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Le texte a été adopté hier par l’APN
PLF 2016 : un passage au forceps Abonnez-vous au flux RSS des articles

01 déc. 2015
10:30
Diaporama : il y  a 2 images 0 commentaire L’Assemblée avait les allures d’une arène de la Rome antique

Même si nul ne se faisait d’illusions sur l’issue du vote du projet de la loi de finances 2016, force est de constater que personne ne pouvait prévoir un tel scénario.

 

Il faut, peut-être, remonter au début de la première législature pluraliste en 1997 pour voir ces images de députés vociférant, gesticulant, brandissant des pancartes et scandant des slogans critiquant la Loi de finances, mais aussi «l’oligarchie», obscur conglomérat articulé autour de certains patrons et dirigeants, qualificatif introduit dans le jargon politique algérien par Louisa Hanoune, et certains ministres. Ce lundi l’Assemblée nationale, d’ordinaire engoncée dans la paresse, souvent désertée par les parlementaires, beaucoup plus préoccupés par leurs petites affaires que des soucis du peuple qu’ils sont censés représenter, avait les allures d’une arène de la Rome antique.

Des députés que jusque-là rien ne rapprochait ont réussi à faire cause commune pour protester contre le nouveau texte qui, à leurs yeux, fait la part belle « à l’argent sale et aux hommes d’affaires» et consacre «l’appauvrissement du peuple et l’austérité». Il vise, disent-ils, à abandonner la souveraineté économique du pays d’autant que le contexte économique marqué par une contraction des recettes s’y prête.

Chahut, affrontements, «échanges d’amabilités», l’Assemblée a pendant quelques heures tenté de briser l’unanimisme qui la caractérisait. L’opposition, même si elle est marquée par des divisions, autant idéologiques que politiques, a pour une fois essayé de faire le forcing de faire entendre sa voix même si numériquement elle se savait handicapée face aux parlementaires de la majorité. Il reste que dans son attitude, elle escomptait visiblement à marquer le coup et à prendre à témoin l’opinion. Mais on était loin d’assister à des scènes de révolte, puisque la manifestation ne s’est pas limitée à l’occupation pendant un temps des travées, de la tribune et le pupitre de l’hémicycle, mais s’est poursuivie à l’extérieur où les députés en colère ont exprimé leur rejet du texte et les privatisations.

Le texte est-il porteur à ce point de dangers pour susciter une telle levée de boucliers ou s’agit-il, dans ce climat politique marqué par l’opacité et l’absence de visibilité, d’affaiblir l’exécutif contesté, de susciter l’intérêt de l’opinion plongé dans le renoncement et de se refaire pour les partis contestataires, du moins pour certains d’entre eux, une certaines virginité politique en perspective d’échéances futures ?

«Le texte présenté et voté confirme l’implication des hommes d’affaires et de l’argent sale » dans son élaboration et « consacre la privatisation de l’État après celle du pouvoir », ont réagi les partis contestataires (FJD, PT, FFS et l’AAV). Selon eux, « le PLF 2016 annule le caractère social de l’État et appauvrit le citoyen », tout comme ils dénoncent « l’acte de piraterie commis par la commission des finances qui a réintroduit l’article 71 », un article qui confère des pouvoirs au ministre des Finances pour puiser dans le budget d’un secteur au profit d’un autre en cas de déséquilibres. Aussi la même commission est accusée «d’avoir falsifié certains amendements». «Le pôle du changement se préoccupe des inévitables conséquences de la Loi de Finances 2016, adoptée aujourd’hui et met en garde sur ses effets sur les conditions de vie du citoyen et particulièrement sur les couches les plus défavorisées », soutient, pour sa part, dans un communiqué le Pôle des forces du changement et signé par Ali Benflis.

Pourtant pour le gouvernement, le texte répondait aux impératifs de la conjoncture. Et le FLN et le RND qui ont obéi à la discipline partisane n’ont pas manqué de l’adopter en dépit des incidents. Mais il restera pour l’histoire comme un projet passé aux forceps. L’application de ses dispositions nous dira inexorablement, les prochains mois, qui en définitive avait tort et qui a avait raison.

Sofiane Tiksilt

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