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Industries des fertilisants
Une lutte féroce en perspective Abonnez-vous au flux RSS des articles

13 nov. 2014
09:39
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L’Algérie est appelée, avec l’entrée en production des trois complexes d’ammoniac et d’urée d’Arzew, à renforcer considérablement sa place dans un proche avenir sur le marché international du fait de la hausse de la consommation mondiale de ces deux produits. 

 

En effet, pour l’ammoniac, une consommation record de près de 148 millions de tonnes a été enregistrée en 2006. Les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe (principal client de l’Algérie) restent sans conteste les plus grands consommateurs. A eux seuls, ils ont des besoins actuels estimés à plus de 30 millions de Tonnes Métriques (TM) dont 9 millions leur sont fournis principalement par la Russie et l’Ukraine. Cette demande va s’accroître compte tenu des besoins des pays émergents tels que la Chine, l’Inde et le Brésil, pour ne citer que ceux-là.

Pour ce qui est de l’urée, considérée par les spécialistes comme étant le produit phare des engrais azotés qui a supplanté toutes les autres formules, sa consommation a plus que quadruplé depuis les années 1970. Elle a atteint 134,68 millions de tonnes en 2006. Les capacités de production mondiale sont, de ce fait, appelées, elles aussi, à augmenter pour être ramenées à 161 millions de Tonnes Métriques en 2008 et à 173 millions de TM, quatre ans plus tard.

En somme, les perspectives pour le marché mondial des fertilisants dénotent que la demande sera, de très loin, plus forte que l’offre. Les faits générateurs de cette situation sont, selon eux, multiples. Ils se rapportent essentiellement aux : délestage et fermeture de plusieurs usines de production (aux USA et en Europe) dus à la hausse des prix du gaz naturel (matière première de base), l’augmentation du taux démographique de la population mondiale, l’intensification de la production agro-industrielle et la croissance de la demande des bio fuels.

Des projets tout azimut

C’est dans ce contexte que l’Algérie a lancé en partenariat, sous l’ère de l’ancien ministre de l’énergie et des mines Chakib Khelil, plusieurs projets de production de fertilisants qui, à terme, se livreront une lutte sans merci pour asseoir leur mainmise sur le marché mondial des fertilisants. C’est d’ailleurs en perspective de ces joutes que Fertial, issue d’une joint-venture entre Asmidal (filiale à 100% de Sonatrach) et l’espagnol Villar Mir, a passé au début du mois de septembre en cours un contrat de modernisation avec la firme américaine KBR, spécialisée en ingénierie dans le domaine pétrolier et les procédés de synthèse industrielle, pour fournir ses services d’ingénierie en vue de mettre à niveau les usines d’ammoniac de Annaba et d’Arzew.

Selon les termes du contrat, KBR (ex-Kellogg Brown &Root LLC) fournira à Fertial sa technologie exclusive d’ammoniac afin de lui permettre d’augmenter de manière significative les capacités de production des deux usines, tout en aidant Fertial à accroître l’efficacité énergétique et la fiabilité globale.  Dans ce même ordre d’idées, il est utile de signaler qu’en novembre 2013, le directeur général de Fertial annonçait que le plan d’investissement de la société, arrêté à l’horizon 2020, prévoyait des investissements de 250 millions d’euros entre 2014 et 2018, investissements destinés à la rénovation et la mise à niveau de ses usines. Pour rappel, Fertial détenue à 66% par le groupe Grupo espagnol Villar Mir et à 34% par Asmidal, prévoit aussi de passer d’une production de 1,2 million de tonnes actuellement à 1,8 million de tonnes en 2018.En matière d’exportation, la société des fertilisants d’Algérie mise sur 1,1 million de tonnes à moyen terme contre 730 000 tonnes.

Toujours avec le même espagnol, le vice-président de Sonatrach « activité Aval », de l’époque, Abdelhafid Feghouli, et le président du groupe espagnol Villar Mir, Juan Miguel Villar Mir, ont présidé, le 15 octobre 2008, au siège d’Oran de l’activité Aval, la cérémonie de signature officielle de l’acte de naissance de la joint-venture de création de la société de production et de commercialisation d’ammoniac «El Bahia Fertilizers» d’Arzew qui, selon les déclarations de M. Villar Mir, serait la plus grande usine d’ammoniac au monde.

Le site du complexe s’étalera sur une superficie de 6 ha, dont 4 ha pour les installations de production d’ammoniac et 2 ha pour les utilités. Il devrait avoir une capacité de production de 3 300 t/j, soit plus d’un million de tonnes par an d’ammoniac. Le montage préconisé dans le cadre de ce projet consistait en la création de deux sociétés : JVP (de droit algérien) avec Sonatrach à 49% et Villar Mir avec 51% des actions ; une seconde, JVC Offshore, dont Sonatrach aurait 49% et Villar Mir 51% des actions. Le coût de réalisation de ce complexe avait été évalué à 2,4 milliards de dollars.

