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«Faire des économies: L’Etat doit donner l’exemple» Abonnez-vous au flux RSS des articles

13 févr. 2016
11:03
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Tout en relatant la situation dangereuse de l’économie mondiale engendrée par la dégringolade des prix de pétrole, le professeur Chitour estime que vers la  fin de  2017, le prix de l’or noir grimpera à hauteur de 65 dollars le baril et pour une longue durée. Dès que la machine économique mondiale reprendra, le prix rebondira. 

 

L’Econews : Le prix du baril ne cesse de se dégrader, les analystes et les organismes spécialisés ont des prévisions contradictoires sur l’évolution du marché pétrolier. Quel est votre lecture quant au redressement des cours dans le moyen terme ?

Chems Eddine Chitour :Le marché pétrolier actuel est caractérisé par une production d’environs 94 millions de barils jour.  L’OPEP à elle  seule en produit 32 millions. La demande étant  inférieure à l’offre cela causé la chute des prix. Si la production ne baisse pas les prix du pétrole vont encore dégringoler. S’il n’y a pas d’entente entre l’Iran, l’Arabie Saoudite et  la Russie la situation restera la même. A un moment donné la Russie, qui ne voulait pas discuter avec l’OPEP, est revenu, dernièrement sur sa décision. D’ailleurs, une réunion était prévue pour discuter une éventuelle réduction de la production mondiale à hauteur de 5%. Ils veulent faire passer la  production de 32 millions de barils jour à 30,5 millions, soit 1,5 millions de barils jours au moins. A mon avis, cette diminution ne suffit pas. Ceci ne va pas réguler le marché.

Nous  allons vers l’été, la demande sera moindre. Même chose pour le pétrole de schiste. Les américains continuent de le pomper alors que le prix du pétrole de schiste avoisine les 30 dollars le baril. Ils vendent à perte, tout en sachant que ces pétroles ne seront rentables qu’à partir de 60 dollars. Les prix sont tellement bas qu’un pays comme les Etats Unis d’Amérique a profité de cette situation pour en faire des stocks. En l’espace d’une année, depuis janvier 2015, il a stocké 100 millions de barils. Ils ont eu une stratégie à court et à long terme.  Ils vont les déstocker le moment venu. Ceci veut dire que si par hasard les prix du pétrole flambent, les USA ont garantie leur coussin de sécurité.

Pour stabiliser le marché, je pense qu’il faut  sortir 3 millions de barils du marché et passer à un niveau de production de 29 millions barils jour. En toute rigueur, il est impossible que les Américains travaillent avec des prix aussi bas. La solution viendrait de l’entente avec la Russie, l’Arabie Saoudite et les USA.

La machine de l’économie mondiale est grippée. Elle a besoin d’un prix de pétrole élevé. Nous allons avoir une année 2016 assez délicate. Il faut faire le maximum d’économies. Vers  fin 2017, le prix du pétrole grimpera et va se stabiliser autour de 60 à 65 dollars le baril pendant une longue durée. Ensuite, le prix va regrimper d’une façon brutale. Parce que la machine économique mondiale reprendra de plus bel et, la demande boostée, n’en sera que plus importante.

Dans les modèles énergétiques des années soixante le pétrole n’était pas prépondérant. Nous avons consommé 65% des réserves totales du pétrole du monde en 150 ans. Depuis que le pétrole a commencé la consommation mondiale de pétrole était de l’ordre de  10 millionsde tonnes. La consommation actuelle  avait atteint les 5 milliards de tonnes. Ce qui reste comme pétrole, simplement à raison de 100 millions de barils, nous en avons à peu près pour une trentaine d’années. Ceci ne veut pas dire qu’il n y’aura plus de pétrole. Mais nous assisterons toujours à la présence de petits gisements. C’est assez loin de l’ordre actuel des choses. Avant les énergies fossiles représentaient 90%. En 2005 elles étaient de l’ordre de 85%. En 2030, elles glisseront à 80%. Nous estimons qu’à partir de cette date la dégringolade  va commencer. La chute ne sera que plus terrible. Les réserves du pétrole mondial ne dépasseront pas la quarantaine d’année. Et c’est là où interviendront les énergies renouvelable. Par contre, le charbon, lui, va durer longtemps. Nous en  aurons pour 150 ans. Quant au gaz naturel sa durée de vie est estimée à une soixantaine d’années.

