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Abid Boutkhil, PDG de l’entreprise publique Sotrefit Tiaret
«Nous sommes face à une situation épouvantable» Abonnez-vous au flux RSS des articles

15 févr. 2015
11:07
2 commentaires «Notre entreprise n’a jamais tourné H24 depuis 1990»

En dépit du grand chantier de l’habitat, la société de tréfilage de Tiaret (Sotrefit), filiale du groupe TPL, n’a pas réussi à décrocher un marché pour la construction de logements avec le panneau tridimensionnel E3/D qu’elle fabrique depuis 1990. Au moment où le ministère de l’Habitat a applaudi la création d’une autre entreprise mixte algéro-italienne de fabrication de panneaux 3D, l’entreprise nationale est à l’agonie et risque de mettre les clés sous le paillasson. Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°104 / du 16 au 31 janvier 2014), son PDG, Mr Abid Boutkhil revient sur les raisons de cette situation.

 

L’Eco : L’entreprise Sotrefit possède une grande expérience en matière de fabrication des panneaux 3D. Pourquoi alors sa commercialisation pose problème ?

Abid Boutkhil : Et pourtant sa création, en 1990, était pour répondre à un besoin pressant en matière de logements et la promotion de ce nouveau produit dans la réalisation de logements. La construction avec le panneau 3D est plus rapide et a montré son efficacité à travers le monde. Maintenant tous les pays ont recours à ce système, entre autres l’Algérie, afin de réaliser un autre modèle de logements différent du système traditionnel. Sotrefit dispose, depuis son démarrage, d’une installation de production de ce produit et elle est opérationnelle jusqu’à ce jour pour satisfaire les petites commandes enregistrées. Cette installation est composée de deux lignes de production dont la capacité peut atteindre, en régime de travail 3x8 continu, 200 000 panneaux par année, soit l’équivalent de 2000 logements de type F3. Nous disposons d’un savoir-faire avéré et d’un personnel expérimenté, mais le manque d’un plan de charge demeure le seul problème.

Pourquoi le marché n’est pas demandeur ?

La construction chez nous se fait généralement avec les matériaux traditionnels comme le parpaing, la brique, etc. C’est une culture de société et notre produit est concurrentiel à ces produits qui demeurent les préférés de notre société. Mais, ce produit est bel et bien commercialisé ailleurs et il n’y a aucune raison pour qu’il ne soit pas vendu. D’ailleurs, la création de notre entreprise était dans le but de construire des logements rapidement pour pallier à la crise. À l’exception de la construction des chalets de Boumerdès, après le séisme de 2013, au nom de l’entreprise Batigec qui a fait appel à nous comme fournisseur de panneaux 3D et les bases de vie de la Sonatrach, les commandes sont devenues rares depuis. Nous avons soumissionné auprès des institutions publiques à maintes reprises pour gagner des marchés mais en vain. L’entreprise n’a jamais tourné H24 depuis 1990 et nous nous retrouvons confrontés à une situation épouvantable. Nous avons même sollicité le Ministre de l’Habitat pour nous insérer dans le programme national de construction lié à ce type de produit et ce, afin de permettre à notre usine d’être utilisée à plein temps, dans le but de faire émerger notre entreprise nationale à caractère public. Malheureusement, nous continuons à travailler avec quelques commandes ponctuelles, émanant surtout du secteur privé.

Comment expliquez-vous la création d’une entreprise mixte algéro-italienne pour la production des panneaux 3D alors que l’entreprise publique se trouve en situation critique ?

Au sein de l’entreprise, les travailleurs s’inquiètent aussi parce que nous  ne voyons pas une part du marché malgré toutes les démarches faites dans ce sens, notamment des structures dépendant du ministère de l’Habitat. Aujourd’hui, notre objectif est d’intégrer le panneau 3D dans le programme de construction d’un million de logements que devait réaliser l’Etat chaque année. Toutes les institutions nationales et administrations locales savent que nous existons. Nous sommes une entreprise publique très connue. Nous avons écrit une lettre à M. le Ministre de l’Habitat pour lui faire part de notre intention. La nouvelle entreprise mixte algero-italienne de fabrication de panneaux 3D,  a été inaugurée par le ministre de l’Habitat. Nous avons salué la décision salvatrice de ce dernier pour la promotion de ce produit. Jusqu’à ce jour, nous n’avons jamais eu de réponse. Pis encore, nous n’avons gagné aucun marché public du secteur de l’habitat. Je ne sais pas si cette nouvelle entreprise va subir le même sort que nous ou elle va bénéficier de cette aubaine émanant du marché ambitieux de la construction, alors que la seule entreprise publique algérienne risque de mettre ses 160 travailleurs à la rue.

Avez-vous répondu aux différentes soumissions et appels d’offres ?

Non, pour la simple raison que tous les cahiers de charge exigent les matériaux classiques. Donc notre entreprise ne répondra pas aux critères demandés. Actuellement, dans tous les pays du monde entier, le panneau 3D est utilisé comme matériaux de construction à l’exception de l’Algérie qui dispose d’une entreprise, dans ce sens, depuis plus de 30 ans alors que ses institutions développent des modèles de logements qu’avec les anciens matériaux. Je me demande si les responsables des dites institutions sont au courant de la modernisation dans ce domaine !!!

