mardi 24 octobre 2017 Recevez l’actualité par courriel ou flux RSS

Bancarisation des fonds informels
Seuls 3,5 milliards de DA collectés depuis le 15 août Abonnez-vous au flux RSS des articles

09 nov. 2015
14:36
0 commentaire Les PDG de la BDL et de la BADR au forum économique d'El Moudjahid

Inédit dans l’histoire de la communication financière. Deux PDG de banques publiques se sont exprimés ensemble au forum économique de notre confrère El Moudjahid.

 

Ce qui n’a pas été sans susciter des interrogations parmi les présents. On l’aura tout de même compris. Depuis le 15 août dernier et en application de la loi de Finances complémentaire pour 2015, les banques et établissements financiers mènent le parcours du combattant afin de collecter de la ressource. C’est ce qu’on a appelé la mise en conformité fiscale volontaire.

Il s’agit en fait de bancariser toute la liquidité qui est hors circuit. En somme récolter l’argent de l’informel. Et pour y arriver, une campagne de communication via des spots publicitaires et présentement en faisant intervenir les premiers responsables des banques a été engagée. Histoire de mieux faire passer la chose en convainquant les détenteurs de capitaux de verser leur argent dans les banques.

Tour à tour Omar Boudieb (PDG du CPA) et Mohammed Krim (PDG de la BADR) ont tenté d’expliquer le bien-fondé de la démarche non sans préciser que la collecte des ressources est l’une des principales missions des banques. Et la disposition de la LFC vient à point nommé. Ils reconnaîtront implicitement quand même que depuis son lancement le dispositif n’a pas connu l’engouement escompté, en dépit de toutes les assurances données par les pouvoirs publics, dont le ministre des Finances. A savoir que ceux des opérateurs activant dans l’informel désirant déposer leurs fonds dans les banques ne se verront pas inquiétés ni par la justice ni par les impôts pour peu qu’ils s’acquittent d’une taxe forfaitaire de 7%. En somme, personne ne leur demandera l’origine de l’argent. Ce qui s’apparente à du blanchiment d’argent.

Toutefois, le PDG de la BADR mettra un peu de bémol en précisant que pour un dépôt de moins de 10.000 DA, on ne demandera rien. En revanche, au-delà de cette somme, nous sommes en droit de nous poser des questions et faire le travail qui le nôtre également, celui de saisir la Cellule de traitement du renseignement financier à travers l’envoi des déclarations de soupçon. » Ce qui vient contredire les déclarations de l’Exécutif, du premier argentier du pays et du président de l’ABEF. Ce d’autant que cette disposition introduite dans la LFC pour 2015 n’en fait pas état.

Invités à donner la plus grosse somme déposée par un seul opérateur, l’on apprendra que pour la BDL le montant versé par un seul opérateur est de 60 millions de dinars, contre 200 millions de dinars versés par un seul opérateur au CPA. Les invités du forum économique d’El Moudjahid expliqueront également que les personnes auxquelles s’adressent les banques pour les convaincre sont identifiées puisqu’inscrites au niveau du CNR. « Nous avons déjà mené des campagnes d’explication au niveau des différentes chambres de commerce à travers le territoire national.» Néanmoins, ce dispositif reste valable pour ceux qui ne sont pas connus. Et parmi lesquels 40 milliards de dollars sont en circulation, c’est-à-dire dans la sphère informelle au sens propre du terme. Avec cette précision que depuis le 15 août, seuls 3,5 milliards de dinars ont été collectés, ce qui est infime.

72% des financements vont à l’investissement

Les surliquidités dans les banques s’amenuisent de l’aveu même du gendarme des banques. Conséquence de la chute brutale des prix du pétrole. Interrogés sur le devenir du financement de l’économie dans un très proche avenir, c’est-à- dire lorsque les liquidités seront taries, le PDG de la BADR s’est voulu rassurant en indiquant que 72% des financements vont à l’investissement, démentant ainsi l’idée selon laquelle les banques n’accompagnent pas les investisseurs. « Pour l’instant, nous avons encore une marge de manœuvre, mais si nous devons manquer de liquidités, nous ferons appel au marché interbancaire. »

En plus, les banques comptent énormément sur la conformité fiscale pour renflouer leurs caisses. Pour l’heure et déclinant le bilan des crédits, les deux responsables ont précisé, se basant sur les statistiques de la Banque d’Algérie de 2014. « Les crédits accordés au secteur privé sont de 3.120 milliards de dinars, soit 48% du total, contre 3.382,9 milliards de dinars (52%). Les crédits à l’immobilier représentent 360 milliards de dinars. Quant aux créances douteuses ou ce qu’on appelle communément les créances non performantes, elles étaient de l’ordre de 9,2% en 2014.

Les deux responsables sont revenus sur la problématique de la monétique, la non centralisation des banques et reconnu le retard criard en la matière. Quand on ne dispose que d’une agence pour 25.000 habitants, l’on ne peut espérer un taux élevé de bancarisation, alors que la norme dans l’Union européenne est de 1 agence pour 2.500 habitants. Et encore moins entrer de plein pied dans le e-paiement et le e-banking.

Faouzia Ababsa

Sur le même sujet
17janv. 2016

Baisse des liquidités dans les banques

24mai 2015

Audition de Mohamed Djellab, ex-administrateur provisoire de la banque «Le sauvetage de Khalifa Bank était impossible»

16nov. 2016

FRR : plus de 17 000 mrds DA de prélèvement en 15 ans

Votre commentaire

Inscrivez-vous  ou  connectez-vous  afin de pouvoir laisser un commentaire.