Réajustement stratégique

Il convient de rappeler à ce sujet toutes les actions menées pour la réalisation de cette nouvelle usine, dont l’entrée en production était prévue pour 2009 : appels d’offres, réception des offres, négociations et lancement officiel du projet par le président de la République et le roi d’Espagne Juan Carlos, le 15 mars 2007. Mais depuis, rien…. jusqu’au mois d’avril 2014, la compagnie nationale d'hydrocarbures Sonatrach et le groupe espagnol Vilar, partenaires depuis 2005 dans deux unités de production de fertilisants à Annaba et Arzew, ont signé deux accords portant sur le développement de leurs activités en Algérie.

Le premier accord porte sur la révision de certaines dispositions de l'accord de partenariat régissant Fertial, qui visent à "rééquilibrer les intérêts économiques et opérationnels des deux parties". Dans ce conteste, Sonatrach et Villar Mir avaient déjà mené d'intenses négociations pour parvenir à un nouveau contrat de partenariat. Sonatrach avait revendiqué un prix international pour le gaz utilisé dans les unités de production de Fertial, en affirmant que le prix de cette énergie fixé dans l'accord de 2005 n'était pas prévu pour les volumes d’exportation de fertilisants réalisés depuis une année par cette société mixte.Le deuxième accord signé par Sonatrach et Villar Mir porte sur la relance du projet d'El Bahia Fertilizer, qui va produire 1,1 million de tonnes d'ammoniac par an. L'accord va permettre le démarrage effectif d'El Bahia Fertlizer.

Sur un autre registre, la Sonatrach a annoncé, lundi 8 septembre dernier dans un communiqué, avoir signé, le 9 mars 2008 à Alger, avec le groupe omanais Suhail Bahwan Holding Group un avenant à l'accord d'association régissant leur société conjointe Al DjazaïriaAlOmania LilAsmida (AOA) de Mers El Hadjadj. Pour rappel, le projet composé de deux unités de production d’ammoniac de 2 000 tonnes/j chacune et de deux unités d’urée de 3500 tonnes/jour chacune ainsi que toutes les installations d’utilités qui leur sont associées, est prévu dans la zone industrielle d’Arzew à l’est de la centrale électrique de Mers El Hadjadj sur une superficie avoisinant les 90 hectares, il a été confié au consortium japonais Mitsubishi, lors d’une séance d’ouverture des plis commerciaux tenue au siège de l’activité Aval à Oran, pour un montant avoisinant les 2.415.479.000 dollars US.  Après un blocage de plusieurs années,  Sonatrach(49%) et le groupe omanais Suhail Bahwan Holding Group (51%) ont procédé ce lundi 08 septembre 2014 à Alger, à la signature d’un avenant à l’Accord d’Association régissant la Société conjointe Al-DjazaïriaAl OmaniaLilAsmida (AOA).

L’autre projet, actuellement en production, est celui de Sorfert Algérie Spa, détenu à hauteur de 51% par l’égyptien Orascom construction industries et Sonatrach (49%).

En effet, après moult difficultés, le complexe qui, pour rappel, porte sur la réalisation et l’exploitation d’un complexe d’ammoniac et d’urée au niveau de la zone d’Arzew, ainsi que la commercialisation de l’ammoniac et de l’urée sur le marché extérieur, s’étale sur une superficie de  33,73 hectares et une capacité de production d’ammoniac  de 02 modules de 2000 T/J chacun, et 3250 T/J d’Urée. Le complexe qui est entré en production, il y a quelques mois, emploie aujourd’hui plus de 700 agents.

Une position de force

Il est utile cependant de souligner que la société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, a revu tous les accords passés par Chakib Khelil avec ses partenaires étrangers, avec l’espagnol Villar Mir, l’omanais Suhail Bahwan ou l’égyptien Orascom construction industries. En effet, non seulement le montage financier de l’ensemble de ses entités est composé par un consortium de banques algériennes dont la CNEP, la BNA, la BDL, le CPA et la BEA est le chef de fil mais surtout bénéficiant d’un prix du gaz qui, pour rappel, également est fondamental pour cet industrie, défiant tout entendement.

Avec Orascom Construction Industries et Suhail Bahwan Holding Group,  certaines indiscrétions au fait des subtilités de l’accord en question affirment que  «Sonatrach  tente de rectifier les aberrations contenues dans l’accord initial approuvé par l’ex ministre de l’énergie et des mines, Chakib Khelil, qui a accordé le prix du gaz, indispensable pour l’industrie des fertilisants, au prix du gaz domestique.» Le nouvel accord porterait sur une part sur les bénéfices, proportionnelle au volume des ventes pour compenser le prix. »   En somme, selon notre source, « pour régler cette difficile équation, il a été convenu de laisser le prix du gaz tel quel mais que la répartition des bénéfices ne soit plus en fonction des actions des deux partenaires mais proportionnelle aux ventes. En compensation,  Sonatrach aura la plus grosse part des bénéfices compte tenu du prix du gaz justement.»

Saou Boudjemâa (L’Éco n°98 / du 16 au 31 octobre 2014)

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