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Kamal Kheffache, expert en compétitivité des entreprises
«Nos entreprises n’ont pas une vision lointaine» Abonnez-vous au flux RSS des articles

18 juin 2014
08:28
0 commentaire M.Kamal Kheffache

Le conseiller en compétitivité internationale des entreprises, Kamal Kheffache, a fait savoir dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°89 / du 16 au 31 mai 2014) que le programme national de la mise à niveau, prévu dans le quinquennal 2010/2014, n’a pas atteint ses objectifs. Seul un tiers des entreprises, du nombre souhaité, ont bénéficié de ce programme. 

 

L’Eco : Comment qualifiez-vous la situation de l’entreprenariat en Algérie ?  

Kamal Kheffache : L'Algérie reste à la traîne en matière de développement de l'entreprenariat. L’entrepreneur doit avoir une idée ou un projet. Avant de concrétiser le projet, l’entrepreneur doit passer par plusieurs phases. Il faut, au moins, une étude de marché, une étude de fusibilité et un business plan. L’entreprenariat est une activité qui consiste à réunir un certain nombre de conditions qui permettra à l’entreprise de démarrer sur des assises solides pour, à l’avenir, assurer sa croissance et se développer. Si on revient sur le contexte de l'entreprenariat en Algérie, on constate que, mis à part quelques entrepreneurs qui maitrisent de tous ses aspects, la majorité, ce sont des personnes qui possèdent de l’argent ou bien ils comptent sur d’autres personnes. Il y a des opportunités et ces personnes en profitent. L’entreprenariat, c’est toute une culture et un ensemble de compétences et connaissances nécessaires pour mener à bien son projet.

Le climat des affaires est une donnée primordiale pour la dynamique du développement des entreprises. Quel est le constat actuel de notre pays ? 

Il faut que l’entrepreneur soit déjà en mesure d’entreprendre. Une autre condition, même s’il a des compétences et des capacités pour entreprendre, il est indispensable de mettre en place une entreprise dans un environnement favorable et sain. Le climat des affaires est aussi important et plus que primordial.  Si le climat est favorable, évidement le projet va réussir. Et si le climat n’est pas favorable, le projet peut ne pas réussir sauf si la personne qui se lance dans le projet, est un véritable entrepreneur qui va essayer de s’adapter à cet environnement pour mener son projet à terme.

Par contre si l’entrepreneur ne s’est pas préparé et s’il ya des contraintes de l’environnement, l’entreprise ne pourra pas continuer à avancer. L’entreprise est le levier de la croissance d’une économie. S’il ya des entreprises fiables, évidemment l’Etat est là pour créer ce climat favorable et permettre à ces entreprises de se développer et créer de la richesse.

L’Etat a intérêt à mettre toutes les conditions nécessaires pour que ces entreprises publiques et privées réussissent.  Dans notre pays, il y a le secteur privé qui investit et il ya aussi le secteur public récemment, puisque l’Etat a des réserves monétaires qui permettent de développer les entreprises existantes ou bien de créer carrément de nouvelles entreprises. Mais, dans tous les cas, pour qu’une entreprise se développe, il lui faut un climat favorable, c'est-à-dire tout ce qui touche à l’entreprise, notamment la disponibilité du foncier. Il est indispensable de préparer des assiettes prêtes à accueillir des projets.

Tous ces efforts, que vous avez cités, ont été pris en compte par les pouvoirs publics, mais les contraintes persistent toujours. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, le souci majeur des entrepreneurs en Algérie c’est bien le foncier. C’est vrai qu’il y a un organisme dédié pour régler ce problème : l’ANIREF qui gère le patrimoine industriel. Mais les assiettes disponibles ne contiennent pas toutes les conditions nécessaires pour accueillir les entreprises. Donc, ils préfèrent payer plus, parce qu’il y a aussi la question du temps.

Selon le recensement économique, mené par l’ONS, la majorité des entreprises nationales sont de petite taille. Peut-on savoir quelle est la place de ces entreprises dans l’économie nationale ?

D’après les chiffres officiels, il existe plus d’un million d’entreprises actives en Algérie. Parmi ces entreprises, 90% sont des petites entreprises qui emploient entre 15 et 20 personnes. Évidement, une économie ne va pas se construire sur la base des toutes petites entreprises. Un tissu économique constitué notamment des petites entreprises ne sera pas solide. Nous sommes dans un monde qui a évolué et le problème de ces entreprises, c’est qu’elles ne se développent pas. Ce sont des petites entreprises familiales qui restent petites et la plupart n’ont pas une vision lointaine. Et quand on ne développe pas la structure et on ne s’ouvre pas, on reste petit alors que nous sommes dans la mondialisation et nous avons des entreprises étrangères qui viennent s’installer chez nous, donc ces entreprises ne peuvent pas faire face à cette compétition. Il ne faut pas oublier aussi qu’il ya un autre danger qui est l’importation.  

En tant qu’un expert, comment encourager ces entreprises à devenir grandes ?