L’Algérie produit actuellement 1 million de barils jour. Le fort taux d’utilisation de cette ressource met en danger certain son développement. Ainsi la consommation intérieure du pays fragilise ce produit. Ce qui veut dire que nous sommes obligés par la force des choses de non seulement consommer mais aussi d’importer. Notre pétrole, qui est le 2ème prix le moins cher au monde, voit la moitié des trois millions de tonnes d’essences importés s’envoler vers les frontières. Ce qui est plus grave encore c’est que l’Algérie a signé des contrats pétroliers qui arrivent à termes. Les acheteurs eux vont réclamer de nouveaux prix. Ce qui veut dire qu’à l’approche des nouveaux contrats les acheteurs vont donc négocier à partir des nouveaux prix.

Pareil pour le gaz naturel des USA, son prix est cinq fois moins cher que celui de l’Algérie. Vous voyez tout de suite la concurrence avec les Américains! Ceci va nous engendrer des pertes importantes sur le marché. Et dans le cas où nous nous alignons avec ces prix nous allons droit vers l’écoulement. Dans des conditions pareilles nous nous trouverons en face d’un sérieux problème à la fois pour le gaz et pour le pétrole. Le problème de l’indexation est posé.

L’Etat  a décidé de réguler un peu la situation en augmentant les prix du carburant. Ceci, certes,  n’est pas suffisant au vue de l’impact non important sur l’économie, mais, du point de vue psychologique, c’est un point de gagné. Ne serait-ce que pour l’impact positif sur le comportement futur des Algériens. La même chose devrait être faite dans plusieurs domaines de sorte à faire comprendre aux Algériens la nécessité de faire coûte que coûte des économies.

Dans l’immédiat, la baisse des cours a un effet négatif incontestablement sur l’économie nationale. Les prix se situent à peine à 30 dollars le baril alors que la base de calcul de la loi de Finances pour 2016 a été de 37 dollars pour le baril. Croyez-vous que les pouvoirs publics ont sous-estimé la situation ?

De mon point de vue, quand la loi de Finance a été faite, en juillet 2015, le prix du pétrole était de 45 dollars. Prenant en considération, ainsi, les prévisions qui disaient que ces prix ne descendront pas au dessous de 43 dollars, c’est  à partir de cela que  le prix du baril a été fixé à 37 dollars. Par contre,  si j’ai à décider une quelconque directive, je le fixerai à 25 dollars.

Pourquoi ? Parce que ce chiffre représente la limite. En fait, il faut prendre en considération tout ce qui a été dépensé en investissement en amont pour sortir ce pétrole et le mettre sur le marché. Il faut inclure, aussi, les charges propres aux équipements, aux experts, aux produits injectés, etc. Car nous ne pouvons pas dépenser plus que nous gagnons.  Il faut réduire le train de vie de l’Etat et faire la chasse au gaspillage. Et c’est à l’Etat de donner l’exemple.

 J’ai proposé à ce que tous les fonctionnaires dont le salaire est de 10 millions, et plus, contribuent à hauteur d’un mois de leur salaire. L’éducation nationale, à titre d’exemple, qui compte recruter 40 000 nouveaux enseignants, pourrait le faire autrement et gagner en économie  et répondre à la demande transitoirement. Actuellement, le secteur compte 500 000 enseignants. Si chaque enseignant ajoutera une heure par semaine dans son emploi du temps, l’université gagnerait  l’équivalent de  500 000 heures. Or, nous savons que l’emploi du temps de chaque professeur est en moyenne 15 à 16 heures/mois. L’équation donnerait 35 mille enseignants remplacés, et qui pourraient ne pas être recruté, voir par là une économie de près de 200 milliards de dinars. La même chose peut être entreprise dans d’autres secteurs. Aller vers l’exploitation des TIC dans les réunions ministérielles, des willayas ou autres. Utiliser les vidéo conférences, le Viber ou autres moyens permettant d’éviter les cérémonies où tout le monde est présent physiquement. Le but c’est de faire travailler chacun au niveau de son bureau et y participer avec ses propres idées. Nous sommes en présence de la théorie qui économiserait 20% de budget de l’Etat.

