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Marin Andrijasevic, Ambassadeur de la Croatie en Algérie
«La Croatie est prête à partager son expérience avec l'Algérie» Abonnez-vous au flux RSS des articles

04 oct. 2014
13:40
0 commentaire «Nous pouvons briser des chaînes bureaucratiques dans les deux pays»

La Croatie qui a rejoint l’Union européenne récemment, cherche à tirer profit de l’Accord d’association afin de se repositionner et glaner des parts de marché en Algérie. D’ailleurs Son Excellence l’ambassadeur de la Croatie en Algérie, Marin Andrijasevic, sillonne depuis quelque temps les différentes wilayas du pays pour mettre en évidence le savoir-faire des entreprises croates et les diverses possibilités de partenariat entre les deux pays.

 

L’Eco : La Croatie est un pays qui se situe loin de l'Algérie mais qui semble beaucoup se rapprocher, peut-on connaître les raisons de ce rapprochement, d'ailleurs souhaité de part et d'autre ?

Marin Andrijasevic : Permettez-moi tout d'abord de remercier l'Eco pour l'intérêt qu'il porte à mon pays, d'autant plus que votre magazine traite toujours de sujets qui jouent un rôle primordial dans la vie économique, financière, voire sociétale. Pour répondre à votre question, je ne parlerai pas tant du rapprochement car, par le passé et jusqu'à nos jours, nos relations sont nombreuses et intenses, mais plutôt d'un nouvel élan que les autorités des deux pays veulent apporter à nos relations. De même, la Croatie est, comme l'Algérie, un pays méditerranéen, la même mer baigne nos deux côtes, plus de mille kilomètres chacune, donc nous sommes plutôt votre voisin du nord, avec beaucoup de similitudes et de complémentarités.

Donc, il est tout à fait naturel que nos peuples développent leurs contacts, que les gens de nos deux pays établissent toujours de nouvelles relations (certains se marient et ont des enfants algéro-croates), que nos deux sociétés respectives se redécouvrent perpétuellement. C'est d'ailleurs ce qu’on appelle la dynamique du monde qui bouge. La politique ne fait que traduire cette volonté sociétale en une sorte de plan d'action, alors la diplomatie aide à faciliter sa mise en œuvre.

Quel état des lieux faites-vous de la relation commerciale entre nos deux pays ?

Les excellentes relations politiques, que je qualifierai comme amicales et sincères, ne sont pas suivies par la même intensité de relations commerciales. Et je ne parle pas seulement des échanges commerciaux, c'est-à-dire des achats ou ventes de marchandises, bien que cela soit important pour les deux pays aussi, mais de l'échange de connaissances, d'idées, de savoir-faire dans les différents domaines. En tant que 28ème pays membre de l'Union européenne, nos amis et partenaires européens connaissent bien notre compétence et la plus-value dans certains domaines que nous apportons à toute l'Union ; j'assure quotidiennement mes amis algériens que la Croatie est prête et pleine de volonté à partager cette expérience avec l'Algérie aussi.

Instituts et universités, bureaux et agences d'études, grands groupes et petites et moyennes entreprises en Croatie, ils sont tous ouverts à tout genre de coopération et partenariat. C'est pour cela que j'informe régulièrement les entreprises croates des salons et foires en Algérie et j'espère que, prochainement, nous aurons nos stands aussi lors de ces manifestations. De même, j'invite les opérateurs économiques algériens à se rendre en Croatie et à participer à nos salons et foires qui sont toujours une excellente vitrine pour présenter son potentiel et le meilleur endroit pour conclure de nouvelles coopérations et partenariats, d'autant plus que la Croatie est devenue une véritable porte d'entrée pour l'Europe centrale et de l'Est. Beaucoup de pays du Sud et du Moyen et l'Extrême-Orient l'ont compris.

Que peut apporter l'économie croate à l'Algérie et vice versa ?

L'apport d'un échange, qu'il soit économique ou autre, ne peut être que réciproque, mutuel, je dirais à deux sens. Sinon cela ne marche pas car, dans n'importe quelle relation, les deux parties doivent être engagées et en tirer bénéfice simultanément. Concrètement, l'économie croate peut apporter rigueur, compétence, savoir-faire, organisation, formation, gestion, transfert de technologie aux entreprises algériennes, tout en facilitant et expliquant le grand marché de l'Europe centrale et de l'Est. De même, dans l'autre sens, l'économie algérienne est une source de partenariats pour les entreprises croates qui sont développées et elles sont prêtes à partager leurs technologies compétitives, propres et durables. Comme vous pouvez vous en rendre compte, les enjeux sont grands et importants, d'autant plus que la politique économique algérienne est bien décidée à encourager en force la diversification du tissu productif.