Est-ce que le panneau 3D répond aux exigences de la construction ?

Le panneau E3/D a beaucoup d’avantages, entre autres, il permet de réduire les délais de réalisation d’une manière très significative par rapport à la construction traditionnelle. C’est un isolateur thermique et phonique. C’est un matériau léger et antisismique, outre sa facilité d’utilisation. C’est un produit de bonne qualité pouvant répondre à toute forme architecturale, comme la forme arabo-mauresque et d’autres. La réalisation de logements avec le panneau 3D est très rapide. Une exigence sollicitée par les pouvoirs publics pour répondre à la forte demande. Notre produit a été approuvé par des avis techniques auprès des CTC centre/LCTE et CNERIB. Malheureusement ces fiches remontent à l’année 90 et nous ne les avons pas actualisés parce que le marché n’a pas suivi depuis. Nous sommes aussi certifiés ISO 9001 et ISO 14001. Avec les fiches dont Sotrefit dispose,  nous pouvons aller jusqu’à R+3 ou R+4. Et avec notre capacité de fabrication, nous pouvons contribuer avec la réalisation de 2000 logements en panneaux par an. A titre d’exemple, pour un F3, il faut compter 100 à110 panneaux pour le construire.

La construction en panneaux 3D exige-t-elle un savoir-faire ?

Pour pouvoir travailler sur ce produit, qui est le panneau 3D, il faut d’abord savoir l’utiliser. Malheureusement, nos maçons ne sont pas formés en la matière. Une formation, donc, doit accompagner l’installation du panneau. Comme nous sommes fabricants de ce produit, nous sommes intéressés aussi par la formation des jeunes maçons sur sa technicité et son montage. Nous avons réalisé les 118 bungalows du village touristique de  Bouzedjar à Ain Temouchent, pour le compte de l’EURL Mekki Brahim, deux bases de vie pour la Sonatrach, une à Hassi R’mel et l’autre à Kenanda dans la wilaya de Relizane. Nous avons aussi construit le marché couvert de Blida, des villas superposés à Saïda, d’autres villas à Blida et Laghouat pour Algérie Télécom et des logements à Birtouta. Mais nous sommes toujours des sous-traitants pour le compte d’autres entreprises. Nous n’avons jamais gagné un marché au nom de Sotrefit.

Le prix de revient d’une maison à panneau 3D est-il abordable ?

Il y a 5 ans, un privé a fait le calcul pour la réalisation des villas résidentielles à Laghouat. Dans le temps, le m2 construit avec le panneau 3D coûtait 4100 DA, contre 2700 DA le m2 construit avec le traditionnel. Comparativement, notre procédé est un peu cher, mais il y a un gain sur le temps de réalisation, outre les avantages du produit antithermique, antisismique, etc. Aujourd’hui, la construction, ailleurs, s’est développée avec un kit de panneaux, c'est-à-dire en plus de panneaux simples, nous pouvons faire le plancher, le plafond, les escaliers. Et nous avons le plan type d’une maison à usage d’habitation en quelques jours.

 Est-ce vous envisagez un partenariat national ou étranger pour promouvoir votre produit ?

Notre souhait est de créer un groupement d’intérêt commun avec des partenaires intéressants et intéressés, spécialisés dans la réalisation. Nous sommes en phase d’étude d’un partenariat avec Eurl Mekki pour créer une école de formation des maçons sur les techniques du panneau 3D. Chose qui n’est pas programmé dans les centres de formation professionnelle. Je dois vous rappeler également qu’en plus de la maîtrise de production du panneau E3/D, Sotrefit fabrique une gamme de produits variés, destinés essentiellement au bâtiment et l’agriculture tels que les treillis soudés standards et fins ainsi que le fil d’attache, les fils galvanisés et le fil de bottelage. 

Naima Allouche

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Commentaires

16 Fév 2015
jair57 17h06

Tout ce qui importe c'est l'importation.Peut être que maintenant dos au mur ils vont s'occuper de vous

15 Fév 2015
SLIMAN 15h13

Les responsables exerçant au sein du ministère de l’habitat veulent nous faire croire qu'ils sont atteints d’une grave maladie psychique empêchant toute innovation - ou tout progrès - dans l’art de bâtir et que l’on pourrait définir comme une aversion viscérale à tout ce qui N'ENTRE PAS dans ce qu’ils considèrent - secrètement - comme N'ETANT PAS des matériaux et/ou produits locaux ». Un pseudo-patriotisme négativiste qui cache mal des intérêts sordides ..... Et quand vous leur demandez ce qu’ils entendent par « matériaux et/ou produits locaux », c’est le silence radio !!! Une telle situation est d’autant plus grave que ce terme peut présenter des aspects politiques, économiques ou sociaux qu’aucun texte officiel n’a encore décrit. Ainsi, profitant du vide juridique - sans doute voulu - et concernant les « matériaux locaux », nos bureaucrates véreux trouvent toujours un prétexte pour rejeter la production locale et préférer celle importée. On devine pourquoi ……

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