entreprise. Ils ont respecté les conditions et investi près de 4 millions d’euros, bien que tout ce temps l’entreprise demeurait à l’arrêt.  Les Italiens ont créé un nouveau réfractaire (inerte et pressé) en Algérie. Malheureusement les Italiens, en dépit de leurs efforts, étaient confrontés à une multitude de problèmes. Bien qu’Eter Algérie soit unique producteur de porcelaine sur le marché national, les problèmes de commercialisation de ses produits étaient de taille. Avec l’ouverture du marché, les problèmes se sont aggravés et ont renversé l’activité de l’entreprise. La concurrence étrangère a laminé la production nationale.

Vous avez passé plus de 20 ans à secourir les entreprises étrangères en détresse. Quelle est votre stratégie de redressement de Eter Algérie?

L’entreprise a souffert. Mais depuis une année, les choses s’améliorent. Aujourd’hui, nous avons réussi à installer un climat de stabilité et rassurant pour les employés. C’est ma première expérience en Algérie. Pour réussir, il existe tous les mécanismes nécessaires, comme la matière première qui se trouve à quelques kilomètres de l’unité de production. Un avantage pour nous. Plusieurs améliorations sont constatées, en 2013, le chiffre d’affaires de Eter Algérie a atteint 432 millions de dinars. Nous pouvons prétendre à une part de marché de 10% se référant à l’évolution du chiffre d’affaires. Nous ambitionnons d’atteindre en 2014, une croissance de 75.89 % par rapport à l’année 2013 et de 94.87 % en 2017.

Notre capacité d’autofinancement permettra de couvrir plus de 50% de nos investissements avec une redistribution des dividendes régulière et certaine. Entre autres, notre trésorerie est capable de couvrir les besoins en exploitation et une partie des investissements.  Cette vision s’étalera sur les 5 ans à venir et elle affichera un bilan positif. Avec le cash-flow réalisé, nous pouvons financer nos investissements en prévision, à l’instar des nouveaux investissements et investissements de remplacement ainsi que le remboursement des prêts par fonds, à moyen terme, et l’amortissement du taux du crédit d’investissement. Ces résultats positifs constitueront en 2015 les fonds propres nominaux et garantiront une rémunération du capital et une bonne redistribution de dividendes en consolidant la pérennité de l’entreprise.

Quant aux prix, ils sont abordables. A titre d’exemple, le coût de la ligne complète de production incluant les frais du transport, du dédouanement et la mise en production est de 850 millions de dinars… Quant à la mise à niveau des ateliers dans l’usine de Guelma, pour loger les matières premières, les équipements, les machines et les produits finis, est évaluée à 100 millions de dinars. Notre production annuelle prévisionnelle est de 250.000 pièces (environ 5000 tonnes), réalisée avec 130 salariés. Le récapitulatif du chiffre d’affaires annuel prévisionnel comprend le coût de la production, estimé à 300 millions de dinars, ainsi que la vente sur le marché national de 150.000 pièces (60% de la production), soit environ 400 millions de dinars.

Quel constat faites-vous aujourd’hui de l’entreprise algérienne et que faut-il changer pour qu’elle réussisse ?

La politique de l’Algérien aujourd’hui n’est plus la même que celle d’il y a 30 ans. Les gens cherchent le gain facile passant par la sous-traitance, la manipulation commerciale et l’informel. Il y a la politique de l’assistanat des jeunes qui handicape l’évolution de la compétence qualifiée. D’autre part, tant qu’il y a le marché parallèle et l’absence de circuits organisés, l’économie algérienne n’évoluera pas. La solution pour faire face à ces fléaux socio-économiques est d’abord de libérer le dinar pour en faire une monnaie convertible. Il faut créer des bureaux de changes légaux et non des bureaux de changes illégaux en plein air. C’est un atout même pour l’état qui pourrait récupérer ses impôts et l’argent dans les circuits.

Il faut, aussi, changer cette vision paradoxale du pays. L’Algérie recèle des richesses humaines et naturelles inépuisables pour réussir. Cependant, elle n’exploite même pas 5% de ce potentiel réel. Les entreprises comme EterAlgérie sont légions. La situation de ces entreprises s’est aggravée avec le départ des anciens cadres à la retraite, les seuls détenteurs du savoir-faire dans la fabrication de la porcelaine. Ma politique à moi est de rappeler les anciens retraités afin de former les jeunes employés et les initier à ce métier.

D’ailleurs, j’ai signé un contrat avec le centre de formation de Guelma pour former les employés de EterAlgérie  techniquement et de récupérer les métiers qui ont disparu. Notre pôle de formation est vraiment exemplaire, aujourd’hui. L’université de la recherche scientifique de Guelma possède un matériel de recherche très avancé et sophistiqué. Donc, nous avons créé un conseil scientifique au niveau de l’usine qui regroupe deux de nos collaborateurs avec deux autres collaborateurs de l’université. Nous avons signé des contrats avec ces laboratoires pour exploiter ce matériel. Sans oublier que le travail collectif et la communication sont indispensables pour la réussite d’une entreprise. 

Samira Bourbia

Sur le même sujet
22mars 2016

Le matériel du complexe céramique de Guelma vendu aux enchères

13avril 2015

Walid Mehadjri, Représentant de l’entreprise NAAS Kamel & Associés «Il est indispensable de renforcer le partenariat local»

19févr. 2015

Karim Barr, Président-directeur général de EPE/SPA E.SAI «Il faut revoir la gestion des entreprises publiques»

Votre commentaire

Inscrivez-vous  ou  connectez-vous  afin de pouvoir laisser un commentaire.