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Youcef Yousfi, Ministre de l’Energie
«La situation de nos réserves n’est pas alarmante» Abonnez-vous au flux RSS des articles

02 juin 2014
08:13
0 commentaire Youcef Yousfi, ministre de l’Energie

Serein et mesuré, le ministre de l’énergie Youcef Yousfi  s’est montré, en outre, rassurant, Dans cet entretien, paru dans les colonnes de L’Éco (n°90, du 1er au 15 juin 2014). D’abord en ce qui concerne les réserves et le potentiel énergétique, il considère que, pour de « nombreuses années encore, la sécurité énergétique de l’Algérie est assurée et sa politique d’exportation préservée ». Il l’était aussi vis-à-vis des consommateurs de carburant qui n’ont pas à craindre le renchérissement des prix à la pompe.  

 

L’Eco : Des projections alarmistes font état de l’effondrement des prix du brut pouvant descendre jusqu’à 50 dollars le baril dans quatre ans, quelles sont vos appréciations ?

Youcef Yousfi : Les projections alarmistes, auxquelles vous faites référence, se basent sur des scénarios où l’offre mondiale de pétrole serait abondante, notamment  grâce au développement de la production des gisements d’huiles non conventionnels en Amérique du Nord, alors que la demande mondiale de brut augmenterait à un rythme moins soutenu que prévu, en raison de la mise en œuvre de politiques d’économie et d’efficacité énergétique.

Si de tels scénarios ne sont pas à exclure, leurs concrétisations restent cependant très peu probables à moyen terme.  En effet, non seulement le développement des gisements d’hydrocarbures à travers le monde, aussi bien pour les conventionnels que non-conventionnels, est de plus en plus coûteux, mais les réserves d’hydrocarbures mises en évidence dans de nombreux pays ne pourront pas toutes être mises en production à moyen terme au regard des facteurs techniques de production, des investissements importants nécessaires et de leur rentabilité. Ne parlons pas de difficultés rencontrées par de nombreux pays pour accéder à l’expertise, à la technologie et aux moyens de production  efficients que requiert le développement des nouvelles réserves.

Le marché pétrolier devrait donc, à mon sens, se stabiliser autour de 100 dollars/baril, ce qui constitue un niveau acceptable à court et moyen termes, aussi bien pour les producteurs que pour les consommateurs. Evidemment, des fluctuations de prix ne sont pas à exclure,  sur des périodes de temps plus ou moins longues, mais probablement avec des amplitudes moins fortes. Enfin, je ne parle pas des facteurs géopolitiques dont certains sont, par nature, imprévisibles et qui pourraient, comme par le passé, agir à la baisse sur l’offre disponible et à la hausse sur les prix.   

Est-ce que l’après-pétrole signifie forcément exploitation du gaz de schiste d’autant que vous avez déclaré récemment que nous avons un potentiel au moins comparable aux plus importants gisements américains ?

Pour parler de l’après-pétrole, il faut tout d’abord  parler du pétrole dans notre pays. Comme vous le savez, l’Algérie, membre de l’OPEP et du FPEG, fait partie des pays producteurs d’hydrocarbures et participe pleinement à l’approvisionnement du pays et du marché international.

Au vu de nos réserves actuelles et du potentiel reconnu, je considère que, pour de nombreuses années encore, la sécurité énergétique de l’Algérie est assurée et sa politique d’exportation préservée.

De manière générale, il faut aussi rappeler que le non conventionnel en général représente, à lui seul, un potentiel en ressources de plus de 30 000 milliards de m3 de gaz et de 12 milliards de barils de pétrole, techniquement récupérables. Il serait donc  déraisonnable, voire irresponsable, de ne pas se préparer à l’exploiter.

Mais ces perspectives favorables ne détournent pas le Gouvernement de sa détermination à promouvoir la diversification de l’économie du pays et son développement pour le  sortir de cette dépendance pesante des hydrocarbures.

C’est pour cela que les revenus tirés de l’exportation des hydrocarbures sont destinés en priorité au développement économique  et social du pays.

Pour revenir plus précisément à votre question, le gaz de schiste n’est pas un hydrocarbure nouveau, il n’a aucune particularité par rapport au gaz ou au pétrole que nous utilisons. Quand on évoque le « non conventionnel », ce n’est pas le gaz ou le pétrole qui est visé, c’est la méthode d’extraction. On peut aujourd’hui extraire ces hydrocarbures grâce aux progrès continu des techniques d’exploitation. Les technologies disponibles permettent de surmonter toutes les difficultés liées à leur production. En matière de coûts, je les considère maîtrisables en mettant en place une gestion de projets efficaces, notamment le volet logistique. Je peux vous affirmer que, dans la politique du Gouvernement, l’après pétrole, c’est le développement économique et social du pays pour lui permettre de s’engager d’une manière irréversible dans l’autosuffisance dans tous les domaines : agriculture, industrie …

L’après-pétrole, c’est aussi l’utilisation rationnelle et optimale de toutes nos ressources, notamment les énergies renouvelables, afin de garantir à notre pays son indépendance énergétique pour le long terme.

