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Aline Plançon, sous directrice pour le programme de lutte contre les contrefaçons de produits de santé
«Les services algériens de contrôle de médicaments sont performants» Abonnez-vous au flux RSS des articles

12 sept. 2013
10:25
0 commentaire Aline Plançon

La contrefaçon  des médicaments, un problème de santé publique qui touche aussi bien les pays développés que les pays pauvres. Pour lutter contre ce phénomène, l’organisation internationale de police Interpol a mis en place des réseaux policiers dans la région africaine, dont l’Afrique de l’Est, l’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Ouest. L’Afrique du Nord n’est pas encore impliquée. Aline Plançon, sous directrice à Interpol pour le programme de lutte contre les contrefaçons de produits de santé  et autres fonctionnalité pharmaceutiques, nous parle dans cet entretien de ce phénomène et des moyens déployés pour assister les pays africains pour le démantèlement des réseaux de criminalité impliqués dans le trafic de médicament.

 

 

 

 

L’Econews : Le trafic de médicaments prend de plus en plus de l’ampleur, quelle est la stratégie d’Interpol pour lutter contre ce fléau ?

Aline Plançon : La contrefaçon des médicaments touche la santé et la sécurité des populations. C’est aussi un problème de sécurité du citoyen dans la mesure où on a pu voir avec ce qu’ Interpol a pu développer comme opération de lutte contre ce fléau, des réseaux de criminalité organisés, impliqués dans ces productions, trafics et la contrefaçon des médicaments.

Vous parliez de frontières poreuses. En fait, ce sont des individus qui sont capables de monter leurs entreprises, une vraie entreprise et de vrais laboratoires de fabrication de faux médicaments, d’avoir leur système d’acheminement et de distribution et ensuite de pouvoir les écouler sur les marchés à la fois licites, sur le marché des hôpitaux ou alors de marchés illicites, le marché de la rue qui est beaucoup moins contrôlé.

Cette contrefaçon touche, donc,  les deux marchés et je ne parle pas de l’Algérie. Toutes les populations, et surtout les plus vulnérables sont concernées par ce fléau. Aussi bien les pays pauvres que les pays riches qui voient, maintenant, de fausses pharmacies en ligne en train de se développer.  Le e-commerce touche énormément le volet santé et les faux médicaments qui pullulent sur internet.  On a développé l’opération qui s’appelle « PANGEA ». On a fait la dernière édition au mois de juin de cette année, du 18 au 25 juin.

Quels sont les pays les plus impliqués dans la contrefaçon des médicaments ? Est-il vrai que la Suisse est considérée comme le paradis du trafic des médicaments ?

Plus de 13.000 fausses pharmacies en ligne ont été mises hors ligne. Elles ont été identifiées et avec nos partenaires les services de la répression et aussi les services privés, on a réussi à les mettre hors réseau. Il y a beaucoup de pays européens qui sont impliqués. Contrairement à ce que l’on dit, la Suisse n’est pas le paradis de la contrefaçon des médicaments. Se sont les statistiques douanières qui ont été gonflés à une certaine période et qui ne concernaient pas que la contrefaçon des médicaments. Ceci pour être honnête avec vous.  La Suisse n’est le paradis de la contrefaçon. Je dirai que les pays comme le Canada, les Etats-Unis qui ont des législations beaucoup plus faibles, qui ont une demande en médicament  qui explose sont plus impliqués. Ils sont des consommateurs et des patients qui ont besoin de médicaments et qui veulent acheter à bas prix. Il y a un énorme marché pour les criminels.

L’Europe aussi est concernée puisque ses consommateurs s’approvisionnent via internet.  La France, par exemple a démantelé des entrepôts  et des laboratoires de fabrication de faux médicaments durant cette opération « PANGEA ». Ce qui arrive aujourd’hui dans les pays développés, arrivera demain dans les pays en voie de développement. Et là, il faut vraiment être vigilant parce qu’on parle de 7 millions de faux médicaments saisis par Interpol et ses partenaires, les 100 pays qui ont accepté de travailler ensemble pour lutter contre ce fléau.  Pour ces 100 pays, il y a les services de la santé, de la police et des douanes qui travaillent ensemble.

