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Karim Barr, Président-directeur général de EPE/SPA E.SAI
«Il faut revoir la gestion des entreprises publiques» Abonnez-vous au flux RSS des articles

19 févr. 2015
10:04
1 commentaire "Nos parts de marché s’évaluent à 70%"

Existant depuis 1955, l’entreprise publique de prestations d’isolation industrielle, baptisée E.SAI, a fait l’objet de plusieurs opérations de restructuration et de reconfiguration à ce jour, mais sans grand résultat. Aujourd’hui, cette entreprise essaie de s’imposer face à ses concurrents à travers l’adoption d’un système de gestion efficace de ses projets et personnels. Cependant, ces rouages de gestion des entreprises étatiques représentent une contrainte majeure qui les empêchent d’émerger, indique M. Karim Barr, PDG de E.SAI, dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°105 / du 1er au 15 février 2015).

 

L’Eco : L’entreprise publique E.SAI figure parmi les rares entreprises étatiques qui ont survécu aux opérations de privatisation et de scission. Pouvez-vous nous apprendre plus sur son évolution depuis ?

Karim Barr : E.SAI est une entreprise publique économique et société par actions, spécialisée dans les services et activités d’isolation. L’entreprise représente un héritage de l’époque coloniale de 1955. Avant de se spécialiser dans les prestations de services et d’isolation industrielle, l’entreprise activait dans la fabrication du plâtre. Après plusieurs opérations de reconfiguration et la privatisation des entreprises publiques en difficulté, l’entreprise devient une société par action et garde toujours son statut d’entreprise publique économique rattachée à la société de gestion par action, centre d’un capital social de 150 millions de dinars. Aujourd’hui, l’entreprise se classe parmi les premières entreprises publiques spécialisées dans les prestations de services du bâtiment et des produits d’isolation.

Nous intervenons dans plusieurs domaines comme l’utilisation de produits d’isolation des centrales électriques, les complexes pétrochimiques, les raffineries, les briqueteries et les cimenteries. Notre mission est d’intervenir dans tous les cadres de l’utilisation d’isolant lors de la construction de ce type d’infrastructures. L’entreprise propose aujourd’hui des produits de grande importance et utilité pour la construction du bâtiment, qui s’adaptent à la modernité des équipements et des outils utilisés pour soutenir les différentes structures industrielles. C’est un créneau porteur qui nous a permis de promouvoir notre classement sur le marché de prestations de service et d’isolation industrielle car le marché n’a pas encore débouché sur ce type de services, proposé par trois ou quatre entreprises seulement. Nos parts de marché s’évaluent d’ailleurs jusqu’à 70%, ce qui nous encourage à améliorer nos offres sur le marché, notamment industriel. Nous œuvrons toujours de façon à développer notre entreprise à travers l’offre d’autres services, comme la location des équipements de l’échafaudage. C’est un nouveau service que nous mettons à la disposition des clients.

Quelle est votre stratégie managériale soutenant l’évolution de l’entreprise, notamment sous l’effet de la concurrence du privé ? 

Afin de développer nos offres sur le marché, nous nous concentrons davantage sur les techniques d’innovation de nos concepts sur le marché. La stratégie managériale doit s’inspirer de la politique de l’entreprise et ses objectifs, à court et à moyen termes. Notre équipe représente une compétence qualifiée dans le domaine de management et réfléchit à la façon d’aborder le marché algérien, en dépit du changement et du durcissement du climat des affaires qui obéit aux données du marché mondial. Nous nous adaptons à la conjoncture sans pour autant sortir de notre créneau, car nous ne pouvons pas nous isoler des autres opérateurs et activités si nous ne pouvons pas faire face aux temps de crises ou à la concurrence.