Quels sont les chantiers de coopération existants et ceux qui sont déjà identifiés ?

Ce n'est pas quelque chose d’inattendu étant donné que les Algériens et les Croates se connaissent et coopèrent depuis le temps de la décolonisation et de Tito qui était Croate. Saviez-vous qu'un bon nombre des plus grands ouvrages en Algérie de cette époque a été réalisé par des sociétés croates ?  Autoroutes et routes, ponts, barrages, aéroports, ports maritimes, hôpitaux, hôtels, et j'en passe ! La qualité de leur travail est appréciée aujourd'hui encore, tant d'années après leur construction et bien entendu, nous en sommes fiers. Pour toutes ces raisons, il n'y a rien d'étonnant que, ces derniers temps, nous puissions enregistrer un intérêt accru des entrepreneurs algériens pour les différents partenariats avec les entreprises croates.

A ce jour, un nombre important de sociétés croates est présent en Algérie ou travaille avec les sociétés algériennes ; d'ailleurs, ces jours-ci, d’autres viennent  s'y installer et chercher des partenaires. Cela dit, les demandes et besoins des deux pays sont encore supérieurs à l'état actuel de coopération, donc il y a encore beaucoup de travail à accomplir.

D’ailleurs, au début de cette année 2014, une rencontre de travail de 28 chefs d'entreprises croates avec leurs homologues algériens a été organisée et le fameux B 2 B a eu ses fruits et certains chefs d’entreprises ont trouvé avec succès leurs nouveaux partenaires algériens.

D'autres part, l'ouverture et la volonté du Ministère du Transport, celui des Travaux Publics ainsi que celui des Eaux, mais aussi de la Pêche et du Tourisme témoignent que l'Algérie est réellement décidée à passer à la vitesse supérieure quand il s'agit de la coopération entre les deux pays. A cela, je voudrais ajouter et souligner le grand professionnalisme qui émane de la nouvelle liste des projets industriels de partenariat nés des plans de développement des entreprises publiques économiques du secteur industriel et celui des mines que le Ministère de l'Industrie et des Mines algérien a élaboré et qui s'ajoute à la vivacité de plus en plus grande du secteur privé. Je suis persuadé que tous ces efforts synergiques vont donner un nouveau souffle aux différents types de partenariat entre l'Algérie et la Croatie.

Quels domaines les croates peuvent-ils investir en Algérie ?

Les Croates sont présents dans plusieurs domaines dont l'Algérie en a besoin. Il s’agit notamment de la construction des ports de pêche et de plaisance, la construction et réparation des bateaux, l’aménagement et la gestion du littoral. Plusieurs entreprises algériennes sont intéressées en ce moment par la possibilité de s'associer aux entreprises croates dans le domaine de la pêche et l'aquaculture.  Il existe, aussi, maintes possibilités de coopération dans le domaine du tourisme, de la formation en passant par la construction et l'organisation jusqu'à la gestion des complexes touristiques au bord de la mer, mais aussi dans le sud algérien, sans oublier le tourisme thermal et médical. Les agences de voyages des deux pays sont intéressées à envoyer nos compatriotes et les vôtres dans nos pays respectifs.

Comme vous voyez, les idées et les possibilités ne manquent pas. Nous maîtrisons d'autres domaines : la construction des logements mais aussi des  hôpitaux, théâtres, terrains de sport et piscines, la rénovation des bâtiments anciens. Les entreprises croates sont aussi connues pour leur grande maîtrise de construction de ponts et tunnels, de transformateurs et de production de l'électricité, de l'hydraulique et de forages, de l'isolation cathodique, de l'industrie pétrolière et des mines, de chemins de fer, de la pharmaceutique et de produits hospitaliers, de la mécanique, des systèmes d'irrigation, des systèmes d'assainissement, de la sidérurgie et l’agro-alimentaire, plus de 50 entreprises croates sont dotées du « certificat halal » par le grand mufti de Zagreb.

