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Entretien avec Rachid Gasmi, PDG de la Safex
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07 déc. 2014
08:10
0 commentaire M. Gasmi, à gauche sur la photo avec un micro à la main

Derrière ses allures d’homme discret, se gardant bien de se dévoiler aux autres, Rachid Gasmi refuse d’être jugé à la hâte, encore moins son parcours professionnel. Affable comme à ses habitudes, il nous reçoit en cette fin d’année pour parler du bilan de la Safex qu’il dirige non sans un arrière-goût d’amertume. Il ne cherche pas la reconnaissance, « je travaille pour mon pays », lance-t-il par endroits mais réfute le jugement « d’immobilisme » à son encontre. Les faits sont là,  témoignant de cette marge de manœuvre, petite certes, mais qu’il a saisie pour faire de cet espace d’exposition la vitrine économique du pays.           

 

L’Éconews: L’année 2014 se termine comment pour vous?

Rachid Gasmi : l’année a été excellente, même si elle n’est pas totalement terminée, elle a été une année riche. Les chiffres déjà établis montrent que nous avons largement dépassé les prévisions et le chiffre d’affaires de l’année dernière, pour la simple raison que nous avons eu des manifestations hors programme qui ont été intégrées.  Ce fut un exercice excellent.

Dernièrement, vous aviez évoqué un souci de coordination entre acteurs et membres du comité intersectoriel chargé de l’organisation de la participation algérienne aux foires et salons à l’étranger, est-ce un souci d’assiduité qui se pose ? Et comment s’organise techniquement cette participation ?

R. Gasmi : En réalité la Safex n’est pas concernée directement par les manifestations à l’étranger parce qu’il s’agit tout simplement d’un programme du gouvernement proposé par le ministère du commerce et exécuté sur le plan logistique par la Safex. Il y’a d’autres organes qui sont chargés de la promotion, du marketing, de l’animation de ces foires et qui sont des institutions officielles, ceci en plus de l’apport des chambres de commerce. La Safex a un rôle logistique et de préfinancement. C’est vrai que notre mission s’arrête là, mais en tant que membre et de par l’expérience de nos cadres dans ce genre de manifestations, mes collaborateurs participent avec avis et expertise. Nous contribuons de temps à autre avec des conseils utiles.

L’Éconews : Nous rencontrons parfois des opérateurs soit, intéressés par ce genre de manifestations à l’étranger et qui disent rencontrer des problèmes soit, pas intéressés par certaines destinations, comment appréciez-vous l’engouement de ces derniers ?

R. Gasmi : Je vous réponds en homme d’expérience non en tant que dirigent ou responsable, c’est vrai que c’est timide. La raison première est qu’il n’y a pas assez de promotion, ou plutôt il n’y a pas assez d’information de qui fait quoi et comment en direction des opérateurs. En face, il n’y a pas assez de curiosité de la part des opérateurs. De notre côté, nous saisissons l’opportunité des manifestations organisées chez nous pour approcher les opérateurs et les inciter à participer et souvent nous rencontrons des opérateurs qui ne connaissent pas les procédures, ou n’y accordent pas trop d’importance et parfois ils sont aussi et souvent dissuadés par la complexité des rouages, ce qui les empêche de voir plus loin que le marché national. Cela dit, il y a des problèmes réels notamment pour les opérations en Europe notamment dans l’obtention du visa à temps, donc c’est un ensemble de facteurs qui doit être pris en charge pour soulager l’opérateur et l’aider à présenter son produit ailleurs. 

L’Éconews : La Safex a fini par s’imposer ces dernières années comme la vitrine économique du pays, comment voyez-vous l’avenir de cet organisme que vous dirigez ?