A titre d’illustration, nous ne pouvons pas nous lancer dans une nouvelle activité si elle ne figure pas parmi nos priorités et, surtout, dans notre politique de développement de l’entreprise. En plus de réaliser des équipements d’isolation du bâtiment, nous nous intéressons de manière globale au développement du bâtiment. Il y a une certaine complémentarité des deux secteurs. Sans l’existence des entreprises de constructions, nous ne pouvons pas réellement survivre car nos solutions sont proposées, particulièrement, au bâtiment et, notamment, aux constructions industrielles. Cela nous permet, entre autres, de travailler avec des fournisseurs étrangers et nationaux. Egalement, une manière d’encourager les entrepreneurs nationaux dans leur activité. Donc, pour élaborer une bonne stratégie managériale, il faut avoir les bons éléments et les instruments capables de détecter les besoins du marché en la matière et étudier la demande avec une vision optimale. En ce qui nous concerne, nous préférons nous occuper de nos marchés que faire de la commercialisation et nous voulons garder notre clientèle. Nous pouvons citer parmi celle-ci, Sonatrach, Sonelgaz, Samsung, SNC Lavalin…. Nous travaillons avec eux soit par commande ou par recommandation. Les deux méthodes de travail sont bénéfiques pour nous.

Que pensez-vous, justement, de l’attribution des projets de marchés publics de gré à gré ?  

Qu’on attribue un projet de travaux publics de gré à gré pour des entreprises publiques, je ne vois pas d’inconvénients mais je ne vois pas l’utilité de le faire avec des entreprises étrangères. Mais, avec le temps, c’est devenu une pratique comme toutes les autres, notamment après l’assouplissement et l’amendement du code des marchés en 2010. Il a apporté des révisions et modifications qui s’adaptent à la conjoncture institutionnelle et économique du pays. C’est vrai que le code des marchés publics accorde plus d’avantages au public, mais ce n’est pas une raison pour penser que le privé est discrédité car il évolue dans un marché libre et indépendant, financièrement. Il n’a pas de comptes à rendre à des SGP, comme notre cas.

Le nouveau projet de reconfiguration des entreprises publiques, prévu à partir de 2015, consiste également en la cession des SGP. Que sera le sort de l’E.SAI désormais ?

C’est une décision qui a été faite après une longue réflexion du gouvernement. Donc, nous ne pouvons qu’obéir à cette donne. Peut-être que la reconfiguration et la restructuration des entreprises publiques en groupements industriels constitueraient une alternative pour mieux développer le secteur public. Notre sort sera défini à l’avenir par le type de regroupement des entreprises que décidera le ministère de la tutelle car, après la disparition des SGP, nous allons dépendre directement des ministères en charge de l’activité. Cependant, je pense que l’objectif de l’Etat est de renforcer la position de l’entreprise publique en déclin face à l’entreprise privée. Outre, le gestionnaire pourrait profiter de certaines libertés dans l’accomplissement de son travail. La dépénalisation de l’acte de gestion sera bénéfique pour l’entreprise publique qui est souvent sous pression. Par ailleurs, si l’acte de gestion est dépénalisé, les salariés ou les cadres-dirigeants vont bénéficier, également, d’une revalorisation salariale qui est un moyen très efficace pour motiver et encourager les employés à être plus productifs. Il faut savoir que dépendre des SGP n’est pas toujours profitable pour nous car nous avons des petits budgets qui n’arrivent pas à couvrir le financement de nos projets, sans oublier la partie dédiée aux charges fixes, charges variables et au fisc. Des charges importantes et qui ne font qu’augmenter et affaiblir notre capacité à entreprendre des investissements. Ces déséquilibres doivent être corrigés pour récupérer l’entreprise publique et l’assainir de façon à la rendre plus rentable.  

Samira Bourbia

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Commentaires

20 Fév 2015
SLIMAN 16h33

Comment affirmer que l’objectif de l’Etat est de renforcer la position de l’entreprise publique en déclin face à l’entreprise privée, alors que seules des mesures d’ordre purement bureaucratique ont été prises à ce jour ???? N’a t-on jamais montré une volonté claire de développer les pratiques managériales en vue d’accroître la productivité des entreprises publiques ???? A n’en pas douter, ceux qui décident du sort des moyens publics d’étude et de réalisation n’ont jamais exercé les fonctions de chefs d’entreprises, et je n’en veux pour preuve que le fait de voir d’excellents managers ayant fait leurs preuves au sein d’entreprises publiques et qui croupissent à l’ombre par la volonté du pouvoir !!!!! Comme tout le reste, ces "planqués" ont beau jeu de faire ce qu’ils veulent avec les deniers publics, en raison de l’absence d’un contre-pouvoir ou d’une institution judiciaire qui viendrait les rappeler à l’ordre …. Mon Dieu, quel gâchis !.....

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