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Gérald Audaz, représentant de la Commission européenne
«Nous appuyons l’accession de l’Algérie à l’OMC» Abonnez-vous au flux RSS des articles

09 déc. 2014
10:10
0 commentaire "Avec les autorités algériennes, les discussions ont été très cordiales"

Il était venu, il y a quelques jours, présenter le bilan de la coopération, fruit de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, entré en vigueur il y a déjà 9 ans. Selon Gérald Audaz, Chef du secteur Maghreb à la direction générale du développement et de la coopération de la Commission européenne, qui a accordé un entretien à L’Eco (N°100 / du 16 au 30 novembre 2014), notre pays reste un partenaire important que l’Union continuera à soutenir, y compris pour l’accession à l’OMC ; cependant, il faut que l’Algérie envisage de repenser la règle 49/51%.  

 

L’Eco : Après un passage de quelques jours, ponctué par des rencontres avec les représentants du gouvernement et de la société civile, Comment évaluez-vous cette visite algéroise ?

Gérald Audaz :C’est une visite enrichissante, elle m’a donné l’occasion de rencontrer des représentants de la société civile, des représentants du gouvernement algérien et nos collègues qui travaillent ici à la Délégation de l’Union européenne et qui font le travail de terrain. Concernant la rencontre avec la société civile, je pense que les organisations que j’ai rencontrées, jouent un rôle très important sur tous les plans, elles portent des idées, des projets et sont des prestataires de services sociaux importants pour la société ; elles restent très dynamiques bien qu’évoluant dans un contexte difficile depuis l’adoption de la loi sur les associations de 2012. Je pense qu’elles ont énormément de mérite à exister et il est regrettable que les décrets d’applications de la loi sur les associations de 2012 qui devraient rendre l’application de cette loi plus transparente, tardent à être adoptés.

Avec les autorités algériennes, les discussions ont été très cordiales. J’ai indiqué notre volonté de maintenir une coopération dynamique et de continuer à être un partenaire de l’Algérie pour l’appuyer dans la mise en œuvre de ses réformes économiques et institutionnelles.

L’instrument européen de voisinage (IEV) fournira un financement rapide, flexible et permettra d’encourager les pays les plus performants.Comment expliquez-vous les critiques algériennes à propos de vos engagements financiers qui ne dépassent même pas un tiers des quelque 600 millions d’euros consacrés à cet accord depuis 2000 à ce jour ?

Vous le savez sans doute, fin 2013, suite à de longues négociations, les Etats Membres de l’Union européenne sont parvenus à se mettre d’accord sur un budget pour l’Union, pour la période 2014 -2020. Nous espérions que ce budget soit en augmentation, mais il ne l’a pas été. Malgré cela, nous sommes parvenus à maintenir le budget de la politique de Voisinage – dans laquelle s’inscrivent nos relations avec l’Algérie – à un niveau proche de ce qu’il était pendant la période antérieure. Toutefois, vous le savez, de nombreuses crises ont émergé dans le voisinage de l’Union européenne, auxquelles l’Union se doit de répondre. Je pense particulièrement à la crise syrienne qui déborde très largement sur le Liban et la Jordanie, à l’Ukraine, à la Palestine, etc… L’Algérie étant un pays dans une situation financière plutôt confortable et avec des indicateurs sociaux meilleurs que certains autres pays du monde arabe, il nous a paru nécessaire d’adapter le montant de notre assistance en conséquence. Par ailleurs, certains pays de notre voisinage, comme la Tunisie, sont engagés dans une transition démocratique exemplaire et il nous a paru important d’être à leurs côtés pour les appuyer dans leur transition.

Il faut aussi souligner qu’à l’inverse d’autres pays, l’Algérie n’attend pas de l’Europe une assistance financière, mais plutôt une assistance technique, une expertise, des transferts de connaissances et de savoir-faire, ce que nous continuerons à apporter. Cette semaine, nous avons présenté le bilan de notre coopération et vous avez pu voir que notre coopération avec l’Algérie couvre déjà un nombre très important de secteurs comme la santé, la justice, la gestion des finances publiques ou l’assainissement. C’est une coopération très riche et fructueuse.

