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Ahcène Kaci: l’informel participe à 70% de la production avicole Abonnez-vous au flux RSS des articles

19 janv. 2016
12:41
0 commentaire Ahcène Kaci, enseignant-chercheur spécialiste des productions animales à l’ENSA

La cherté des viandes blanches est due, selon Ahcène Kaci, enseignant-chercheur spécialiste des productions animales à l’ENSA (ex-INA El Harrach), à plusieurs facteurs notamment au manque de chambres froides pour réguler l’approvisionnement des marchés. 

 

Comme cela a été constaté récemment, durant les périodes de forte consommation, comme les fêtes de fin d’année ou le Ramadhan, les prix des viandes blanches connaissent des envolées singulières. Vous ne pensez pas que l’Etat doit revoir le système de régulation mis en place ?

Ahcène Kaci : Effectivement, l’Etat doit revoir le système de régulation mis en place. Il faut rappeler que le système de régulation des produits agricoles de large consommation (SYRPALAC), en vigueur depuis 2008 et réajusté en 2009, sous l’égide de la SGP-PRODA, productions animales, a pour objectif d’éponger les surplus de production, de protéger les revenus des agriculteurs et de mettre les quantités stockées sur le marché à des moments étudiés afin de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.

Cependant, certaines contraintes entravent son fonctionnement. En premier lieu, le manque de chambres froides pour réguler l’approvisionnement des marchés.  Cette défectuosité du système aurait pénalisé et démotivé les agriculteurs. La deuxième contrainte est l’insuffisance de grands abattoirs dynamiques qui permettraient une transformation régulière et un écoulement facile du produit. Enfin, l’inexistence d’une sécurité des ventes et d’approvisionnement grâce à des relations contractuelles à moyen terme en est un autre facteur contraignant.

Vous venez de souligner dans une récente publication que les performances de la filière avicole sont bien loin derrière celles enregistrées dans des pays voisins comme le Maroc ou la France. Pourtant, depuis l’avènement de la politique de Renouveau agricole et rural, l’Etat a consenti d’importants efforts pour relancer la production de viandes blanches. Comment expliquez-vous ces contrastes ?

Depuis la mise en œuvre de la politique de Renouveau agricole et rural, il ya eu l’apparition de nouveaux opérateurs économiques potentiels qui ont essayé d’investir dans les différents segments de la sous-filière « viandes blanches » (agrofourniture, secteur de production, agro-industrie et distribution). Cependant, il n’y a pas eu de synergies entre les différents acteurs afin que ces derniers puissent se développer, s’organiser, créer de la valeur et se fédérer pour constituer à terme une véritable « interprofession ».

Pour cela, ce sous-secteur agroalimentaire doit bénéficier d’un véritable programme de modernisation. Les pouvoirs publics doivent asseoir un environnement incitatif et encourageant au profit de l’ensemble des professionnels de la filière. Il s’agit aussi d’accroître la production, d’améliorer le rendement et de répondre aux besoins croissants de la population par l’intensification et la modernisation de la production dans les exploitations et leur intégration dans une approche filière pour recentrer les nombreuses actions de soutien aux investissements réalisés dans le secteur. La réactivation du conseil interprofessionnel est le meilleur moyen pour organiser et moderniser les différents segments de la filière.

Y a-t-il un moyen de réduire le coût de revient pour pousser à la baisse les prix des produits avicoles sur le marché, par exemple, à travers le remplacement des aliments de volailles produits à partir d’intrants importés (maïs, soja) par des produits locaux ?

Les seuls moyens de réduire le coût de revient pour pousser à la baisse des prix des produits avicoles sont la rationalisation des procès de production et la coordination entre acteurs. Pour ce faire, il est souhaitable qu’il y ait l’application des normes de production et l’augmentation des flux d’investissements matériels et immatériels à différents niveaux de la filière. Il est nécessaire également d’orienter les efforts vers la production sur place ou la substitution en partie de quelques produits importés (maïs et tourteau de soja) par des produits locaux (orge, son, triticale pois fourrager) mais aussi un accompagnement technique et un encadrement financier des acteurs de la filière avicole.

Le phénomène de l’élevage informel et des abattoirs clandestins ne constituent-ils pas un handicap pour la filière ?

Il faut relever aussi que, malgré l’absence d’investissements, le secteur informel draine plus de 70 % des flux de production, grâce à une stratégie adaptée aux préférences des consommateurs. Ce dernier, (le consommateur), préfère acheter le produit tout prêt bien qu’il ne réponde pas parfois aux conditions d’hygiène requises. En revanche, le phénomène de l’élevage informel et des abattoirs clandestins freinent l’essor de la filière, dès lors, la majorité des unités informelles sont de petites tailles, de type artisanales et peu productives. Il faut noter aussi que plus de 60% des éleveurs ne sont pas déclarés auprès des institutions publiques. Les éleveurs s’en méfient (risque d’imposition). Ce n’est que dans le cas d’une grave épidémie qu’ils se sentent obligés de se déclarer parce que cela constitue une condition préalable à l’obtention d’une aide compensatoire de l’Etat.

Cependant, en l’absence de contrôle vétérinaire, le secteur informel constitue un danger pour la santé publique, l’absence d’informations au niveau du circuit informel ne permet pas de concevoir de politiques publiques adéquates.

Mourad Allal

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