On est dans une finalité multiforme, santé, sécurité et les frontières qui sont difficiles. Une mission pas facile. Il y a des douaniers qui n’ont pas toujours la connaissance pour identifier un médicament contrefait.  Il y a toute cette éducation à faire et puis il y a l’éducation de la communauté policière pour reconnaître ce fléau. Ils ont beaucoup de priorités avec le terrorisme, la drogue, le trafic des êtres humains. Ils ont tellement de criminalités auxquelles ils devront faire face pour en rajouter une autre. Mais ce fléau  ne peut pas être ignoré parce que les réseaux sont puissants. Ils génèrent énormément d’argent. On parle de milliards de dollars. La corruption est en jeu de la capacité de distribution de leurs propres services au détriment de la santé des populations. La police n’ignore pas ce fléau mais il faut l’intégrer dans sa stratégie.

Comment est prise en charge cette aide et assistance, sur le plan financier par Interpol ?

Il faut, certes des moyens immenses mais après il faut trouver d’autres techniques lorsqu’on n’a pas tous les moyens d’analyser tous les médicaments contrefaits.  Lorsqu’on n’a pas toutes les lois en place, on essaye de trouver celles déjà existantes et on les applique. Quand on n’a pas toutes les inspections et toutes les ressources humaines,  on essaye de cibler davantage un ou deux points  pour être plus efficace et voir ensuite tous les évènements qu’on va ressortir. Interpol assiste les pays membres dans les opérations mais eux même déploient aussi leur force.

Pour les pays africains, c’est pareil. Leur budget annuel permet d’avoir une petite enveloppe pour des opérations de lutte contre la contrefaçon. C’est ce qu’on essaye de développer avec eux. Sinon, Interpol essaye de les assister au mieux en fonction des possibilités. Il y a aussi des réseaux policiers comme « SARPCO » dans les régions africaines, qui se rencontrent régulièrement, développent leur expertises et échangent leurs informations.

Quelle est la situation en Algérie, la Tunisie et le Maroc ?

L’Algérie n’a pas encore coopéré de façon très concrète  avec Interpol sur des cas en matière de faux médicaments. Cela ne veut pas dire que ça ne va pas commencer et cela ne veut pas dire qu’on n’a pas voulu le faire avant.  On a une petite unité, 190 pays membres et 190 réseaux des pays touchés par les faux médicaments et donc, on ne peut pas aller partout et on ne peut pas tout faire et on essaye de développer notre coopération.

Les services de contrôle en Algérie sont éveillés,  très performants. Les pharmacies sont bonnes, le réseau de distribution est saint. Il faut aller là où c’est autorisé, on ne peut pas aller s’approvisionner ailleurs. Ces services alertent les populations  sur les problèmes d’importation. Je pense qu’il faut les soutenir et leur apporter le soutien de la communauté policière dans le volet répressif tant que vous avez une criminalité impliquée dans des réseaux  et que seule la police peut arrêter.  

En Tunisie, nous avons participé à des séminaires de sensibilisation pour la police, douane et responsable de la santé et aussi des séminaires avec des pharmaciens du Maghreb et nous n’avons pas développé des opérations.  Avec le Maroc, aussi, nous n’avons pas développé des opérations. Les  opérations qu’on a développées en Afrique sont avec l’Afrique de l’est, l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Ouest.  On a commencé un peu avec l’Afrique centrale.

Les trafiquants produisent de faux génériques aussi qui sont à bas coût et de très bonne qualité aussi. Les victimes, les Indiens sont aussi concernés par ce trafic. Donc, on essaye de développer des opérations, avec la Chine depuis des années. Avec l’Inde, on va faire une formation. Il y a un travail progressif qui est entrain de se faire.

Quels sont les médicaments les plus touchés par la contrefaçon ?

Pour la contrefaçon du médicament, il y a toutes les catégories thérapeutiques ( 250 familles thérapeutiques).  Les antidépresseurs, les vaccins, les antidouleur, les médicaments pour maigrir. Les réseaux de faux médicaments s’adaptent à tout.  On Afrique sub-Saharienne, on a beaucoup de faux anti malaria, de faux rétroviraux et  aussi de faux antidépresseurs. Dans cette région, il y a énormément de demandes mais, il y a un début de conscience chez les gens. 

Entretien réalisé par Loubna Zahaf

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