L’UE souhaite avoir un dialogue stratégique dans le domaine sécuritaire et de lutte contre le terrorisme avec l’Algérie. Comment envisagez-vous réaliser ce dialogue, sachant que des membres de l’UE ne cessent de classer l’Algérie dans la zone rouge, appelant ainsi leurs ressortissants même à quitter le sol algérien ?

La Commission européenne n’émet pas de recommandations concernant les déplacements des ressortissants européens. Il s’agit d’une compétence de nos Etats Membres et chaque pays émet ses propres recommandations à destination de ses ressortissants. Je suppose que certains pays de l’UE recommandent à leurs ressortissants des règles élémentaires de prudence et d’éviter certaines zones du territoire algérien, mais il ne me semble pas que, dans l’ensemble, les voyages en Algérie soient proscrits. Nos collègues présents à Alger se déplacent sur le territoire national sans rencontrer de problèmes majeurs à ma connaissance.

Pour ce qui concerne le dialogue stratégique, effectivement l’Algérie a manifesté sa volonté de s’impliquer dans les crises que secouent la région du Sahel ou la Libye. Ce qui nous importe c’est que les efforts de la communauté internationale soient bien coordonnés à travers une coopération diplomatique et politique approfondie.

Dans l’accord d’association, un point très essentiel n’a jamais été pris en considération par l’UE, c’est la libre circulation des personnes, comment cette question sera-t-elle traitée à l’avenir ?

Sur ce point précis, la direction générale des affaires intérieures de la Commission européenne - qui s’occupe des questions migratoires – s’est engagée à ouvrir les portes d'un dialogue global sur la migration, la mobilité et la sécurité avec le Gouvernement algérien, et ce, dans l’objectif de mieux gérer les flux migratoires dans toutes leurs dimensions.

Evidemment, la partie algérienne pourrait préférer recevoir immédiatement des facilitations de visas concédées d'une manière unilatérale de l'UE et sans aucun engagement en contrepartie. Ceci cependant ne pourrait pas tenir la route pour les Etats membres. Ces derniers sont prêts à concéder des procédures pour faciliter l'octroi de visa, mais doivent être sûrs du fait que les autorités algériennes sont prêtes à aider dans la réadmission des personnes qui abuseraient du visa, par exemple en restant sur le territoire de l'UE au-delà de la durée consentie, ou qui y mèneraient des activités non autorisées.

L'ouverture, que nous souhaitons prochaine, de ce dialogue sur la migration, la mobilité et la sécurité, nous permettra d'aborder ces questions et de voir ensemble comment on peut également coopérer, entre autres, sur la question de la gestion des frontières, la lutte contre la traite des êtres humains, le droit d'asile et la contribution des communautés algériennes à l'étranger au développement de l'Algérie. 

L’Algérie est liée à l’Europe par un accord d’association, que peut apporter de plus la Politique Européenne de Voisinage ?

L’accord d’association pose un cadre large de partenariat entre l’UE et l’Algérie. Cet accord couvre des sujets très différents, abordant non pas seulement la libéralisation des échanges commerciaux mais également la coopération industrielle et économique, la coopération technique et scientifique, les relations politiques, diplomatiques et autres. La coopération que nous mettons en œuvre dans le cadre de la Politique Européenne de Voisinage nous permet ainsi, d’appuyer tout un ensemble de réformes importantes, que ce soit dans le secteur économique et commercial avec, par exemple, des appuis techniques aux petites et moyennes entreprises ou le renforcement des infrastructures de normalisation et de certification des produits qui doivent permettre à l’Algérie d’exporter ses produits en se conformant aux normes techniques ou sanitaires de ses partenaires commerciaux. Ce sont des appuis importants pour permettre à l’UE et à l’Algérie de tisser des liens économiques plus solides.

Par ailleurs, nous mettons aussi en œuvre des projets de coopération qui permettent de partager l’expertise de nos Etats Membres dans différents secteurs ou politiques publiques comme la gestion des finances publiques, la santé, la pêche maritime, ou l’assainissement. Ces projets permettent d’améliorer la performance des politiques publiques et l’efficacité de certains services publics clés.