R. Gasmi : La Safex est un organisme d’expositions et d’aide ou, assistance à l’exportation et qui évolue en fonction des directives des pouvoirs publics et, de l’actualité nationale.  Notre métier est de mettre en valeur le produit national qui doit être valorisé, vendu sur le marché national ou exporté. Oui, nous sommes la vitrine mais, on ne peut pas être la vitrine de quelque chose qui n’existe pas, il faut produire pour que la vitrine soit garnie. C’est pourquoi nous suivons attentivement l’évolution de la vie économique et faisons tout pour servir de véhicule pour ce produit. C’est de cette évolution que notre organisme tire son essor.  Le redémarrage s’est opéré à partir de 2002 à la faveur du retour à la stabilité, le pays venait de sortir d’une décennie durant laquelle l’économie nationale était en panne. Quand je suis arrivé en 2000, j’ai trouvé une Safex de 4 milliards de centimes de chiffre d’affaires et à peine deux manifestations par an soit, la Foire Internationale d’Alger et une foire du produit national. Aujourd’hui, nous faisons 160 milliards de centimes de chiffre d’affaires et soixante manifestations par an.

Pour y arriver il fallait créer des infrastructures adéquates. Aux 25 000 M2 couvert de l’époque et dans un état de délabrement avancé, nous avons pu créer en plus 50 000 M2 soit, 75 000 M2 couvert actuellement et répondant aux normes de sécurité et d’hygiène. Pour cela, nous avions établi un programme de cinq ans étalé entre 2000 à 2005 qui a été, avec un business plan approuvé par notre tutelle de l’époque Holding Public Services (HPS). Bien sûr nous avons aussi complété et comblé le vide de certains services manquants comme un château d’eau, parking, groupes électrogènes etc… c’était des moyens logistiques qu’il fallait mettre en place pour réaliser notre programme.

Et tout cela en autofinancement, c’est-à-dire que jamais nous n’avons bénéficié ni de crédits bancaires ni d’un quelconque dispositif. Quand je suis arrivé, ma première préoccupation était de rentabiliser cet espace en passant de deux manifestations par mois à huit puis, nous sommes arrivés maintenant à 60 manifestations par an, soit une moyenne de 2,5 semaines par mois. Une manifestation chasse une autre. L’essor économique aidant, les pays qui, ne connaissaient pas le marché algérien ont commencé à se manifester au fur et à mesure et chaque année, on en enregistre un nouveau qui arrive ceci, en plus des pays amis et fidèles qui, ont fait confiance à notre pays et qui n’ont jamais raté une occasion comme l’Italie, l’Espagne et évidemment les pays arabes. Tout ceci n’est pas le fruit du hasard ni de l’improvisation.

C’est vrai qu’il fallait mettre un frein, les deux premières années pour préparer les infrastructures et pouvoir décoller sérieusement après.  Mais cette évolution n’a pas été de tout repos. Nous avons élaboré un deuxième programme resté sans suites depuis. C’est un programme de modernisation très ambitieux et qui a été validé par le conseil d’administration mais, qui n’a pu obtenir les autorisations nécessaires pour son exécution. Il comporte tout un schéma de modernisation avec des infrastructures nouvelles et est, plus conformes aux normes d’expositions internationales. Nous avons conçu un nouvel espace avec une vision plus moderne et plus adaptée aux besoins des opérateurs. Nous avions prévu dans ce programme la construction d’un business center avec salles de réunion, de conférences, des salles de spectacles, de restauration, un parking à étages et un hôtel, comme cela se fait ailleurs, puisque l’ancien hôtel Ziri qui devait être rénové et réaménagé a été attribué à l’école des affaires.   

L’Éconews : Ce projet a été conçu toujours sur autofinancement pourquoi ce refus alors ?

R. Gasmi : Toujours, nos projets sont autofinancés, mais le refus ou le gel de ce projet très important est dû à un problème d’appréciation et d’opportunité, ils ont estimé qu’il n’était pas nécessaire d’engager de tels travaux, il faut dire que nous n’avons pas la même vision des choses, ce que je prévois de faire est en connaissance de cause. Nous sommes du métier, nous voyons à chaque manifestation étrangère ce qui se fait ailleurs et aussi nous devons répondre au mieux aux besoins des exposants et faciliter l’échange entre opérateurs justement, en créant ces espaces qui permettent cet échange. A l’heure où je vous parle je n’ai toujours pas les autorisations.  