Nous pouvons ainsi briser certaines « chaînes bureaucratiques » dans les deux pays. Je pense surtout aux accords que nous n'avons pas signés, entre autres, celui de l'annulation  de la double imposition, au sujet de laquelle de nombreux entrepreneurs algériens et croates m’interpellent presque quotidiennement. Mais la volonté politique est au rendez-vous dans les deux pays et cela me paraît primordial pour laisser aux opérateurs économiques des deux pays, la liberté de développer et de prouver leur compétence, pour le bien et des Algériens et des Croates.

Comment vos hommes d'affaires apprécient-ils la règle 49/51 relative à l'investissement en Algérie?

Par rapport à la règle 49/51 relative à l'investissement des entreprises étrangères dans votre pays, je dois dire d'abord que l'Etat algérien est absolument souverain et par conséquent, autonome dans l'établissement de ses lois que les citoyens algériens et non-algériens doivent appliquer et respecter. Dans le domaine des lois qui régissent l'économie d'un pays, il y a toujours deux forces contradictoires : celle qui permet le libre développement économique pour créer de nouvelles valeurs et, grâce à cela, de nouveaux emplois et celle qui veille à ce que les nouvelles valeurs ne soient pas éloignées de ceux qui les produisent. D'une manière générale, l'interdiction n'est jamais la meilleure solution, surtout quand d'autres moyens existent, par exemples fiscaux qui, dans certains pays, arrivent à réguler ce paradoxe. Il est vrai qu'il n'y a pas de solution unique mais, d'après ce que je lis dans la presse algérienne, le gouvernement cherche à améliorer cette loi et le climat des affaires en général, tout en gardant, ce qui me paraît tout à fait normal, certains domaines économiques clefs pour l'Algérie en dehors des changements éventuels.

 L'Algérie n'a pas appliqué les tarifs préférentiels sur vos produits, comment avez-vous géré cela ?

Le problème que vous venez d'évoquer est résolu et c'est le principal. En fait, il ne s'agissait pas du problème entre la Croatie et l'Algérie, mais entre l'Union européenne et l'Algérie. La Croatie, c'est-à-dire les entreprises croates n'étaient que des « victimes collatérales ». L'Union européenne et tous ses états-membres, donc la Croatie aussi, sont toujours prêts et ouverts, d'ailleurs c'est prévu même par écrit dans l'Accord d'association, à toute discussion et amélioration des solutions préalablement trouvées dès qu'une des deux parties le souhaite. L'intérêt de l'Union européenne et de l'Algérie est que cela reste ainsi. De toute façon, les amis arrivent toujours à s'entendre et à trouver les bonnes solutions.

Vous arrivez dans l'Union européenne au moment où les choses se compliquent pour l'Union, dette, crise financière et maintenant embargo, comment expliquez-vous cette adhésion et quel est l'intérêt ?

Il faut souligner que ce n'est pas parce que certains problèmes existent qu'on doit  résister ou fuir. Au contraire ! C'est ensemble, dans le respect mutuel, dans le dialogue, que nous devons trouver les bonnes solutions dont j'ai parlées dans la réponse précédente. De plus, l'Union européenne est le destin naturel de la Croatie et du peuple croate, car nous sommes Européens et nous partageons toutes les valeurs que promeut l'Union européenne et nous en sommes fiers. Si on était Asiatiques, la question se poserait, mais nous sommes Européens qui avons, en tant que Croates, appartenu au IXème siècle au royaume de Charlemagne, ce qui, pour les historiens, signifie et explique sûrement beaucoup de choses. D'ailleurs, un de vos ministres, qui a honoré la célébration que nous avons organisée en l'honneur de l'adhésion de la Croatie à l'Union européenne l'année dernière, a dit une vérité toute simple, je cite de mémoire : « Vous êtes revenus là où vous étiez toujours ! » Eh oui, c'est tout simple.

Une dernière question, les Croates connaissent-ils l'Algérie ?

Bien sûr, pas assez ! D'ailleurs c'est la même chose pour les Algériens envers les Croates. Personne ne peut dire qu'il connaît assez l'autre, on apprend et on se découvre toute la vie. Cela vaut non seulement pour les peuples, mais pour les individus aussi, n'est-ce pas ? Et c'est cela qui nous pousse à agir, à s'investir, à s'ouvrir. Comme je l'avais dit plus haut, toujours dans les deux sens. Et c'est mon rôle ici, pour le bien de la Croatie et de l'Algérie !

Noreddine Izouaouen (L’Éco n°96, du 16 au 30 septembre 2014)

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