On trouve dans la Politique Européenne de Voisinage, la notion « bâtir un espace de prospérité et de bon voisinage », c’était aussi un objectif du processus de Barcelone, qu’est-ce qui va être changé cette fois-ci ?

Il s’agit du même objectif. Le processus de Barcelone n’existe plus. Actuellement, on parle de l’Union pour la méditerranée (UPM). L’objectif, encore une autre fois, reste le même mais c’est l’approche qui diffère légèrement. Avec l’UPM, il y a l’idée d’encourager les pays du bassin méditerranéen à s’intégrer économiquement et politiquement à travers un dialogue d’égal à égal. En fait, on cherche à développer tout autant la coopération transfrontalière Sud/Sud que la coopération Nord/Sud. L’UPM cherche à engager tous les pays de la région concernés par ce programme à travailler ensemble sur des projets d’intérêt commun comme par exemple les échanges énergétiques entre les pays en vue de créer une certaine cohésion dans une région relativement divisée où les interactions politiques et économiques sont encore trop faibles.

Il est prévu, je cite, « une approche plus incitative en faveur du voisinage dans le but d’offrir une assistance supplémentaire aux pays partenaires », en quoi consiste cette approche incitative et comment va-t-elle se traduire ?

La Politique Européenne de Voisinage cherche à établir un partenariat privilégié entre l'Union européenne et ses voisins. Il s’agit de réaliser à la fois l'association politique la plus étroite possible et le degré d'intégration économique le plus important possible. Elle est construite sur un engagement à des valeurs communes et le soutien de l'UE pour atteindre leurs objectifs - des valeurs telles que la démocratie et les droits de l'homme, l’Etat de droit, l'intégration sociale, l'économie de marché et le développement durable. L’approche incitative dont il est question dans la nouvelle Politique de Voisinage consiste à ajuster l’intensité et l’ampleur de notre relation en fonction de l’intérêt réel de nos différents partenaires à travailler de concert avec l’UE, des efforts qu’ils déploient pour réaliser ces valeurs communes, mais aussi en fonction des résultats concrets des réformes engagées par ses partenaires.

Est-ce que la question du Sahara occidentale ne gêne pas cette coopération régionale souhaitée ?

Concernant le Sahara occidental, l’Union européenne soutient les efforts mis en œuvre par la mission de l’ONU chargée du dossier, la MINURSO. L’Union européenne exprime régulièrement son souhait de voir cette situation résolue et invite régulièrement toutes les parties au dialogue et à la modération. Nous avons tout à gagner à ce que ce différend soit définitivement résolu.

Concernant l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, comment expliquez-vous le retard pris dans les négociations?

L’UE a toujours soutenu l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. C’est une adhésion qui revêt une importance stratégique pour favoriser l'intégration plus complète de l'économie algérienne dans l'économie mondiale.Cependant l’Algérie doit adopter un certain nombre de mesures préalables qui démontrent sa volonté de se conformer aux règles du commerce international. Par exemple, la loi de finance de 2014 a introduit des mesures qui créent de nouvelles barrières aux investissements. De telles mesures sont des signaux négatifs qui n’aident pas l’Algérie dans ses démarches auprès de l’OMC. Bien entendu, nous sommes disposés à appuyer l’Algérie sur toute mesure qu’elle voudrait prendre pour se conformer aux règles de l’OMC et à l’accord d’association, mais en dernier ressort, le choix revient au Gouvernement algérien.

Le Gouvernement algérien a manifesté à plusieurs reprises son souhait de diversifier son économie pour réduire sa dépendance à l’exportation des hydrocarbures. Or il me semble qu’un certain assouplissement des règles en vigueur régissant les investissements – je pense par exemple à la fameuse règle 51/49 – contribuerait grandement à cette diversification. L’économie algérienne a des atouts indéniables à sa disposition que le climat des affaires restrictif qui prévaut, ne permet pas, à mon avis, de valoriser pleinement. 

Noreddine Izouaouen

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