Croyez-vous qu’il faille aller vers une loi de finance complémentaire pour 2016 pour corriger la dépense ?

Une  loi de finance complémentaire pourrait être importante dans un sens où elle peut traiter un certain nombre de restrictions de façon pédagogique. Il faut installer une politique d’ensemble. Aller vers une transition énergétique avec l’ensemble des secteurs. Créer des revêtements de sorte à ce qu’il n y ait pas de perte d’énergie. Créer une économie circulaire. Former des éco-citoyens. Et c’est toute la société qui doit s’est y mettre. Le gaz naturel n’est pas eternel.  Il faut prendre l’exemple du Maroc. Ce dernier se développe d’une façon extraordinaire dans l’énergie renouvelable, le solaire, l’éolien ou encore l’hydraulique. Dans notre pays, certaines entreprises qui activent dans ce secteur ne produisent que 50 MGW. Alors que le pays a besoin de 20 000 MGW. En tant que spécialiste du domaine je relève un manque flagrant en terme de vision et de suivi. Au moment où les ménages au niveau de la région de Hammamet se chauffent au gaz butane, 250 sources d’énergie géothermique et de l’eau qui sort dans la nature à 80 degrés restent inexplorées.  En développant ces ressources, l’Etat gagne beaucoup en économie d’énergie et créer  autant de travail pour les jeunes et surtout en exploitant l’élite intellectuelle dans ce sens.

L’impact de cette situation a été aussi observé sur la monnaie nationale qui a perdu 29% de sa valeur suite à la réduction des exportations. Là, aussi le ministère des Finances a été pris de court. Croyez-vous que cette situation était prévisible ?

J’explique cette baisse par une simple  théorie qui dit que quant une monnaie baisse ça permet au pays d’aller vers l’exportation.  Et comme l’Algérie n’exporte pas beaucoup, elle a reçu le coup des deux côtés. La baisse des prix des pétroles signifie aussi la baisse des matières premières en général. Nous n’avons, par ailleurs,  pas mis à profit cette baisse.

S’offrir de la  marchandise en cette période et se faire livrer dans un an, c’est une des solutions qui permet de s’adapter à la crise. Pourquoi ne pas acheter maintenant, le blé que nous allons acheter dans un an vu que son prix est à moins de 40% de son prix d’avant ? Il est question d’appliquer la même procédure pour les autres matières premières puisque elles sont toutes concernées par la baisse. Adopter également la stratégie de la monnaie refuge. Acheter de l’or comme le font les indiens ou encore les chinois. Au lieu de stocker  les réserves en dollars, convertir une partie de l’argent en or. Et encore mieux, la convertibilité est la  meilleure façon de chasser l’informel. Au marché parallèle, le taux de change n’est pas équilibré. Le dinar est attaqué parce qu’il est faible. Il est passé de 140 à 180 dinars. Ceci a coïncidé avec la baisse du dinar laissé par la banque d’Algérie.

Ce qui fait que cette situation ne durera pas, c’est qu’il s’agit, seulement, d’un problème d’écriture. Il viendra un moment où la valeur du dinar va reprendre. Pour équilibrer les comptes, il fallait que le dinar baisse de façon à ce que le déficit ne soit pas important. Ceci pourrait se faire en sens inverse si le prix du pétrole commence à grimper et surtout si le pays commence à produire hors pétrole. Cette crise de dégringolade des prix aura du bon si nous pouvons dès maintenant changer de fusil d’épaule. Ça n’arrivera surement pas en comptant  juste sur la reprise des prix du pétrole.    

La loi de finance a introduit l’article 67 qui donne les prérogatives au ministère des finances pour agir afin d’équilibrer le budget de l’Etat. Si jamais la situation du marché pétrolier se dégrade davantage croyez-vous que nous allons vers le modèle grec à savoir le gel des salaires et des pensions ? 

En fait, cette décision servira en économie pour le pays. Il y a mieux encore, en donnant des instructions à chaque département ministériel pour ne consommer que 80% de leur budget alloué sur l’année. Il est à  suggérer, à titre d’exemple,  d’introduire le système de vacation dans l’enseignement supérieur. Faire travailler le même établissement deux fois. Ceci permet de différer des actions vers des délais où nous aurons les moyens. 

Lynda Mellak

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