L’Éconews : Trouvez paradoxal que l’on vous reproche « l’immobilisme » avec tout cela ?

R. Gasmi : Je pense que pour arriver à cette conclusion, il faille passer par une expertise et évaluer ce qui a été réalisé. C’est comme celui qui, voit en le verre à moitié vide ou, à moitié plein. Je préfère, voir ce qu’il y’a dedans avant de juger qu’il est à moitié vide. Outre, ce défaut d’autorisation, il y’a un autre problème que je veux soulever c’est celui d’une partie du patrimoine foncier de la Safex que je ne peux pas toucher. Cette partie en fait, ne nous appartient pas. Je m’explique. Vous savez que la Safex était constitué de 110 ha, elle a été amputée la première fois par l’expropriation pour raison du passage de l’autoroute, puis il y’a cet espace juste à côté où se trouve actuellement Promorama, à  l’époque je voulais construire sur cet espace un petit motel avec pompe à essence, un drugstore, une pompe à essence à côté, un peu sur le style américain pour renforcer les infrastructures existantes. Finalement je n’ai pu obtenir les autorisations nécessaires, de toute façon cette partie a été carrément supprimée suite à l’examen du foncier opéré à cette époque dans la région. 

L’Éconews : Il y’a toujours une partie abandonnée ou du moins vétuste et non exploitée à l’intérieur même de la Safex

R. Gasmi : La Safex est propriétaire du foncier mais, pas du bâti, je n’ai aucun droit d’y toucher. Ce que vous voyez abandonné, délabré et menaçant ruine, c’est la propriété des entreprises publiques de l’époque. Elles devaient construire des représentations sur place pour être proches des manifestations internationales. Depuis leur dissolution, ces bâtisses sont,  soit, gérées par un liquidateur ou, carrément fermées. Nous ne pouvons d’aucune manière y toucher. Prenant le cas de l’ancien souk el fellah, dans l’enceinte même de cet espace, les anciens travailleurs y habitent, ils ont squatté l’espace construit et apporté des aménagements, ils ont même des certificats de résidence ! 

Tous les bâtis occupent globalement 09  hectares sur lesquels nous ne pouvons pas intervenir, bien que le terrain soit propriété par concession de la Safex. Il y’a aussi des bâtiments qui sont totalement abandonnés, il n’y a plus personne mais je n’ai même pas le droit de surveiller  comme c’est le cas de l’ancien Districh, Enarem, Enapal, Edimel, Snnga et autres qui menacent ruine depuis le départ des liquidateurs. Ce sont des  bâtiments qui sont sur des terrains de la Safex mais, qui échappent à son contrôle, en plus du paradoxe que nous payons les taxes domaniales sur ces terrains, n’oublions pas que la Safex jouit de toute la surface par concession.

Pour revenir à la difficulté de construire, j’ai dû réaménager ma demande par des moyens subtils pour réaliser les 50 000 M2 dont je parlais, auprès des autorités concernées et demandé une extension. Tout récemment encore, on nous a fait obstruction pour la construction d’un mur d’enceinte pour protéger nos espaces. Dire que nous avons trouvé des obstacles pour achever nos projets oui, mais dire que nous n’avons pas travaillé c’est intolérable.

Nous avons pu agir selon la marge de manœuvre dont nous disposions. Pour le reste, vous pouvez l’apprécier sur le papier, faute d’autorisations. Mieux encore nous sommes passés de 120 travailleurs à 600 emplois directs. Les différentes manifestations permettent par ailleurs de créer des milliers d’emplois indirects, le temps de la manifestation. Vous appelez cela de l’immobilisme ? 

L’Éconews : Que comptez-vous faire ?

R. Gasmi : Je ne vais pas me laisser faire, je continuerai de lutter jusqu’au dernier quart d’heure, pour la simple raison que je n’ai jamais été lâche. Je crois en mon pays et je travaille selon mes convictions profondes. Il faut que les choses évoluent dans le bon sens. Mon parcours professionnel en témoigne. 

Samira Mana

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