Toujours dans l’après-pétrole, il y a des experts qui privilégient l’économie hydrogène. Quelle est la part de la réalité dans cela ou est-ce un débat d’école ?

En pratique, il faut s’assurer que les différents processus ne requièrent pas plus d’énergie qu’ils n’en fournissent. Les études récentes indiquent que, compte tenu du progrès technologique actuel, l’économie d’hydrogène consommerait en amont deux tiers de l’énergie produite pour n’en livrer qu’un tiers à l’utilisateur final.

Il n’en demeure pas moins que le développement de cette filière représente la solution idoine pour des applications spécifiques Les projets de voitures électriques, dans certains pays, utilisant la pile à combustible nous renseignent sur les difficultés objectives rencontrées pour le développement de cette technique. La vision d’un monde futur fondé sur l’hydrogène est à mes yeux une option encourageante mais qui reste, de nos jours, au stade de l’expérimentation. Beaucoup d’experts sont sceptiques, quant à la viabilité économique à grande échelle de cette filière, mais les recherches se poursuivent, sans pour autant assurer une solution immédiate à la demande énergétique grandissante du monde. On est donc très loin des promesses de « l’économie hydrogène ».

Certains responsables du secteur évoquent la baisse des réserves de gaz, alors que, durant les années 90, on était arrivés au niveau du début des années 70; êtes-vous d’accord avec cette approche et pourquoi en est-on arrivés à cela ?

La situation des réserves du pays, même si aujourd’hui elle n’est plus celle de 1999 où le niveau des réserves en hydrocarbures était revenu, comme vous le rappelez justement, à celui de 1971, n’est pas aussi alarmante. L’Algérie continue d’honorer le plus normalement ses engagements,  que ce soit pour les besoins du marché national, malgré sa forte croissance, ou pour les marchés à l’exportation. Par ailleurs, grâce à l’augmentation de l’effort d’exploration  et à l’avènement des non conventionnels, je reste très optimiste pour une augmentation substantiel le des réserves récupérables du pays. La politique mise en œuvre pour l’augmentation de l’effort d’exploration donne de très bons résultats, à l’image des découvertes de 2013,  avec de nouvelles réserves permettant de compenser largement les volumes produits durant la même année. L’Algérie dispose d’atouts majeurs : un domaine minier qui reste sous exploré, un offshore encore vierge et un potentiel reconnu pour les non- conventuels, pour assurer son avenir énergétique et disposer de suffisamment de réserves   d’hydrocarbures pour les générations futures.

Si l’Algérie s’est investie dans l’organisation des pays exportateurs de gaz (FPEG), comment peut-on s’accorder sur le prix du gaz sachant que les membres sont des concurrents redoutables de par leurs réserves ?

En effet, le FPEG est constitué de 17 pays membres dont quatre, ayant le statut d’observateurs. Il offre à ses membres un cadre de concertation et de coopération. Il se veut une plate-forme d’échanges, d’expériences visant à améliorer les capacités des pays membres à assurer, d’une manière indépendante et souveraine, un développement efficace et durable de leurs ressources gazières, dans le respect de l’environnement et de la préservation des richesses pour leurs  populations. Il se veut aussi un espace commun pour le développement de la coopération et l’échange de points de vue visant à promouvoir un marché mondial du gaz stable et transparent à long terme sans pour autant interférer dans les politiques commerciales internes aux pays membres ou constituer un cadre d’entente ou de coordination sur les prix.

Le gaz naturel joue un rôle fondamental, non seulement parce qu’il est considéré comme l’énergie fossile la moins polluante, mais aussi en raison de son abondance  et de sa disponibilité. C’est  le rôle du FPEG d’essayer de faire que  le gaz naturel soit mis à la disposition de toutes les populations à des conditions économiques viables et dans le respect de l’environnement. C’est aussi par le dialogue  et la concertation  avec les acteurs institutionnels et les opérateurs économiques des pays consommateurs que les décisions économiques rationnelles et profitables à long terme au développement du marché international seront  prises.

La consommation de l’énergie est certes en nette augmentation, l’Etat ne peut subventionner davantage l’électricité donc il y a une hausse de prix dans l’air, comment va se faire concrètement cette révision du coût de l’électricité ? 

