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Sid Ali Boukrami, Professeur d’économie
Les stratégies financières mondiales se font en catimini Abonnez-vous au flux RSS des articles

06 juil. 2014
08:30
0 commentaire Sid Ali Boukrami, professeur d'économie

Le système financier international a de beaux jours encore devant lui, pour cause : il trouve dans les institutions de Bretton Woods  et les grandes banques fédérales, un soutien indéfectible. Sid Ali Boukrami, dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°90, du 1er au 15 juin 2014), parle de mise en œuvre de  stratégies financières, nées de tractations  tacites  relevant de l’informel.  

 

L’Eco : Vous avez affirmé lors du séminaire international sur l’éthique financière tenu à  Koléa que les institutions financières internationales optent pour  des négociations informelles. Qu’entendez-vous par cette affirmation?  

Sid Ali Boukrami : Dans l’économie mondiale actuelle, le mode de régulation a évolué vers l’informel dans la mesure où il n’y a pas de crise de doctrine dominante, mais une crise de la pensée économique. Cela est visible dans le choix du prix Nobel de l’économie de 2013, attribué à deux économistes de doctrines différentes. L’un est un adepte du libéralisme de la liberté du marché et l’autre estime que l’exubérance est irrationnelle. En fait, l’orthodoxie budgétaire est de plus en plus abandonnée, je vous rappelle que les règles de gestion budgétaires fixent un maximum convenu à 60% du PIB maintenant, avec les nouvelles  thèses, l’on est passé à 80% du PIB. Preuve que nous sommes devenus plus laxistes, car l’idée de croissance est d’essayer de sauvegarder le système existant par un système d’inflexion. Tout ceci, dans un système informel. C’est-à-dire que les institutions officielles se sont alignées sur les principes de la banque américaine Goldman Suchs, numéro un de la finance américaine. Tous les gérants des grandes institutions financières internationales observent les principes de cette banque. D’ailleurs les gouverneurs des banques centrales de la Grande-Bretagne, de la Chine et la banque centrale européenne, ont une culture financière dominante. Le président de la banque centrale américaine (Fed) s’est réuni avec son homologue de la Chine, cela veut dire qu’il y a beaucoup de régulations qui s’effectuent à travers les non dits et non écrits. Donc les choses ne se passent plus là où nous pensons qu’elles doivent se passer.

Comment les Etats-Unis peuvent-ils influer sur les marchés financiers mondiaux dans ces conditions ?

Les USA produisent 400 milliards m3 de gaz de schiste parce que, pour eux, la croissance est un objectif non négociable.  Ils veulent passer de 2% à 4%, en 2020, par une stratégie qui vise à affaiblir les concurrents comme la Russie. Leur banque centrale, la FED, a décidé de maintenir son taux directeur à zéro 0%, or les responsables précédents de cette banque avaient fixé le taux à 1%  en 2015 et à 2%  en 2016, ce qui influencera largement les prix des hydrocarbures qui peuvent chuter en parallèle.

Dans cette situation, quelles sont les démarches que doit entreprendre l’Algérie pour prévenir contre un éventuel choc étranger ?

L’Algérie a constitué des réserves de change parce qu’elle a tenu compte du coût de l’ajustement structurel des années 1994. Donc là, il s’agit d’une priorité absolue. Il fallait diversifier l’économie avec des transferts sociaux importants qui correspondent à un tiers du PIB. Parallèlement à cela, le problème numéro 1 est le financement de l’investissement qui représente une part importante et entretient le problème de l’affectation optimale des ressources. A cela s’ajoute l’excédent de liquidités de l’économie  qui pose le problème  de la définition du marché monétaire, aux taux d’intérêt du marché ainsi que le taux de change. L’Algérie, sur ce point, est très originale. En tant que pays pétrolier, elle doit garder sa valeur  non pas dans la  production, mais dans ce qui est résiduel, car le pouvoir de négociation se base sur l’amont pétrolier, plus on va  vers l’aval,  plus le pouvoir de négociation s’affaiblit. 

Khelifa Litamine

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