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Francis Perrin, Expert pétrolier
Les islamistes plombent le marché pétrolier Abonnez-vous au flux RSS des articles

23 nov. 2014
09:31
0 commentaire «50 mille à 100 mille b/j semblent être contrôlés par l’EI»

Ils déversent sur le marché mondial prés de 1,5 million de barils par jour, la contrebande du pétrole, via des réseaux illicites, participe indéniablement à l’effondrement du marché pétrolier en faisant gagner aux fournisseurs/Etat islamique, de la ressource financière lui permettant de s’équiper en armement et tire le prix du baril vers le bas au grand bénéfice des consommateurs qui s’approvisionnent à un prix dérisoire.  C’est du moins ce qui ressort dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (N°99 / du 1er au 15 novembre 2014), avec Francis Perrin, Expert pétrolier.  

 

L’Eco : A combien estimez-vous les ressources pétrolières que contrôle l’État Islamique ?

Francis Perrin : L’estimation est très difficile. On est dans une situation de conflit et on ne peut facilement vérifier les informations sur le terrain. Mais un ordre de grandeur de 50 000 à 100 000 barils par jour de pétrole semble vraisemblable entre la Syrie et l’Irak.

Quelle manne financière les islamistes récoltent-ils de la vente de ce pétrole ?

Là encore, la question n’est pas facile. Notre estimation est que, dans les semaines qui ont précédé la fin septembre - période  à partir de laquelle la coalition dirigée par les Etats-Unis a commencé à bombarder des raffineries dans l’est de la Syrie -, les ventes de pétrole et de produits pétroliers par l’Etat islamique en dehors de sa zone d’influence en Syrie et en Irak, ses exportations, en quelque sorte, devaient atteindre 1,5 million de dollars par jour au moins. Notre évaluation est parmi les plus basses. D’autres sources évoquent des montants de 2 à 3 millions de dollars par jour. Je pense qu’une fourchette entre 1,5 et 3 millions de dollars par jour était assez réaliste jusqu’à la fin septembre. Par contre, il ne faut pas oublier qu’une partie des volumes de produits raffinés que contrôle l’Etat islamique est vendue dans les zones qu’il contrôle.

Comment les islamistes vendent-ils leur pétrole ?

Le pétrole et les produits pétroliers dont dispose l’Etat islamique (EI) sont utilisés pour son effort de guerre (on a toujours besoin de carburants dans un conflit armé) puis vendus, d’abord dans les zones qu’il contrôle puis sur des marchés régionaux, tels que la Syrie, l’Irak, la Turquie ou le Liban principalement. Les produits pétroliers sont plus faciles à commercialiser dans un tel contexte, d’où l’importance des raffineries artisanales qui permettent de transformer le pétrole brut en produits raffinés. Ce n’est pas un hasard si la coalition contre l’EI a cherché à endommager de nombreuses usines de ce type dans l’est de la Syrie à la fin septembre.

Qui achète le pétrole de l’État Islamique ?

Ce groupe a recours à des réseaux de contrebande de pétrole qui disposent de flottes de camions-citernes et qui savent qu’il y a beaucoup d’argent à gagner avec ce genre de business risqué. Ces réseaux ne sont pas nés avec l’Etat islamique (EI), ils existaient bien avant et avaient notamment contribué à l’exportation illégale de pétrole irakien et iranien. Qui dit sanctions dit risques mais aussi de juteux profits car ce genre de produits est vendu à des prix très bas à ces réseaux. L’essentiel pour l’EI est de disposer de recettes en dollars. Beaucoup évoquent également des ventes à la Syrie qui manque cruellement de pétrole et de produits pétroliers en raison de la guerre, des sanctions économiques contre le régime de Bachar Al-Assad, du retrait des compagnies pétrolières étrangères et du fait que l’Etat syrien a perdu le contrôle de zones pétrolières significatives sur son propre territoire.

Mais, Comment ce pétrole est-il commercialisé à travers le monde, direction les États-Unis, l'Europe et aussi en Asie, comme le confirment certains médias ?

Certains médias ont beaucoup évoqué récemment des exportations de pétrole brut vers des marchés lointains comme les Etats-Unis et l’Europe. Au-delà de ces gros titres, on ne dispose pas aujourd’hui d’informations vérifiées sur ce point et il convient de rester très prudent à ce sujet. Il faut garder à l’esprit trois éléments clés : les volumes que peut exporter l’Etat islamique sont très faibles au regard des flux pétroliers habituels (la production pétrolière mondiale est supérieure à 90 millions de barils par jour) ; il est plus facile de commercialiser des produits raffinés que du brut lorsque l’on n’est pas un vendeur ayant pignon sur rue et qu’il faut dissimuler l’origine réelle de sa production ; et l’EI privilégie les marchés régionaux qui lui sont plus accessibles, via les intermédiaires (réseaux de trafic et de contrebande, groupes criminels, hommes d’affaires peu scrupuleux) avec lesquels il est en contact au Moyen-Orient et en Turquie, et moins contrôlés qu’ailleurs. Autrement dit, pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ? Il ne faut donc pas imaginer que le pétrole brut contrôlé par l’EI fait le tour du monde. Cette idée n’a pas grand-chose à voir avec la réalité.

Naïma Kortas

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