D’ abord, il faut mettre en place une stratégie nationale adéquate. Je vous donne l’exemple du programme de la mise à niveau des entreprises qui a été mis en place dans les années 2000 par un organisme de la commission européenne. Cette organisation a proposé à l’Algérie de mettre à niveau les entreprises publiques aux standards internationaux parce qu’elles étaient délaissées. Plus de 1200 entreprises ont été liquidées et plus 360 000 emplois perdus. Il y a eu plusieurs expériences de mise à niveau, mais leurs objectifs n’ont pas été atteints.  Par exemple pour le programme Meda, l’Algérie n’a pas su profiter de l’enveloppe qui a été allouée par la commission européenne. Nous avons utilisé qu’une partie de ce programme et c’est pour ça que, d’ailleurs, il y a eu une rallonge de ce programme.

Ensuite, il y a eu le programme national de mise à niveau avec un budget colossale. Le dispositif n’a pas été assez dynamique, donc l’Etat a revu le processus de ce programme notamment dans le plan quinquennal 2010/2014. Il était question de mettre à niveau 20 000 entreprises pendant cette période. Nous sommes en 2014, bientôt la fin, d’après les dernières informations, les entreprises qui ont bénéficié de cette mise à niveau représentent un tiers du nombre fixé qui est 20 000. D’ailleurs toutes les organisations patronales disent que ce programme de mise à niveau est insuffisant. Ils demandent pour qu’il soit amendé et corrigé pour faire profiter ces entreprises et pour faire cette mise à niveau le plus rapidement possible.

A mon avis, il faut cibler les entreprises. Selon certaines données, ce sont les entreprises qui activent dans le BTPH et les services qui ont bénéficié de ce programme. Nous avons peu d’entreprises qui activent dans le domaine de l’industrie.  Beaucoup d’entreprises aussi ne sont pas convaincues pour émarger ce programme.

Que pensez-vous des dispositifs d’aides à la création d'entreprises, qui ont suscité plusieurs critiques de la part des spécialistes ?

La majorité des 90% de sociétés, recensées par l’ONS, se sont créées dans le cadre des trois dispositifs connus (ENSEJ, CNAC et l’ENGEM). La plupart ne sont pas qualifiées, et ne sont pas prêtes à affronter la concurrence étrangère. Le dispositif lui-même, c’est une bonne initiative de la part de l’Etat. Maintenant, le problème c’est que l’Etat donne des crédits à n’importe qui voulant créer une entreprise. C’est bien d’octroyer des crédits et donner des avantages pour créer des entreprises mais, à mon avis, il y a une étape qui est indispensable : la formation et l’encadrement.

Avant que ces jeunes entrepreneurs se lancent dans l’entreprenariat, ils doivent passer d’abord par un cycle de formation.  Pour créer une entreprise, il faut avoir des compétences dans le domaine. Et aujourd’hui, on peut corriger cette défaillance par la mise en œuvre d’un programme de formation de longue durée et il faut des perfectionnements pour ces jeunes.

Aujourd’hui, la formation est un levier de performance et de développement et de croissance de l’entreprise. Sans formation, créer une entreprise, au départ sans études et sans tenir compte de son environnement ou bien de l’actualisation, c’est une entreprise qui ne va pas aller loin. Donc toutes ces entreprises créées dans le cadre de ce genre de dispositif, s’ils ne vont pas revoir un peu leurs stratégies, risquent chaque jour de disparaître. Les dispositifs doivent être renforcés par d’autres leviers et par d’autres sous dispositifs d’accompagnements. Je peux citer un exemple qui peut être utile, c’est au niveau de Cyberparc de Sidi Abdellah.  Ils ont un dispositif intéressant qui peut donner plus de résultats positifs. Il est mieux organisé et l’entreprise a plus de chances de réussir à mon point de vue.

Malgré le nombre important des entreprises créées en Algérie, il reste insuffisant comparativement avec d’autre pays. Comment expliquez-vous cette situation ?

Si on compare les moyens et les budgets prévus pour les trois dispositifs, avec les résultats de création d’entreprises fiables qui peuvent être compétitives : on peut dire qu’on est loin et nos objectifs n’ont été pas réalisés. Déjà le nombre des entreprises créées est insuffisant. La question qu’il faut poser, c’est que parmi ces entreprises, quelles sont les unités qui peuvent aujourd’hui être performantes et affronter la concurrence ? Je crois qu’elles ne sont pas nombreuses. En plus, il faut dire que le but de ces dispositifs, c’est juste pour aider à créer votre entreprise et pour vous accompagner pour quelques années.

On ne peut pas parler de l’entreprenariat en Algérie sans parler des blocages du système bancaire…

Parmi les contraintes qui peuvent être posées à une entreprise, c’est aussi le problème de financement. Comme dans les autres pays, une entreprise a besoin d’une idée de projet et des moyens financiers nécessaires. Depuis 1997, l’État commence à contribuer et à participer dans le financement avec des taux bonifiés. Il n’y a pas beaucoup de pays qui offrent ces avantages. Mais, à mon avis, il ne suffit pas de donner de l’argent. Il faut que cet argent soit investi et pas dépensé. Je crois qu’il est temps de donner un bilan de trois dispositifs d’aide à la création d’entreprises. Il ne suffit pas de dire que nous avons créé plusieurs entreprises. Il faut parler de ce que ces entreprises ont apporté à l’économie du pays.

Nassima Benarab

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