En effet, vous avez raison de le rappeler, la consommation électrique est en nette augmentation depuis quelques années, en puissance et en énergie. Pour être précis, la croissance de puissance appelée est passée d’un taux annuel moyen stable de 5% sur la période 2000/2010 à une croissance à deux chiffres  (11% environ) sur la période 2010/2013. De 10 460 MW en 2013, elle devrait atteindre environ 16 000 MW en 2019 et 22 000 MW en 2023.

Face à cette situation, le gouvernement a engagé un programme d’investissements ambitieux à même de satisfaire la demande attendue. Sur la période 2014-2019, ce n’est pas moins de 18 500 MW (dont 1 700MW en énergie renouvelable) de capacité électrique, 12 000 KM de réseau de transport d’électricité et de 300 postes de transformations, sans compter les milliers de kilomètres de réseaux de transport et distribution d’électricité  et de  gaz qui seront réalisés. 3 000 milliards de dinars seront mobilisés pour assurer l’ensemble des programmes. Vous savez aussi que, bien que les tarifs de l’électricité et du gaz n’aient  pas connu d’augmentation depuis décembre 2005, le développement n’a jamais cessé car il faut répondre a l’accélération de la demande nationale en énergie électrique. 

Dans  le cadre de la mise en œuvre de ce programme considérable, l’Etat a pris les mesures nécessaires  pour le groupe Sonelgaz et ses filiales afin d’atténuer  les effets.

Votre question porte également sur le prix de l’électricité et je peux  vous assurer qu’aucune proposition concernant la hausse de la tarification de  l’énergie n’a été  faite au gouvernement. Ceci dit, les tarifs actuels ne sont pas en ligne avec  la réalité des coûts supportés par Sonelgaz. Le décret de mai 2005, relatif à la régulation des tarifs et à la rémunération des activités de transport, de distribution et de commercialisation de l’électricité  et du gaz, définit les méthodologies  et paramètres servant de base à la révision des tarifs applicables aux clients .Aujourd’hui, cette question n’est pas à l’ordre du jour.

La hausse des importations de carburants a été de 14%, qu’est-ce qui est prévu dans le court terme pour y remédier et est-ce que les prix à la pompe resteront inchangés ?

En ce qui concerne les importations de carburant, elles ont diminué de deux tiers pour 2014, par rapport à 2013 parce que l’ensemble de nos raffineries, à l’exception de celle d’Alger, ont été réhabilitées et elles sont opérationnelles. Donc, nous aurons réduit nos importations encore une fois de 2 tiers d’ici l’année prochaine et, une fois que les travaux de la  raffinerie d’Alger  seront achevés, je pense que la réduction sera  beaucoup plus importante, sachant que nous avons six nouvelles raffineries qui seront lancées. Dans 3 à 4 années, elles seront achevées, et d’ici là, nous aurons un excédent.  La raffinerie de Skikda est réhabilitée et sa capacité de production a été augmentée ainsi que celle d’Arzew. Les deux  sont opérationnelles et fonctionnent parfaitement. Ce qui nous a permis encore une fois de diminuer nos importations durant cette année.  Quant au coût, nous n’avons pas l’intention de revoir les prix de carburant pour le moment.

Où en est-on avec le projet Desertec ?

Il y a beaucoup de paroles mais peu d’actes. Nous avons un programme des énergies renouvelables, d’ici 2030, qui a été lancé et déjà mis en œuvre. La première centrale hybride fonctionne à Hassi R’mel depuis 2011. Cette année, nous allons avoir une autre ferme éolienne   à Adrar qui sera en fonctionnement  avant la fin de ce mois. Nous avons une centrale  photovoltaïque à Ghardia qui va entrer en service dans quelques jours. Elle est expérimentale parce qu’elle a toutes sortes de  technologies photovoltaïques. Nous avons également une trentaine de centrales  solaires qui vont être mises en fonctionnement d’ici la fin de cette année avec une capacité de 400 Mgw.  Le coût  de ces installations est assez important.  Elles seront des grandes centrales photovoltaïques en Algérie et en Afrique.  Nous avons quelques mois de retard malheureusement mais, nous sommes en avance sur les  programmes qui ont été décidés.

Maintenant le marché européen de l’électricité  est toujours fermé. Nous sommes en train d’étudier avec des partenaires, ceux qui veulent investir avec nous. Et le jour où le marché européen s’ouvrira, le jour où on arrivera en partenariat à avoir des connexions entre l’Algérie et l’Europe en matière de l’électricité, on pourra prévoir de l’exportation de l’électricité verte vers l’Europe.   

Vous avez été choisi par le Président de la République pour le poste de Premier ministre, comment appréciez-vous cette expérience ?

J’ai été très honoré d’avoir été désigné par Monsieur le Président de la République pour assurer l’intérim du Premier ministère et j’ai accompli cette tâche dans les meilleures conditions possibles.  

Samira Mana

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